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Billets et articles par Patrick MORIN

Le Maître, mon père
Le maître incontestable et incontesté de tous les éleveurs-dresseurs d’épagneuls bretons qui est pris en exemple par les plus sérieux. L’homme qui a laissé ses traces dans tous les meilleurs chiens qui gagnent actuellement les concours nationaux et internationaux en travail : Guy MORIN. Eleveur-dresseur d’épagneuls bretons à Callac de Bretagne, fondateur de l’élevage de Keranlouan, né à Brest en 1926

LE MAITRE

Le maître incontestable et incontesté de tous les éleveurs-dresseurs d’épagneuls bretons qui est pris en exemple par les plus sérieux. L’homme qui a laissé ses traces dans tous les meilleurs chiens qui gagnent actuellement les concours nationaux et internationaux en travail : Guy MORIN.
 

Guy Morin, naissance d'une passion 

Guy MORIN & M Beaudot PremChenilMorin.jpg
Eleveur-dresseur d’épagneuls bretons à Callac de Bretagne, fondateur de l’élevage de Keranlouan, né à Brest en 1926. Il fit de brillantes études et eut ses Bacs à 16 ans. Il est devenu par la suite inspecteur d’enregistrement. Il à été en poste à st Jean de Daye il a connu ma mère qui est née à Oloron Ste Marie dans les Basses-Pyrénées : fille de Pilar ArBues née en Espagne et de Irénée Tallefourtanée en Bearn qui était chef de chantier et qui a emmené sa fille, ma mère, comme secrétaire lors de la reconstruction .en Normandie dans les années 1950 C’est comme ça que mon père a connu ma mère.

Donc, mon père breton et ma mère d’origine espagnole, on pourrait donc penser éventuellement à une orientation vraiment destinée. Il prit goût à la chasse dans les marais de Carentan avec des épagneuls bretons et sa première chienne illustre qui a été la source de toute sa production de l’élevage de Keranlouan fut Glazick, dite Gwen ru de Keranlouan.
Gwen-du de Keranlouan, dite Glazic, en 1961 (CH T, T)

Baudot et Covolo, histoires d'hommes & de valeurs

Après la reconstruction des lotissements faits en Normandie, mon père fut muté à Callac en remplacement de Mr Baudot élevage de l’Argoat. Il a beaucoup suivi Mr Baudot sur les terrains pour chasser la bécasse, il lui a fait connaitre les fields trial de printemps. Il a participé à 3 concours avec Glazick de Keranlouan et heureusement, ou malheureusement, je ne sais pas, vous l’interprétez comme vous voulez, Glazick a gagné à chaque fois le CAC. Du coup, Dominique Covolo, très grand dresseur italien très réputé, qui a fait sa carrière en France et qui était le meilleur dresseur à l’époque, a porté un intérêt important à cette chienne qui avait gagné 3 jours de rang. Il a proposé à mon père de présenter sa chienne pour finir les concours. Il y avait 8 ou 9 concours à faire par la suite. Il fallait que mon père rentre pour travailler en tant qu inspecteur d’enregistrement.

Omar, Pared et Obscur de Keranlouan - 1969 Remise_prix_Gpouchain.jpg
La saison passa et mon père récupéra Glazick à la fin des concours. Dominique Covolo obtint 5 ou 6 CAC sur 9 présentations. Mon père, en récupérant la chienne lui dit : « mais, comment ça se fait qu’elle n’a pas gagné à chaque fois ? » Dominique Covolo lui répondit d’une façon sévère (dans son habitude, il avait un parler assez sec). Il lui a demandé tout simplement s’il ne se fichait pas de lui. Voici les premiers rapports qu’il y eut entre Guy Morin et Dominique Covolo, des rapports qui étaient assez secs et qui ont continué à l’être durant toute la cohabitation et toutes les années qui ont suivi. L’amitié qui a été par la suite s’est terminée tout simplement par la disparition de l’un d’eux, Dominique Covolo.

Il y avait une relation entre ces deux hommes, ils se respectaient, s’admiraient, se jalousaient un peu quand même et ça apportait une certaine emulation entre le combat de l’un contre l’autre pour gagner et c’était la vraie bagarre entre Guy Morin et Dominique Covolo cependant ils avaient des relations amicales il était le parrain de ma sœur Dominique ils se partageaient toutes les meilleurs récompenses pendant ces concours de printemps. A un moment donné, l’élève dépassa le maître. Il faut reconnaître que Guy Morin est devenu le maître incontestable de tous les dresseurs d’épagneuls bretons de l’époque.

Ça y est, le virus était pris et mon père travaillait toute l’année pour essayer de regrouper ses congés, pour participer au maximum de concours de printemps et à un moment donné, au bout de 3 ans il prenait tous ses congés et faisait tous les concours de printemps, les CAC pleuvaient, les CACIT également avec ses premiers champions : Junior, Omar, Hop, Obscur.

Naissance d'une souche nouvelle pour l'épagneul breton

A un moment donné, mon père qui avait une vivacité d’esprit, une facilité d’élocution extraordinaire arrivait toujours à remarquer les petits points qui pouvaient améliorer le breton. Il arrivait toujours à trouver quelque chose en plus, à faire sur ces bretons-là, comparé aux autres chiens. A un certain moment il décida, parrainé par un homme qu’il admirait beaucoup et qui était président de la centrale canine et président de l’épagneul breton pendant plusieurs décennies, Mr Gaston Pouchain. Il a demandé à Mr Pouchain d’essayer de faire de la retrempe avec un peu de sang de setter parce qu’il avait remarqué qu’il manquait quelque chose à ces petits bretons, très intelligents, très dynamiques, très costauds, très courageux, qui avaient toutes les qualités d’arrêt et de retriever. Mais il y avait une petite chose qui leur manquait. C’était peut-être par rapport à leurs cousins les setters anglais, il manquait un peu de puissance de nez et ne patronnait pas. Il s’est dit que s’il apportait un peu de puissance à ces épagneuls bretons il aurait fait de ces chiens des chiens extraordinaires, le top des chiens d’arrêt.

PoulTro de Keranlouan - 1971 - CH T, IT, IB, B Lassa de Keranlouan CHT de P 1978 (CH T, B)

Il est vrai que surtout lors des fields de printemps, les bretons étaient confrontés à leurs rivaux de races continentales, des chiens deux fois plus grand qu'eux, les braques allemands. C'était la bagarre entre les deux races. Avant mon père, les braques dominaient avec leur physique. Il a très nettement rétabli la situation à la plus grande joie du club de l'épagneul breton qui lui a rendu hommage lors de la Nationale d'élevage qui s'est alors déroulée en Normandie.

Tintin de Keranlouan

Il a su le faire avec doigté et maintenant je pense que tous les éleveurs actuels ne peuvent que tirer un coup de chapeau à mon père. Et le premier chien qui fut issu de ces croisements-là fut le premier champion d’Europe en 1976, le roi des épagneuls bretons : Tintin de Keranlouan.

Tintin de Keranlouan - Almedina - 7-oct-76 (CH T, IT, B, IB, GT, Monde)

Tintin était une merveille tant sur le plan de la chasse, du style, du standard parce que il était champion de France de beauté également, champion international de travail évidemment mais en plus il avait une étincelle, un brio, une complicité et une chose à laquelle on ne pense pas, dont les gens ne parlent pratiquement pas, c’est une chose que j’ai essayé et réussi à conserver je pense, qui est primordiale pour moi et qui fait souvent passer les Keranlouan avant les autres, c’est le cœur à l’ouvrage et la maniabilité au dressage. 

Tintin qui avait toutes les qualités plus une apportée par la retrempe de setter qui était dans son sang fut un des premiers, ou le premier des épagneuls bretons reconnu qui avait le patron naturel. Parce que l’épagneul breton au démarrage est un chien très fier, orgueilleux et un peu jaloux et avait horreur qu’on lui vole l’aboutissement de son travail. Donc dès l’instant où il était à l’arrêt et qu’un autre chien arrivait à sa hauteur, c’était plus fort que lui, il fallait qu’il avance. Chacun des 2 chiens bougeaient et mettaient en vol le gibier alors qu’ils chassaient en couple. C’était très difficile de chasser en couple avec des épagneuls bretons du début du siècle. Et Tintin a été le 1er chien épagneul breton, le prototype, qui avait dans ses gênes un patron naturel.

Les machines à gagner 

Tintin de Keranlouan mit en route dans ses produits des machines à gagner : Lulu, Lassa, Violette et bien d’autres. Ensuite ce fut une avalanche de champions de travail qui tomba chez les Keranlouan.  

