Vous êtes une brute, Mr Morin !
J’ai organisé des chasses à la journée pendant une quinzaine d’années dans une clairière d’une centaine d’hectares au milieu d’un bois : la chasse à la perdrix grise. Cette chasse était découpée en deux par un chemin empierré ...
J’ai organisé des chasses à la journée pendant une quinzaine d’années dans une clairière d’une centaine d’hectares au milieu d’un bois : la chasse à la perdrix grise. Cette chasse était découpée en deux par un chemin empierré. Il y avait 3 chasseurs qui partaient d’un côté et 3 allaient de l’autre, et à midi ils permutaient. L’un des chasseurs qui avait des problèmes d’obéissance avec son chien me demandait comment il fallait faire pour que son chien revienne mieux au rappel. Alors je lui explique clairement qu’il fallait personnaliser son commandement, c’est-à-dire que quand le chien a désobéi, il faut le prendre en laisse, lui donner un petit coup sur les fesses, le faire marcher en laisse pendant 10 à 15 mètres et après, lui donner une chance de se rattraper. Alors, ce monsieur s’est énervé contre moi en disant qu’il n’avait jamais tapé son chien, qu’il ne fallait pas le faire, c’était une façon brutale contre les animaux. Voilà ce qu’il m’a dit : < vous êtes une brute, Mr Morin>. A la limite il voulait m’apprendre mon métier, il connaissait tout. Je ne sais pas pourquoi il me demande comment faire pour que son chien obéisse un peu mieux ...
Avant que les chasseurs soient partis, 3 de chaque côté, ça n’a pas loupé : le chien est parti, a désobéi, il est parti faire voler les faisans et les perdrix que j’avais placés sur le territoire. Ses copains de chasse qui avaient des chiens bien mis, qui étaient bien structurés – ils avaient pris des cours de conduite avec moi – et le chien de ce monsieur qui m’avait fait la remarque semait la pagaille et avait pour conséquence de détruire le travail qui avait été fait sur les autres chiens. Les amis de ce monsieur évitaient cet homme qui avait un chien qui allait dans tous les sens, lui, hurlant après son chien en essayant de le faire revenir sans résultat. Il avait crié tellement fort et tellement souvent après son chien qu’il en était tout rouge à tel point que le midi, lorsque nous nous sommes restaurés, il était pratiquement aphone. L’après-midi, c’était la même chose, rebelote, le chien repartit comme un fou à faire l’imbécile et cette personne en question n’arrêtait pas de crier après lui et à un moment donné il a arrêté parce qu’il ne pouvait plus parler ni crier. Ses amis sont venus me voir, me demandant de m’occuper de ce chien, parce que vraiment, ils l’évitaient. Ce chien détruisait le travail des autres propriétaires. J’ai dit qu’il n’en était pas question. Il m’avait pratiquement vexé le matin, il m’avait dit : <Vous êtes une brute, Mr Morin>. La journée de chasse s’est terminée, les chasseurs sont partis et comme ils étaient contents du biotope, du territoire, des oiseaux, de l’organisation de la chasse, ils sont revenus une quinzaine de jours plus tard. Comme cette personne qui m’avait fait la réflexion faisait partie de la bande, elle est revenue bien que les 5 collègues de chasse ne voulaient plus d’elle. La journée commence. C’était le même scénario que 15 jours plus tôt. Le chien s’est mis à faire le ménage comme on dit dans le jargon de cynophilie, il a dégagé tout le gibier du territoire et les collègues n’arrêtaient pas de rouscailler après lui et lui n’arrêtait pas de crier après son chien sans résultat. Finalement, ses 5 copains l’ont évité pour ne pas gâcher leurs chiens qui étaient bien disciplinés, bien suivis avec des bons conseils du professionnel. A midi, cette fameuse personne était aphone à force de crier, tout rouge, ses copains l’évitaient. Deux, trois fois pendant le repas, j’ai dévié la conversation, je ne voulais pas parler avec lui : il m’avait vexé 15 jours auparavant. Finalement, il me parle, me demande : <Mr Morin, vous ne pourriez pas prendre mon chien pour voir un peu ?