Mon père décida de s’installer définitivement à Callac parce qu’il y eut un ultimatum dans sa vie professionnelle. Il fut, au bout de 19 ans de carrière nommé à Noisy le Sec en région parisienne. Il a passé 3 mois là-bas, est tombé en déprime sans ses Keranlouan et a décidé d’arrêter son métier au bout d’une vingtaine d’années d’activité et il est devenu professionnel éleveur-dresseur de chiens d’arrêt, spécialisé dans les épagneuls bretons avec l’élevage de Keranlouan. Ce fut le 1er professionnel dans la région Ouest qui vécut exclusivement de l’élevage et du dressage d’épagneuls bretons. 

Ma vocation pour les chiens

Depuis ma plus tendre enfance, je fus baigné dans cette ambiance magique que m’offrait ce contact des petits bretons avec l’exemple d’une personne qui était admirée de tous, je n’ai pu que craquer. Et très vite, je n’ai eu plus qu’une idée en tête, faire le même métier que mon père et devenir éleveur-dresseur d’épagneuls bretons. Lorsque j’étais à l’école primaire en période d’ouverture de la chasse l’après midi je n’attendais qu’une chose le son de la cloche de l’école qui signifiait l’heure de la fin des cours

J’avais une peur folle que mon père après son boulot à 16h 30 ne m’attende pas pour m’emmener avec lui à la chasse ,alors au son de la cloche tout allait très vite et je parcourait la distance qui séparait l’école de mon domicile en un temps record. Généralement mon père m’attendait assis dans sa deux chevaux camionnette, les chiens dans les caisses près à partir. Trois secondes après nous étions partis. Mon père chantait s’était le bonheur.

De ma vie entière je n’ai jamais retrouvé une telle émotion cynophile et je cours toujours après l’impossible (retrouver les conditions de travail des keranlouan en action de chasse faisant plaisir au chien et au maître à la fois de façon si intense sur gibier naturel).

Dès que j’en ai eu la possibilité, j’allais à l’entrainement avec mon père et très vite mon père m’a donné l’occasion de présenter des chiens qu’il avait parfaitement dressés en l’occurrence. Le 1er chien que j’ai présenté, c’était Tintin dans les années 1974. Il m’a donné Tintin à présenter dans un concours à Artenay et Tintin a fait 3 points. D’une façon, Tintin était un chien fabuleux qui aurait été présenté par n’importe qui, c’était pareil ; il était d’une gentillesse, d’une intelligence et s’adaptait dans toutes les circonstances. Je n’avais aucun mérite mais ça faisait tellement plaisir à mon père que je fasse mes premiers résultats avec Tintin. J’ai fait le CAC avec Tintin évidemment et le lendemain j’ai présenté Rac du moulin de Callac avec lequel j’ai fait un CAC aussi. C’était des chiens qui avaient été dressés à la perfection par mon père.

Mes premiers chiens 

Erian (& Ebert) de Keranlouan - 1996 (CH T, IT) Dressage_mai98.jpg

Le 1er chien sur lequel j’ai fait mes 1ers crocs fut Iman de Keralouan. J’ai eu un mal fou, c’est un chien de forte personnalité. J’ai mis 2-3 ans à le dresser parce qu’à cette époque-là on n’avait pas de collier électrique. Sur les lièvres, c’était une sacrée paire de manches. Je le perdais pendant des heures. Après, il y eut Indien de Keranlouan et j’ai enchainé avec Patronne ,Uman, Ulan, Vandick, Erine, Ebert. Je suis arrivé à épauler mon père dans les concours. C’est vrai que dans ces années-là, entre 1960 et 2000, ça a été une avalanche de champions de travail produite par l’élevage de Keranlouan. 

Des champion de travail de Keranlouan, il y en a aujourd’hui entre 120 et 130 si on compte les champions de travail en France et en Italie (environ 50) fait par notre meilleur client et ami, Claudio Lanzi et son frère Franco. Les plus illustres de ses chiens ont été Ulan de Keranlouan qui a dominé l’Italie pendant de nombreuses années et Irian de Keralouan. Tous deux ont obtenu la 1ere place à l’échelle de valeur en France dans les années 89 avec Ulan et 96 avec Irian.

Champions aux points ou à la Coupe ?

Erine_92.jpg

Mon père me disait toujours que les récompenses obtenues sur toute une saison étaient toujours beaucoup plus difficiles que les récompenses obtenues sur 2 jours à l’occasion d’une manifestation en coupe de France ou championnat d’Europe ou du monde. Ça a toujours été des disciplines qui étaient un peu manipulées. C’est facile d’influencer le jury ou mettre des chiens dans différentes conditions de travail sur le terrain parce que comme je vous l’ai dit sur mes différents blogs, les chiens ne sont pas à la même égalité le même jour selon les conditions atmosphériques. S’il pleut le matin et qu’il fait beau l’après-midi, si le chien court sur un billard ou sur des différences de dénivellation ou face à un bois. Cela, les professionnels le remarquent de suite, les spectateurs derrière qui sont amateurs de chiens le remarquent moins, les juges reconnaissent cette différence-là évidemment. C’est la raison pour laquelle il est facile de favoriser un chien dans une discipline sur un jour ou deux. C’est ce qui se passe malheureusement dans ces disciplines-là le jour des coupes de France et d’Europe. Par contre mon père disait toujours que les résultats sur la saison étaient beaucoup plus significatifs d’un bon chien. 

Disons que le meilleur chien de France était champion par points et non pas le vainqueur de la coupe de France.

Justice et honnêteté

Le problème dans cette histoire-là est que la coupe de France et le championnat d’Europe et du monde sont beaucoup plus médiatisés que le championnat par points, donc l’échelle des valeurs. Mon père n’a jamais compris cela, ni moi non plus. Mon père avait horreur des injustices et le faisait savoir. Il n’y allait pas par 4 chemins pour dire les 4 vérités à un juge qui se trompait. Ca encore il acceptait à moitié mais quand un juge essayait de faire des injustices sciemment, je vous garantie qu’il ramassait un savon. Qu’il y ait 2 personnes autour de lui ou 100, c’était pareil, il s’en fichait. C’était une personne qui était très crainte par les juges. Il fallait qu’ils fassent attention.

FaustGenets.jpg Ebert_K.jpg 

C’est lui, Guy Morin, qui a dénoncé le comportement de certains juges à la centrale canine. Il a envoyé un courrier assez corsé pour dénoncer des juges incompétents et malhonnêtes. 

Il a été mis à l’écart. Les 2-3 années qui ont suivi l’envoi de ce courrier, la plupart des juges se sont mis contre lui. 

Le problème dans cette histoire-là, la prestation de ses chiens sur le terrain ne pouvait pas l’empêcher de gagner. C’est vrai qu’il gagnait moins souvent, il était souvent 2e, il avait la réserve de CAC alors qu’il méritait le CAC mais la qualité de ses chiens et le parcours qui était fait sur le terrain ne pouvait pas faire mentir les résultats de la saison parce qu’à chaque fois il était en tête en championnat de France par points ces années-là. 

Très vite, en fin de saison qui a suivi ce courrier, les juges qui l’avaient mis en 2e place ou en réserve de CAC en première partie de saison . Je pense qu’il y a eu des remontrances contre lui, qu’il fallait être sévère . Même étant sévère contre lui, c’était impossible de le mal juger. Certains jours il était vraiment imbattable et ces jours-là étaient assez nombreux.

Une histoire de famille

Mon père prenait son travail à cœur, il était passionné et se donnait corps et âme au travail qu’il effectuait. Ca lui a valu plusieurs fois certaines déprimes. 

Les concours lui tenaient tellement à cœur, c’était tellement prenant pour lui, qu’il avait de plus en plus de mal à s’en remettre à la fin des concours, quand il rentrait chez lui à la maison. Il y avait le contrecoup de la tension qui avait été effectuée pendant 2-3 mois, le contrecoup était dur à vivre pendant 1mois ½ après les concours. Pendant ce temps mon père avait un passage à vide terrible. 

Mon père et moi avons une chance inouïe d’avoir une personne à nos côtés, qui nous a toujours aidés avec un courage et une générosité sans limite. C’est vrai qu’on pouvait compter en permanence sur elle et qui s’occupait de tout le fonctionnement du chenil. Elle était la cheville ouvrière de l’établissement, de l’élevage de Keranlouan. C’est elle qui nous a permis de partir mon père et moi nous battre avec les Keranlouan et comme disait certains « casser la baraque ». C’est elle qui nous a permis de faire monter cet élevage qui est devenu le plus puissant élevage d’épagneuls bretons, qui a produit le plus grand nombre de champions de travail. ( accueillir les clients, répondre au téléphone, s’occuper de la gestion-comptabilité de façon à ce que, lorsque nous rentrions mon père et moi, nous n’avions plus qu’à mettre nos 2 pieds dans nos chaussons). Nous partions tous les 2 pendant de nombreuses semaines et quand nous rentrions tout était impeccable. L’élevage de Keranlouan pouvait redémarrer au quart de tour sans faire un travail de préparation puisque tout était prêt, tout était fonctionnel, tout était nickel à notre retour. 

Je n’ai qu’une seule chose à  dire : MERCI MAMAN.

 Patrick et Guy avec Uman.jpg

Aujourd’hui, les Keranlouan veulent prouver qu’ils ne sont pas seulement bons mais également beaux, aidé par mon ami qui était le bras droit de Claudio Lanzi, spécialiste d’exposition qui a classé une dizaine de Keranlouan champions de beauté. Il s’agit de mon correspondant italien Oliviero Merli.

 

Merci à Guy et Yvonne Morin. Je vous embrasse très fort pour tout ce que vous avez fait pour les Keranlouan; sans oublier mon petit frère Yann qui à construit mon site www.keranlouan.com.

Patrick Morin

pmorin@wanadoo.fr

site : www.keranlouan.com

 

 

La passion dépasse la raison
Je sépare les petits Keranlouan à partir de l’âge de 6 semaines. La maman, je la fais dormir dans un box la nuit. Le lendemain matin, un de mes apprentis fait têter ses chiots ainsi que le soir. La première semaine, il les fait têter 2 fois par jour, la 2e semaine, 1 fois par jour. Ensuite, ils sont sevrés totalement à partir de l’âge de 8 semaines. Alors il arrive qu’au bout de quelques jours l’arrivée de l’homme ait pour conséquence d’apporter un intérêt primordial pour les chiots puisque l’homme leur apporte le bibi pour l’intermédiaire de la maman.

Le sevrage

Je sépare les petits Keranlouan à partir de l’âge de 6 semaines. La maman, je la fais dormir dans un box la nuit. Le lendemain matin, un de mes apprentis fait têter ses chiots ainsi que le soir. La première semaine, il les fait têter 2 fois par jour, la 2e semaine, 1 fois par jour. Ensuite, ils sont sevrés totalement à partir de l’âge de 8 semaines. Alors il arrive qu’au bout de quelques jours l’arrivée de l’homme ait pour conséquence d’apporter un intérêt primordial pour les chiots puisque l’homme leur apporte le bibi pour l’intermédiaire de la maman.

L'attirance du chiot vers l'homme

Donc l’homme devient en l’occurrence une 2e maman, les chiots sont attirés par l’homme et au début de la 7 semaine  il  les met dans un chariot à roulettes et il les envoie dans un petit chemin. il met délicatement toute la portée à terre  les petits sont intimidés et du fait qu’ils sont attirés par l’homme, le déplacement a pour conséquence de les aspirer, de les attirer. Les chiots, tant bien que mal, maladroitement au début, c’est rigolo comme tout, suivent mon apprenti dans le  chemin, une voie charretière qui fait 250-300 mètres au bout  duquel il  y à un   bois.
Le but est d’accèder à une clairière boisée. Il leur fait découvrir la nature et cela a pour conséquence de leur éveiller leurs instincts naturels. La qualité naturelle de base la plus importante est l’instinct de course à la poursuite, donc l’effet de déplacement. L’effet de déplacement attire les petits chiens et leur fait faire, en se déplaçant, un tas de choses. Ils traversent les ronces clairsemées, les fougères, donc ils passent par-dessus les mousses, les petites branches cassées, les troncs d’arbres, contournent les arbres, montent par-dessus les têtes des talus.
La difficulté suprême après, à partir de la fin de la 7e semaine, c’est d’essayer de leur faire franchir un petit ruisseau et au fur et à mesure que les chiots franchit des obstacles, ils sont fiers d’eux. D’abord, c’est un  jeu puis ça devient une passion, ils découvrent les papillons, les roitelets, ils courent après les merles et sont avides d’essayer de découvrir des choses différentes que leur donne la possibilité de faire la personne qui les fait se déplacer dans les bois.

La passion dépasse la raison.

Il en résulte que lorsque je fais une expérience avec des gens qui sont inconnus par les chiots, des clients qui viennent voir les chiots, je prends n’importe quel chiot de 3 mois conditionné de la sorte. Je le prends dans mes bras avec les gens leur expliquant cet état de fait, on marche dans le chemin qui accède au bois et je mets le petit chien par terre. Je demande aux gens de se déplacer. Le petit chien normalement me connaît, il me voit tous les jours, je lui donne à manger, je lui fais des calins, je l’ai sorti plusieurs fois dans les bois.
La raison voudrait qu’il reste à proximité ou autour de moi ; la passion veut qu’il aille avec une personne qui se déplace pour lui faire découvrir tout ce qui le passionne et les performances qu’il a faites et qu’il va encore faire, le chiot aimerait se surpasser et est avide de vivre des moments intenses. Comme prendre son élan pour monter des talus inaccessibles et qu’ils arrivent à franchir au bout de quelques sorties.

La découverte des inconnus

Je demande systématiquement aux gens de se déplacer, des inconnus. Ils n’ont aucune raison d’aller vers des inconnus, mais ces inconnus-là aspirent un élan psychologique qui est ancré dans leur tête. Ils aspirent le fait de déplacement pour leur apporter toutes ces joies, tout ce bonheur, toutes ces découvertes. Donc le petit chien est entrainé par sa passion parce que l’étranger va se déplacer vers le parcours de chasse et va leur faire franchir peut-être des nouvelles choses, des nouveaux obstacles.
A ce moment-là, le petit chien sera à 100 % attiré par sa passion en suivant des étrangers qui vont le faire vibrer, lui faire passer des moments intenses alors que la raison serait qu’il reste autour de moi parce que je l’ai nourri. C’est exactement le cas de figure qui se produit dans la plupart des fois lorsque je vends un chien à des gens qui vont le faire vivre  en vie domestique : le mari va au travail, la femme va s’occuper du chien tous les jours, lui donner à manger, le promener dans le jardin, le laver, lui donner des soins, un contact, une harmonie, beaucoup d’affection.

Mais le chien est un chasseur avant tout

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que ces chiens sont sélectionnés depuis plusieurs générations, 10, 15, 20, souvent, même 30générations pour chasser. Leur raison de vivre est de chasser, c’est d’aller dans la nature, d’éveiller leurs instincts naturels de chasse, ce dont ils sont sélectionnés depuis très très longtemps et c’est ce qui est le plus important pour eux.

Souvent le propriétaire travaille et s’en occupe pour aller dans la nature, pour le faire s’exprimer et pour le faire vivre. Donc, même s’il ne chasse pas, s’il le fait courir dans la nature, le chien chasse même sans fusil, même si on ne tire pas de gibier, en l’occurrence si on tire du gibier, c’est encore mieux. Si le mari le sort 10-15 fois dans la nature pour le faire éclater de bonheur, ce chien sera avide de rechercher ces moments-là, sera attiré par la personne qui fait ça alors que la femme s’est investie en temps et l’a sorti 250-300-400 fois à proximité de la maison, lui a donné des calins. Il sera beaucoup moins attiré par ces états de fait. Si la dame va dans la nature et lui donne ce bonheur-là, il sera attiré et sera plus sensible à ce qu’elle fait tout simplement.

La passion et la raison

Il ne faut pas dire que les chiens obéissent mieux ou sont plus attirés par les hommes que par les femmes, c’est simplement du fait que l’homme ou la femme lui apporte le bonheur de sa raison de vivre et si la femme lui apporte ce bonheur, il sera attiré par elle, tout simplement.

Il y a la passion, il y a la raison. Mon rôle en tant que dresseur est de mettre la passion du chien au service de l’homme sans l’obliger à le faire mais en lui donnant envie de le faire.


Patrick Morin, Août 2010

 

La Deuxième révélation de ma vie professionnelle!
Première révélation : le mélange de caractère Deuxième révélation : l’initiation de base

 

 Il reste cependant un troisième élément fondamental qui est l’origine ! C’est ce qui est de plus en plus facile à trouver grâce à l’effort des clubs de race bien structurés. Il y en partout !!!

 

Pour une initiation bien faite, l’idéal c’est : la faire au moment où il faut le faire, avec des gens qui savent le faire, avec le matériel pour le faire.

Si Mozart avait appris à jouer du piano à  25 ans et même s’il avait vécu jusqu’à 100 ans il n’aurait jamais fait cette carrière-là et je constate que les petits keranlouan qui m’invitent à les sortir de plus en plus tôt tous les ans en pourcentage il y a plus de Mozart.