> <certainement pas, je n’ai pas le temps>. Voilà ce que je lui ai répondu. Ils sont repartis à la chasse l’après-midi. Ca a été le fiasco. Le chien est parti dans tous les sens, le gars ne pouvait plus parler. Et à un moment dans l’après-midi, vers 16 heures, à la réunion de chasse, tout le monde est venu prendre une bière ou un jus de fruit pour se désaltérer parce qu’il faisait relativement chaud. Moi, je sortais les chiens un par un et toutes les heures je changeais de chiens. C’est la raison pour laquelle je pouvais suivre les évènements parfaitement. Alors, cette personne qui était rouge et aphone a rejoint ses copains qui lui faisaient la tête évidemment. Il buvait tranquillement, et j’ai vu le coup arriver, c’était gros comme une maison : le chien arrive tout penaud au rendez-vous tranquillement, tout doucement, les oreilles baissées, la queue entre les jambes, et cet imbécile-là qui m’avait traité de brute 15 jours plus tôt . J’étais à 80/100 m du scénario, je voyais qu’il allait piquer une crise contre son chien. Il s’est mis à hurler, à frapper à coup de pied, à coup de crosse de fusil contre son chien. Il a piqué une crise de nerfs contre ce chien-là. Je suis arrivé, j’ai fait un casse-croûte, je l’ai traité de tous les noms, j’ai dit que c’était inadmissible, il ne devrait pas avoir e chiens. Il me traite de brute 15 jours auparavant alors que je lui explique comment on dresse un chien. Là, ce n’est même pas pour dresser son chien qu’il le frappe et au risque de faire mal (les coups de pied dans le ventre), c’est pour calmer son énervement, c’est un crime. Ca devrait être interdit d’avoir des chiens. En plus, ces gens-là se permettent le luxe de critiquer le travail des professionnels. Quand ils donnent un petit coup, c’est mérité, c’est dans le bon sens sans s’énerver. Après cette engueulade que je lui avais infligé, je voyais ses 5 copains qui rigolaient, contents que je l’envoie sur les roses et la grande gueule était tout penaud, tout honteux, tout triste, il boudait presque dans son coin parce que je l’avais engueulé. S’il avait continué à taper le chien, c’est moi qui tapais sur lui. C’est une des rares fois ou j’étais vraiment fâché. Et bien, finalement, il restait 1 h ½ de chasse à faire, il était dans son coin, tout triste et ses 5 collègues sont partis gaiement. Le soir, les copains de chasse sont arrivés, ils ont eu la paix pendant 1 h ½.
Le soir, le monsieur, l’ancienne grande gueule vient me voir en me demandant si j’avais de la place pour prendre son chien, que c’était moi qui avais raison, que je n’étais pas une brute, c’était lui qui était une brute. C’est au moins un gars qui a reconnu ses torts. Alors je lui ai dit qu’à ce moment-là, que peut-être que j’aurais le temps de m’occuper de son chien mais qu’il devra attendre 2 mois.
Il m’a donné son chien en dressage 2 mois plus tard. C’est vrai qu’il a écouté les conseils que je lui ai donné et il a remis les pieds sur terre.
En résumé, les gens qui ont tendance à crier, à s’énerver et à ne pas personnaliser leur commandement ont tendance à créer un conflit entre le chien et eux. Ce conflit reste et le chien a tendance à avoir des comportements qui ne sont pas francs, devient un peu vicieux et c’est une bagarre perpétuelle pendant toute la vie du chien. Le chien n’est pas spécialement plus heureux, il est même plus malheureux, les gens ont tendance à éviter de sortir leur chien, ils sont en conflit avec lui. Le dressage est fait d’une façon bien nette et avec des étapes précises à gravir et avec un travail progressif.
Si le conducteur écoute les conseils du professionnel, il y arrivera et si il y arrive par la suite, il aura du plaisir à sortir son chien, parce qu’il le sortira sans retenue et beaucoup plus souvent. Dans le ces précis où la personne est censée personnaliser le commandement, il a tendance à rendre son chien beaucoup plus heureux, les rapports sont beaucoup plus nets entre le conducteur et le chien.