Tous les ans ils mettent la barre un peu plus haute et me laissent bluffé par leurs performances invraisemblables. Beaucoup de keranlouan adolescents font jeu égal à la chasse avec des chiens adultes et très rapidement deviennent des merveilles.

De ma vie je n’ai jamais eu autant de clients qui me  les vantent et me donnent des comptes-rendus des exploits faits par les jeunes keranlouan.

Les keranlouan ne sont pas meilleurs que des supers chiens produits dans d’autres élevages mais certainement pas moins bons. La différence est qu’ils mettent leurs qualités naturelles de base (transmises par leurs parents) au service de leur conducteur à 90 et 100 % parce que ce sont mes copains, nos copains et je vous invite à ne pas les considérer comme des employés.

Comme je le dis depuis 40 ans dans l’élevage des chiens de chasse, pour satisfaire chaque cynophile amateur de chiens de chasse ou de fields, le plus important n’est pas la sélection d’origine. Si un novice, parce qu’il a de l’argent, achète le champion toutes catégories mâle et femelle reproducteur d’élite et s’il est capable de produire en quelques mois des chiots supérieurs aux chiens produits par des éleveurs de 50 ans d’expérience, je serai le premier des imbéciles.

Il ne faut pas prendre les éleveurs amateurs et professionnels pour des nunuches qui sont bien conseillés par notre club qui est à mon goût bien construit et très bien géré. Le niveau des origines de la plupart des éleveurs français est par le fait conséquent. Les qualités naturelles de base transmises par les parents s’ajoutent (origine) de génération en génération.

Les caractères dominant se multiplient en une génération (nervosité, timidité, susceptibilité, le chien un peu vicieux sur le gibier c’est bien mais 10 fois trop vicieux c’est une catastrophe).

Ce n’est pas possible de voir si un chien, à condition qu’il soit intelligent et passionné, après 300 heures de travail de dire s’il était timide ou susceptible ou un peu vicieux étant jeune. La seule personne qui est capable de le dire c’est la personne qui a connu le chien à l’état vierge : le dresseur.

 

Je suis incapable après 50 ans d’expérience de dire si le champion du monde toutes catégories est adapté à la reproductrice que je vais lui présenter.

Depuis les débuts 80 j’ai toujours fait des études de caractères et cherché à faire des chiens équilibrés (depuis ce temps il y a eu 100 champions de travail chez les keranlouan) mais il y avait quelque chose qui m’échappait parce que j’avais de temps en temps un chien qui avait des problèmes de caractère et je ne comprenais pas pourquoi.

Depuis que j’ai arrêté de faire des compétitions de façon intense je passe beaucoup plus de temps au chenil et je fais depuis 2007 une chose que je voulais faire depuis des dizaines d’années : m’occuper de mes petits keranlouan.

Un faux-pas fait en moins d’une seconde qui n’est pas rattrapé de suite peut marquer le petit chien pendant toute sa vie lorsqu’il est jeune et fragile.

Lorsque le petit chien subit un tel choc et qu’il est monté à 180 pulsations/minute il faut le prendre dans vos bras, de 180 à 140 pulsations il est révolté contre vous et ne réfléchit pas, à 120 pulsations il commence à analyser ce qui s’est passé, à 100 pulsations il comprend que c’est son maître qui lui a fait mal mais à ce moment il est un peu abattu surtout si bien dans ses bras il sent la chaleur de son corps comme il n’y a pas si longtemps la chaleur de sa maman si réconfortante et puis il se calme, vous pourrez le remettre dans un coin tranquille et la chaleur que vous lui aurez donné aura (presque) effacé le traumatisme précédent.

Autrement s’il va se cacher, il vous en voudra et comme il sera loin de vous et qu’il ne sera pas sur votre emprise au pied du mur, il ne sera pas obligé de trancher la question et l’abcès ne sera jamais percé.

 

Avec de bons reproducteurs, bons chasseurs et bon standard, le plus important et cela n’engage que moi est le mélange de caractère et ensuite cela me manquait et il m’arrivait d’avoir des petits keranlouan qui ne s’exprimaient pas à leur juste valeur, c’est l’initiation de base qui est pour moi devenu non pas une révélation mais une révolution !!!!!

Je vous remercie pour votre marque de sympathie pour les keranlouan.

Je m’efforce de plus en plus de réveiller les qualités naturelles de mes petits chiens le plus tôt possible, cela a pour conséquence de les disposer à s’adapter plus facilement et à s’orienter vers tous les horizons comme un gamin qui apprend une langue étrangère à 6 ans, le ski, la bicyclette, faire de l’ordinateur. Il le fera plus difficilement 30 ans plus tard.

Je veux que mes petits chiens soient à l’aise dans toutes les disciplines même s’ils ne le font pas parfaitement et ils pourront chasser le lièvre, arrêter les bécasses et rester au pied lors de battues, chasser le canard s’ils sont bien dans leur tête. Ils seront facilement orientables à se diriger vers leur vie future de chasseur. Cependant il faut que leur changement de vie se fasse au moment où leur caractère est encore malléable, c’est-à-dire adolescent entre 4 et 8 mois. Ce n’est pas une histoire de qualités supérieures mais c’est disposer leurs qualités au service de l’homme qui sera devenu son complice.

Cordialement,

PATRICK MORIN

 

 

Peur du coup de fusil et Rapport
Les gens qui ont peur que leur chien ait peur du coup de fusil transmettent cette peur, comme pour le reste.

Arrêt, rapport, obéissance, natation, les ronces, sur toutes les pratiques exercées sur le chien, il lui met la pression et le rend mal à l'aise. Il y a des chiens qui sont prédisposés à avoir peur du coup de fusil et d'autres qui ne le sont pas. La peur du coup de fusil est une erreur de l'homme. Les chiens timides et caractériels sont prédisposés à avoir peur et les chiens bien équilibrés ne le sont pas.

 

En prenant toutes les précautions avec un chien prédisposé en le motivant à l'extrême, au moment où il entendra le premier coup de fusil, il ne l'entendra pas comme deux personnes qui ont une conversation qui les passionne n'entendront pas une tierce personne qui les interpelle à ce moment précis.

Un monsieur obsédé par la peur du coup de feu m'achète un jeune chien bien équilibré que j'avais habitué aux coups de fusil. Je lui tire deux coups alors que le chien était en action de chasse, il n'y avait aucun problème. Ce monsieur prend le jeune chien et fait 800 kms. Il arrive chez lui, l'attache à un piquet au milieu de sa cour, va chercher son fusil, s'éloigne de 30 mètres et tire en l'air.

Le jeune chien, perturbé de son premier long voyage puis attaché au poteau, sursaute. Le monsieur, pour en avoir le cœur net, se rapproche à 15 mètres et tire à nouveau. Le chien, qui le prend pour un fou à juste titre, commence à se méfier. Le Monsieur un peu fou se rapproche à 5 mètres, tire en l'air et le chien prend peur.

Ce monsieur me téléphone pour me dire qu'il n'était pas content et me reprochait de lui avoir fait faire 1 600 kms pour lui vendre un chien ayant peur du coup de fusil.

L'arrêt est un réflexe conditionné du chien qui veut attraper sa proie sans pouvoir le faire ou d'un chat qui guette une souris sortant de son trou. Le chat se tétanise parce que la souris est très méfiante et rapide mais si elle n'est pas méfiante et rapide le chat ne prend pas toutes ces précautions.

 

Supposons qu’un chien ayant un maitre qui a peur que son chien manque d'instinct. Il lui enlève 80 % de ses moyens de par son comportement. Il va lui mettre du gibier entravé et le retenir à la corde. Lorsque son chien sera à l'arrêt, il courra de peur que le chien n'attende pas.

Lorsqu'un jeune chien arrête, il est comme en équilibre, sur le point de bondir si vous courrez. Les impacts de vos pas font vibrer le sol : il les sent rentrer par ses coussinets ainsi que le gibier qui est aussi en équilibre prêt à s'envoler.

Vous arrivez à quelques mètres de votre chien et à chaque fois, à ce moment-là, il n'en peut plus, il fonce. Cela est normal. Vous avez énervé tous les animaux, de plus vous êtes en transpiration, soufflant comme une locomotive. Tout autour de l'homme il y a une odeur d'un diamètre de 2 à 5 mètres, selon qu'il transpire ou non.

Tous les jeunes chiens à l'arrêt voulant rester en contact de l'odeur du gibier sont gênés par l'odeur plus ou moins forte de l'homme et s'énervent quand l'homme arrive à proximité à ce moment-là. Si vous voulez que votre jeune chien ait tendance à tenir l'arrêt il faut rester en retrait et ensuite vous pourrez avancer vers lui tout doucement lorsqu'il aura concrétisé plusieurs arrêts de préférence.

Pour que le jeune chien arrête mieux il faut qu'il soit un peu fatigué et tout seul dans la nature avec son gibier. Il faut que le gibier soit immobile dans un peu de végétation pour le cacher. Un autre chien ferait le même effet que l'homme avec son odeur de chien.

 

Le rapport

 

L'homme qui a peur que son chien ne rapporte pas ou mal a tendance à avoir un chien imparfait au rapport


Exemple : "Mr Morin, mon chien rapporte mais quand il arrive à proximité de moi, il ne veut pas me le donner, il tourne autour de moi. Alors cela m'énerve et quand j'attrape le chien je m'empresse de prendre le gibier de peur qu'il ne l'abime".

Réponse : C'est votre faute ! Si vous étiez un chien, vous arrêtez un gibier. Votre maître l'abat, vous allez le chercher, c'est quand même l'aboutissement de votre travail, vous êtes fier, vous voulez en profiter et vous entendez votre maître qui vous crie : "apporte". Vous êtes content et vous vous énervez de peur que votre maître le prenne en se ruant sur vous. Alors vous partez.

Vous revenez, vous ne voulez pas qu'il vous le pique, il crie, il gesticule. Vous tournez autour de lui et à un certain moment vous lui donnez . Il vous saute dessus pour prendre le gibier. De rage vous serrez celui-ci dans votre gueule.

Mais si après avoir fait 5 ou 6 tours autour de votre maître qui reste discret et qui a tendance à s'éloigner et se rapprocher d'un obstacle naturel qu'il risque de franchir, il vous attrape en vous laissant le gibier dans la gueule, il vous met la laisse et se promène en vous faisant marcher avec le gibier dans la gueule, vous ne plantez plus vos crocs de rage et au bout de quelques rapports vous viendrez directement vers votre maître. Il va vous laisser encore profiter du gibier pendant une petite promenade et vous flatter sans crier.

 

Autre exemple : "Mr Morin, mon chien n'obéit pas au rappel et pourtant je n'arrête pas de l'appeler.

 

Réponse : Votre chien n'obéit pas parce que vous l'avez agacé comme une personne que vous aimez qui vous rabâche toujours la même chose. De plus, il ne s'inquiète pas, il sait où vous êtes, il prend un point de repère comme un son de radio de votre voix qui a tendance à se déplacer vers l'orientation qu'il prend.

Le rappel ne doit pas servir à faire venir votre chien mais à attirer son attention pour faire une chose qui l'intéresse ou qui l'attire de préférence et vous verrez que rapidement il vous obéira naturellement.

Il faut tout simplement le conditionner à revenir en étant le plus discret possible et au bout de plusieurs sorties il vous recherchera parce que vous lui aurez fait peur en vous cachant derrière un arbre ou un talus.

Il faut surtout pour commencer éviter qu'il y ait un élément naturel autour de vous qui l'attire avec l'instinct de course à la poursuite, une personne qui marche plus vite que vous ou autre mouvement que vous si possible pour que ce soit plus facile.

Utilisez le commandement de frein puis une récompense par la nourriture pour le récupérer.

Dernier exemple : "Mr Morin, mon chien ne va pas à la ronce".

 

Réponse : Pour qu'un chien aille à la ronce ou qu'il nage bien, il est très utile de commencer jeune et lorsqu'il est bien initié avec un moniteur surtout il faut le sortir seul ensuite.

Il faut qu'il le fasse seul avec un travail progressif avec la carotte au bout (gibier ou apport able). Il faut lui faire franchir les marches de l'escalier une par une et non 4 par 4.

 

Pour l'obéissance

 

Il ne faut pas faire obéir votre chien mais le conditionner à le faire en lui donnant une barrière à ne pas franchir et s'il la franchit le ciel lui tombera sur la tête. Un épagneul breton réagit comme nos ancêtres nés dans nos régions (les gaulois) ils n'ont peur que d'une chose : que le ciel leur tombe sur la tête...

 


Patrick MORIN

 

 

ELEVAGE DE KERANLOUAN

L’obéissance: dosage et appréciation
La connexion = 60% de l’obéissance et le dressage = 40 % de l’obéissance.

L’obéissance est une question de dosage et d’appréciation.

Il y a 3 niveaux de difficultés d’obéissance suivant si votre chien est calme, un peu énervé ou complètement excité. C’est à vous d’aller dans le sens des réactions naturelles et d’essayer de le comprendre plutôt que de le rebuter en lui imposant des commandements à contre sens. Si vous êtes raisonnable il deviendra naturellement raisonnable et en plus deviendra votre complice.

Plus vous serez discret, moins vous le déstabiliserez dans son travail et il fera l’effort de rechercher votre contact plutôt qu’agacé par des rappels incessants qui lui indiqueront votre position et vos déplacement. Il n’aura donc plus besoin de faire d’effort pour vous rechercher puisqu’en plus vous aurez tendance à vous déplacer dans sa direction en l’appelant.

La connexion, (c’est-à-dire le fait d’attirer l’attention du chien) a un impact sur l’obéissance de 60% et les 40% restants sur le dressage pour obtenir une obéissance « parfaite ». Parce que l’obéissance parfaite n’existe simplement en toutes circonstances que sur les animaux dépersonnalisés.

Un chien parfaitement dressé peut dans certaines circonstances désobéir s’il n’est pas connecté à son maître.

Exemple 1 : un chien dressé déconnecté comme une voiture neuve qui provoque un accident. Le chien dressé à 100% (40% de l’obéissance) en zone de vigilance rouge* () dans une plaine où il y a beaucoup de chasseurs et de chiens qui se jalousent… Plusieurs fois un autre chien est venu lui voler l’aboutissement de son travail, c’est-à-dire qu’il arrête et les autres chiens lui passent devant et font voler le gibier qu’il a parfaitement négocié. Les chasseurs crient et tirent à tout va, c’est le désordre complet. Le chien dressé malgré le rappel de son maître désobéit.

Exemple 2: un jeune chien un tout petit peu dressé comme une voiture d’occasion qui fait des centaines de kms sans problèmes.

Le petit chien qui est dressé à 10% en zone de vigilance verte et qui est connecté avec les élans naturels dont se sert son maître avec l’instinct de course à la poursuite, le mouvement. Il lui fait traverser la végétation, sauter par-dessus les talus, franchir les ruisseaux, se glisser sous les ronces et les fougères clairsemées. Le petit chien, ayant peur de ne pas franchir les obstacles et de ne pas rattraper son maître, est en éveil permanent. Il observe le comportement de son maître qui peut se cacher derrière un arbre ou un talus. Il faut alors le trouver comme un gamin qui a perdu sa mère et n’a qu’une hâte c’est de la retrouver.. Résultat d’obéissance : connexion 60% dressage 10% des 40% =4% soit un total de 64%.

Le petit chien qui n’est pas parfaitement dressé va obéir en zone de vigilance verte après s’être fait connecté par son maître.

Je dirai que l’affûtage de la connexion ainsi que l’affûtage du dressage a une importance primordiale. Oui le résultat d’efficacité de ces deux éléments est un peu élastique, augmente et gonfle les points de pourcentage considérablement. Comme au contraire, si l’affûtage ou l’entretien n’est pas bien fait, comme un sportif qui ne s’entraîne pas, tous les éléments positifs se rétrécissent et se vident.

Nous pouvons dire 60% plus ou 60% moins, le soleil ou la nuit.

Mais bizarrement, si le petit chien bien initié au moment où on doit le faire avec des gens qui savent faire, prenant le temps et le matériel pour le faire, la connexion et le dressage ne s’effacent jamais totalement. Le futur est en fonction de notre passé si ce n’est plus possible avec son corps cela existera toujours dans la tête ou dans nos rêves.

Il faut que l’homme réalise que son ami le chien a un physique, une sensibilité, une interprétation, une intelligence et un cœur qui bat.

P.Morin

Elevage de Keranlouan

* zone de vigilance rouge : zone dépourvue d’obstacles naturels dans les premières minutes de course

Je ne fouetterai pas mon chien

Monsieur Durant qui m'avait acheté une petite Keranlouan de 4 mois déjà très bien initiée à la chasse et faisant des beaux arrêts revient vers moi plusieurs mois après pour me la laisser en pension pendant leurs congés. Il me raconte les prouesses de la petite à la chasse. Elle est relativement obéissante et a été de suite propre à la maison mais elle tire en laisse. Comment faut-il faire, Mr Morin ?

Cela est très simple, n'importe quel stagiaire qui vient dans mon établissement y arrive en 10 mn avec un chien déjà initié. Il faut prendre une branche de noisetier et lorsque votre chien vous dépasse, il faut le fouetter par devant en lui faisant un peu mal deux ou trois fois et ensuite si vous lui avez fait un peu mal (autrement cela n'a pas d'effet) vous pourrez fouetter par terre lorsque votre chien vous dépasse par devant sans le toucher, il pensera à ce qu'il pourrait lui arriver s'il recommence trop souvent. Tout ceci pour éviter de le frapper de trop. Il ne faut surtout pas faire comme le font 90 % des gens, tirer sur la laisse en disant "au pied !". Le chien rigole, il fait sa gymnastique et il vous met l'épaule en bouillie. Il retire davantage, énervé par l'énervement de son maître et les commandements incessants qu'il lui donne. Cela créé un conflit entre le maître et le chien.

"Mr Morin, je ne fouetterai jamais mon chien et ne lui ferai jamais de mal"

Sa femme prend la parole. Elle dit :"raconte Lionel" et Lionel Durant raconte :"Patrick, je ne comprends pas, ma petite est devenue propre le premier jour et au bout de 15 jours s'est passé une chose incroyable : un matin nous nous apprêtions à prendre le petit déjeuner ma femme et moi et il n'y avait pas de pain alors que ma femme était restée dans la chambre (oui je lui apporte le petit déjeuner au lit). J'avais sorti la petite pour le pipi comme d'habitude et je la mets dans le salon pendant que je vais chez le boulanger. Quand je suis rentré 10 mn après elle avait fait pipi et caca partout, elle avait arraché les rideaux. Je suis devenu fou, je lui ai fouttu une tournée à coups de pieds, je voulais la tuer et si ma femme n'était pas venue, je crois que je l'aurais tuée."

Un chien comme un homme a envie de faire ses besoins quand il bouge : l'homme quand il se lève, un chien quand il fait 50 mètres et en plus la petite chienne s'est énervée parce qu'elle a cru que son maître l'avait laissé derrière et qu'il était parti se promener sans elle, donc elle a eu une réaction naturelle et non pas vicieuse. L'homme est une bête féroce et sans pitié,  c'est est un dictateur animal qui frappe pour calmer ses nerfs, il a le snobisme de dire je ne veux pas faire du mal à mon chien, qui mérite qu'on lui fasse un peu mal pour aller dans le sens de son éducation pour l'amélioration de sa qualité de vie.

Parce que quand un chien ne tire pas en laisse on le sort moins  souvent.

Un autre exemple :

Un couple de client est venu m'acheter un chien. "Mr Morin, je suis venu avec mon mari pour choisir le chien adapté à nos besoins. Mon mari, je le connais : pendant l'ouverture de la chasse il va s'en occuper mais l'ouverture dure 6 mois mais les 6 mois de fermeture, comme il travaille beaucoup, il ne va pas le sortir. Mais moi je prévois, j'aime les animaux et avec mes 2 enfants qui sont adolescents et qui aiment les chiens aussi nous allons tous les trois nous relayer à le sortir en laisse."

Je dis tout simplement que j'aimerais que tous les chiens que je vends pour la chasse aient cet avantage.

Ces mêmes clients me ramènent le chien en pension pour des périodes de vacances et la femme me dit : "Mr Morin, comment faut-il faire pour que mon chien ne tire plus en laisse, il m'arrache le bras et me le mets en compote et mes enfants ne veulent plus le sortir non plus, alors je le laisse au chenil et il n'est plus jamais sorti en période de fermeture de chasse".

Je lui explique la même chose que j'ai expliqué à Mr Durant et elle me répond "ça jamais je ne fouetterai un chien". Je réponds : "Madame, vous ne voulez pas faire l'effort de fouetter votre chien tout simplement pour lui améliorer sa qualité de vie, vous êtes courageuse, vous avez choisi par conséquent de laisser vivre votre chien en prison en le laissant au chenil parce que ni vos enfants ni vous le sortez, bravo !"

L'homme ne veut pas faire l'effort de se mettre à la place du chien qui se  comporte  un  peu  comme un  gamin à qui  on n’a  plus  le  droit  de lui donner  une  fessée  de peur  d’avoir  des  ennuis  avec  les  autorités. Vous  jouez  à la  politique de  l’autruche et l’égoïste grandie et  la  conscience  diminue, il faut faire un effort, nous avons toutes les qualités et tous les défauts en nous. Je veux vous aider à repousser vos défauts pour le bien être de votre chien.

Cordialement.

P Morin

 

 

Il défie les lois de la nature

Le vent entraine un courant de feu dans une direction, plus il est puissant  plus le  feu  est inaretable et est rapide  à se déplacer, il faut attendre  que le vent  se calme pour  le résonner.

 L’homme qui marche lentement accompagné  de son chien ne doit pas  marcher à côté  d’un homme  qui  va plus vite ,le chien sera à tous les coups entrainé  par les lois de la nature comme le vent  entraine   le feu et le chien deviendra  complice de la  personne qui   marche vite et rebuté  par  les rappels  incessants  de  son  maitre .Il sera  énervé et donc inintéressant  pour  le  chien  qui aime la  nature et  le  mouvement  (l’instinct  de  course  à la  poursuite),la  qualité  la  plus forte  chez  tous  les  animaux  de  la  terre

C’est la  nature , imaginez   qu’une personne  que vous aimez vous  rabâche  toujours  la  même  chose, elle  vous  énerve, donc  vous énervez le  chien en l’appelant  constamment pour l’empêcher de faire  une  chose  qui l’attire  naturellement et  en  plus  le   chien  a le  sens  de  l’observation   plus  développé  que   nous  et  remarque  votre  état   d’énervement qui le  repousse  encore  plus  vers  son élan naturel.

L’homme  ne  veut  pas  faire  l’effort d’essayer  de  comprendre son  chien  parce qu’un  chien  dressé  doit  obéir.

Sans  doute  comme  une  voiture  neuve  ne doit  pas  faire  d’accident puisque   elle  a  couté  cher.

Mais si  l’homme   prend  des risques et  roule  trop vite sur  une  route sinueuse et  verglacée  il va  perdre le  contrôle  de  son  véhicule  mais il  va  dire : c’est ma  faute  je n’ai  pas été  prudent.

Par contre je suis  désolé  de  vous le dire

Le chien  qui  n’a  pas été  entrainé ou qui a été  mis en concurrence  avec  des  chiens  plus vieux  ou qui  aura  un  maître  qui  traine  alors  que  tout  se  passe  dans le mouvement, le  chien  aura tord 

Le  plus  gros  problème  est qu’il est difficile  de  dire  à  un Monsieur : vous  ne  marchez  pas  assez  vite, ou aux  autres : ralentissez parce chacun  pense qu’il  détient  la  vérité

L’homme  comprend la  réaction  du  feu  par  le  vent ou qu’il n’a pas été  prudent  avec  son  véhicule et l’accepte mais  la  réaction  de  chien non ! il se  comporte  comme un  dictateur animal.

II y a  trois  éléments  fondamentaux  et  trois  zones de  vigilance  chez  tous les  animaux  de la  terre  et  surtout  chez les  keranlouan

 

Eléments  fondamentaux :

Instinct de  course  à la  poursuite , la  qualité  naturelle  de  base  la  plus  importante  chez  tous  les  animaux  de  la  terre (tous les  animaux de  la  terre)

Les  zones  dépourvues  d’obstacles  naturelles

Allée  pare - feu , chemin , grande  plaine etc… (tous  les  animaux  de  la  terre)

 

Et  cela  n’engage  que moi  le  commandement  de  frein  qui  multiplie  votre  emprise  de  connexion  sur votre  chien par   2 ,5 ou 10  (principalement  chez  tous  les  keranlouan)

Le rappel  ne  sert  pas  à  faire  revenir  un  chien  mais  à  attirer  son  attention pour l’entrainer  avec  la  plus  grande  puissance,  le  mouvement pour  aller  vers  une  destination  intéressante pour lui et  d’en profiter de le  rattraper  s’il  se  rapproche  de vous.

Maintenant je vais vous poser  une  question : à quel moment  il est  plus  facile  de  récupérer  votre  chien   lorsqu’il est  à  100 m ou  à 2 m ?

Moins  vous appelez  votre  chien et plus  vous marchez  vite  (pas  dans les  allées pare-feu ,  chemin  ou  plaine ) mais  dans  la  végétation  en  lui  faisant  passer  des  obstacles naturels  plus   votre  chien  sera   intéressé et complice  avec vous  , plus il sera   à votre  écoute et  observera   vos  mouvements.

Si  vous  être  naturellement  moins vif  ,il ne  faut  surtout pas  qu’il y ai une  source  de  mouvement  supérieur  à  la  vôtre  autour  de  vous pour que votre  chien soit  connecté.

Vous  êtes  un  aimant et  votre  chien  un  bout  de  fer  si le  bout  de  fer   s’éloigne  de  vous , votre chien  sera en  contact d’un  aimant  plus fort  que    le  vôtre  qui n’aura  plus  d’effet par rapport  à la  distance.

Et  pourtant   vous  le  caressez  et  vous  le  nourrissez !!!

Le temps  ne  se  compte  pas  par  les  heures  mais  par  le  battement  du  cœur.

Il  sera  toujours  attiré  par  la  personne  qui  lui  ferai  vivre  des moments  intenses  et  qui  lui  fera  faire  les  choses  dont  il  est  sélectionné  depuis  maintes générations comme un  homme qui sera  passionné  pour  un sport ou la  promenade ou de la  décoration ou  par la nourriture il  pensera régulièrement et  à la  moindre  occasion il se  lâchera vers  son  orientation  prédestinée. 

 

 

 

Il y a  trois  zones  de  vigilances

Zone  de  vigilance  verte = le  chien  seul  avec  son maître  et  ayant   lâché  son  venin  du  premier  quart  d’heure  de course et  n’étant  pas  dans  une  zone  dépourvue  d’obstacles  naturels.

 

Zone de  vigilance orange = le chien au  bout  d’une  heure  de  chasse  en  présence  d’un  gibier ou d’un autre chien.

 

Zone  de  vigilance  rouge = le chien lâché la  première minute  dans  les pattes  des autres  chiens  plus  vieux  que  lui  avec  du monde  partout  et  des  tirs sur  du gibier qui  vole dans  tous les sens !

Quand  j’y pense combien  de  fois  j’ai  vu   des  chasseurs  hurler  sur  leurs  jeunes chiens  en  Zone  de  vigilance  rouge  et  piquer  des  crises  non pas  pour  dresser  leur  chiens  mais en  plus  les  battre  pour  simplement  calmer  leurs  nerfs.

L’homme est  un  dictateur animal par  contre s’il  accidente sa  voiture  neuve  il ne  va  pas  taper  à  coup de  pied  sur  la  taule  froissée en  incriminant  sa  voiture  ou s’il  le  fait ce  sera  pour  s’incriminer  lui  même.

Le chasseur donne  en  générale  des  commandements   à  son  chien en  Zone  de  vigilance rouge alors  qu’il  n’est pas  capable    de  faire  exécuter  ce  même  commandement  en  Zone de  vigilance verte .

Ne  pas  arriver à  immobiliser  son  chien  à  10 mètres   pendant 10 secondes en Zone verte et essayer  de  le  faire  en  Zone  de  vigilance   rouge sur  du  gibier  en  mouvement   en  concurrence  avec  d’autres  chiens dans  les  premières  5 minutes  de  chasse   à  découvert et l’homme  dans  ces  cas- la   en  veut  à  son  chien, cela  m’a  toujours  choqué ,maintenant  je  suis  en  fin  de  carrière et je ne  peux  plus  me  taire.

Pourquoi cette injustice !L’homme   donne naturellement à  90 pour cent  des  commandements  arrêtés  qui sont  dictatu riels, arbitraires, militaires qui  rentrent  dans  la  personnalité  du  chien  et  finit  par  le  blesser et  les  brimades  psychologiques   rentrent  bien  plus  profondément  et  mettent  bien  plus  longtemps  à  s’effacer  et  se  digérer  qu’une  petite  tape   sur  les  fesses pour  aller  dans  le sens  de la  formation à  condition  que  vous  le  fassiez  calmement  et que  vous  personnalisiez  votre  commandement en  lui  donnent  une  chance  de se  rattraper.

 

Ne vous  affolez  pas  il  se  trouve  que  tout  ce  que  vous  faites est  humain ,je  le  faisais  au  début  de ma  carrière  et  au  fil  du  temps  qui  passe  à  force  d’observations je  constate que  chaque  fait  et  geste  est  important et peut donner  des orientations diverses à votre  chien mais  il  y une  chose  que  je  peux  vous  dire que  tous  les  comportements  des  animaux bons ou  mauvais  ont  une  explication et  je  cherche  inlassablement à me rapprocher  de la  vérité.

 

 

Patrick Morin

 

 

 

 

LE CHIEN IMMATURE
Mr Morin, le chien que vous m’avez vendu est immature, il se comporte comme un véritable tocard . Réponse =( La proportion de tocards chez les chiens est très faible par rapport à la proportion chez l’homme bien qu’elle ne soit pas trop importante non plus chez l’homme. Les hommes qui traitent les chiens de tocard, ce sont eux les premiers tocards ,mais je ne dis pas ça pour vous). Je peux vous citer 10 exemples de chiens qui n’ont pas eu de chance.

Mon chien un tocard ?

Mr Morin, le chien que vous m’avez vendu est immature, il se comporte comme un véritable tocard . Réponse =( La proportion de tocards chez les chiens est très faible par rapport à la proportion chez l’homme bien qu’elle ne soit pas trop importante non plus chez l’homme. Les hommes qui traitent les chiens de tocard, ce sont eux  les  premiers tocards ,mais je ne dis pas  ça  pour vous). Je peux vous citer 10 exemples de chiens qui n’ont pas eu de chance.

Tous les midis je demande à mes apprentis de mettre des chiens en familiarisation dans un local pour les sociabiliser et les petits chiens ont la possibilité de dormir dans un couffin en plein milieu de la pièce. Pendant que les gardiens du chenil se restaurent, chaque jour il y a une portée différente. Les chiots qui sont dans le local de sociabilisassions ont entre 1 mois et 3 mois. Pour y accéder, toute la portée entière est prise dans une petite roulotte véhiculée de la maternité vers le local de familiarisation. Pour le retour c’est pareil, on les remet tous dans cette petite carriole pour les ramener à la maternité. En été, pour donner un peu de lumière j’évite de fermer la porte, je mets une petite grille de façon à ce que les chiots puissent être bien au clair et profitent du va et vient et des choses qui se passent dans le couloir central du chenil  pour leur ouvrir l’esprit.

 

Un jour je rangeais un chien dans une des 2 rangées de l’intérieur de la cour centrale et un stagiaire qui avait fini de manger avait pour mission de mettre  les chiots dans la petite carriole pour les  ramener  dans leur  maternité. Plutôt que de les prendre un par un et de les mettre dans la carriole qui était à l’extérieur il a ouvert la grille et les 7 chiots se sont rués en plein milieu de la cour centrale avec 50 chiens dans les box qui aboyaient, tout énervés de voir les chiots  qui  couraient dans tous les sens. Les chiots, énervés, contents, filaient à droite, à gauche, partaient en éventail. A un certain moment le stagiaire partit chercher les chiots un par un rapidement pour les remettre dans la carriole. Bon réflexe pour ne pas qu’il leur arrive des problèmes, pour ne pas qu’ils s’échappent trop loin, qu’ils partent sur la route entrainés les uns par les autres. A un moment il y a un chiot qui était face à la grille d’un box dans lequel il y avait 2 chiens adultes qui aboyaient. Il a mis la patte à travers les barreaux, il s’est fait pincer la patte par le chien adulte. Le chiot qui avait un peu mal, plus effrayé que de la douleur, est parti en hurlant se réfugier dans le local de familiarisation dans le couffin où il avait passé 1 heure ½  tranquille avec ses frères et sœurs dans la paille. Il a continué à hurler de peur,  nous avons  continué à récupérer les chiots qui étaient encore libres puis il prend ce petit chien qui continuait à hurler de frayeur, il le prend par la peau du dos et paf ! Il le lance dans la carriole pour l’acheminer vers la maternité. Je lui dis : « Stop ! Ce n’est pas possible, qu’est-ce-que tu fais ? » « Je les rentre, j’avais peur qu’un autre problème de ce genre ne se reproduise » « Tu les rentres, d’cord mais t’es pas bien ! Regarde ta réaction, le petit chien est traumatisé. La 1ere chose à faire est de le prendre dans tes bras et de le câliner pour effacer ce préjudice, lui donner un peu de chaleur, de réconfort, et toi tu le bouscules encore ! »

 

Je ne l’aurais pas vu, je ne l’aurais pas crû. Qu’un gamin qui aime les chiens puisse faire une chose pareille !  L’animal le plus dénaturé de la terre c’est l’homme. Cet évènement a eu des conséquences sur l’animal. Un autre exemple qui s’est  produit cet hiver en Bretagne dans les Côtes d’Armor. Il y a eu beaucoup de neige, 40-50 cms qui sont restés pendant une dizaine de jours. J’avais des petits chiens qui jouaient, pas perturbés du tout au contraire, ils s’amusaient comme des petits fous. Un des jeunes qui s’occupaient de leur donner à manger avait des problèmes pour ouvrir la porte de la maternité à cause de la neige. Tant bien que mal il arrive à ouvrir cette porte et 2 chiots s’échappent et partent courir. Il referme la porte pour que les autres chiens qui étaient dans la maternité ne sortent aussi. Bonne réaction. Il revient dans le couloir des maternités venant d’avoir des problèmes avec la porte, prend un chiot fugueur et le balance par-dessus le grillage, à 2m50 du sol. Le chiot atterrit en vol plané dans la neige. J’ai dit aussi à ce jeune stagiaire « Imagine qu’un géant te soulève de terre, te balance en l’air à 15-20m de hauteur, même si tu as un coussin pour te réceptionner, tu subis un préjudice, surtout si tu ne t’y attends pas ». Le fait de faire peur aux chiens, de les surprendre à pour conséquence de les déstabiliser, de les dépersonnaliser. Et quand les petits chiens sont dépersonnalisés, ils sont un peu dans l’ombre d’eux-mêmes, ils ne peuvent pas être performants, donc il y a un tas de facteurs qui entrent en ligne de compte, il faut que le chien soit bien dans sa tête pour déployer les qualités naturelles de base qui sont transmises par les parents parce que les qualités naturelles de base transmises par les parents dont possèdent les animaux il faut les faire ressortir, parce que ces qualités-là peuvent restées voilées et si maladroitement l’homme dépersonnalise le petit chien il n’oserait plus rien faire. A l’avis de tout le monde il serait un tocard ou se vengera vicieusement des brimades que lui a fait subir son maître. Donc encore une fois ce n’est pas parce qu’un chien est super intelligent, surdoué, il a des qualités extraordinaires données par les parents qu’il doit réussir. Il faut aussi une chaleur, un courant qui passe entre le chien et l’homme pour rendre le chien à l’aise, qu’il s’exprime totalement. C’est comme un jeune joueur de football qui est mal accepté dans une équipe de joueurs qui ont peur de perdre leur place par rapport à de nouveaux talents qui rentrent dans leur équipe. Evidemment ils ont intérêt à déstabiliser le jeune pour ne pas qu’il s’épanouisse. Dans ces cas-là aussi chez les humains, c’est la même chose. Quand vous me dites qu’un chien est immature, que ce n’est pas normal, ce n’est pas vrai, c’est la faute de l’homme. Je vais vous le prouver : vous sortez un petit chien quand il a 2 mois au milieu d’un petit bois, dans une allée pare-feu. En l’absence d’obstacles naturels le petit chien va courir en libre-cours à 8/10 kms/h à cet âge. Vous marchez à 4/5 kms/h il va s’éloigner de 3-4m de vous. Quand le chien aura 3 mois, si vous continuez à le sortir dans cette allée pare-feu il ira 2 fois plus vite qu’à 2 mois, il ira à 15kms/h alors que votre allure va stagner et quand il aura 5 mois votre chien va courir sans réfléchir parce qu’il a besoin de se dépenser, donc s’il ne réfléchit pas il ne peut pas mûrir. En plus il y a une chose importante, c’est quand vous voyez que le chien augmente sa vitesse par 2 ou 3 entre 2 mois et 5-6 mois il y a une chose qui se produit inéluctablement c’est que le chien part en ligne droite et s’éloigne de plus en plus de vous. Vous avez de plus en plus peur que le chien s’éloigne de vous, vous allez l’appeler de plus en plus souvent, vous allez l’agacer avec vos rappels incessants, il y a une ambiance malsaine qui va se créer entre le chien et vous, il n’aura plus envie de réfléchir, il n’aura plus envie de faire d’efforts parce qu’après l’avoir appelé 5 fois, 10 fois, 15 fois, 30 fois, à la 31e fois le chien lassé va revenir. Comme il a le sens de l’observation très développé, le chien va se rendre compte que vous êtes énervé, contrarié, que vous faites la grimace, vous n’êtes pas souriant, il n’aura pas envie de progresser, il va droit vers l’immaturité, vers le renfermement psychologique. Ces chiens-là on les traite de tocards, ils n’ont pas de chance par rapport au comportement de l’homme tout simplement. Il suffit de faire une chose, pas 2 mais 1. Quand vous marchez dans une allée pare-feu, c’est simple, vous faites 50m à droite ou 50m à gauche, il y aura forcément des obstacles naturels qui vont se présenter devant lui, il y aura des arbres, des ronces, des fougères, des troncs d’arbres, des talus. Si vous commencez à le faire quand le chien a 2 mois il aura peur de vous perdre parce qu’il ne sera pas à l’aise, vous serez vraiment son maître, il va tracer des lignes géométriques entre vous et lui pour vous rejoindre.. Imaginez que vous passez à gauche d’un arbre, vous avez 10 m d’avance sur votre chien, vous le contournez par la droite, automatiquement le chien va couper en ligne droite en travers, il va utiliser son instinct de réflexion pour vous rejoindre. Après il va passer sous les fougères, au dessus des ronces; il y a un tronc d’arbres en travers, il y a au moins 4 possibilités de le traverser : passer par-dessus, s’il y a un espace en dessous, passer en dessous, à gauche ou à droite. N’empêche que ces possibilités-là, tous les 50m il va utiliser au moins 5 fois son instinct de réflexion. Si vous continuez à agir de la sorte, lui faire faire le parcours de chasse au lieu de le laisser sur l’allée que j’appelle l’autoroute, si vous faites le parcours de chasse dès l’âge de 2  mois et bien faites la moitié de la portée si vous utilisez le système courir dans le pare-feu et l’autre moitié de la portée faites systématiquement le parcours de chasse en lui faisant franchir les talus, franchir les ruisseaux et les troncs d’arbres. Et vous verrez que la moitié que vous laisserez courir dans les pare-feu sera immature et vous verrez aussi que l’autre moitié que vous ferez suivre en parcours de chasse à gauche, à droite de la haie pare-feu dans la végétation, vous verrez qu’ils seront matures. Il faut arrêter de me dire ,  mon chien est immature ou ce n’est pas normal que mon chien soit immature. De toute façon ce sont toujours les mêmes qui le disent. Il y a des gens qui vont dans le bon sens de la chose, qui se mettent à la place de l’animal. Et il y en a d’autres qui s’imaginent que leur chien c’est leur boy. Evidemment ça ne peut pas aller. Il faut prendre un chien comme un être vivant qui a sa sensibilité et comme un copain. Là, vous verrez que vous aurez des résultats de maturité, de performance extraordinaire avec votre chien, il faut lui donner envie.

 

Votre petit chien, si vous lui faites faire ce parcours en essayant de lui faire franchir des performances qu’il ne franchira peut-être pas la 1ere fois, il va y penser au chenil, en parler avec ses frères et sœurs qui ont peut-être réussi à passer par-dessus le talus ou ont passé la rivière alors que lui ne l’a pas fait. Le lendemain ou surlendemain avec les conseils de ses frères et sœurs ou de ne pas  l’avoir fait ,il va prendre son élan pour passer par-dessus le ruisseau, il va faire une performance et au fil des performances qu’il va franchir, du jeu du parcours qu’il va accomplir derrière son maître il va se passionner pour des choses nouvelles que lui offre son maître et de ce fait il va se coller à lui, il sera toujours en écoute  et son maître ne sera jamais obligé de l’appeler ou rarement. Il boira les faits et gestes de son maître si celui-ci agit de la sorte, lui donne la possibilité de faire des choses extraordinaires et toujours des choses nouvelles et progressivement. Il ne faut pas lui mettre un ultimatum, lui faire faire un travail difficile alors que ce n’est encore qu’un chiot, il faut y aller progressivement de façon à ne pas le rebuter. Si parfois il est rebuté quand on le fait traverser un terrain plein d’ajoncs ou autres, à ce moment-là il faut le conditionner dans un terrain plus facile et quand il sera sur conditionné dans un terrain facile, à ce moment-là on ira dans un terrain un peu plus difficile. Il ne faut pas s’obstiner à essayer de motiver un chien qui se rebute dans un biotope trop dur pour lui. Il faut lui donner un certain élan pour franchir ces obstacles-là. C’est exactement comme pour les humains, il faut conditionner les humains pour obtenir un résultat et ne pas mettre les marches à franchir trop hautes mais les unes derrière les autres.

 

Le problème dans cette histoire c’est quand une personne réagit comme j’ai réagi au début de ma carrière, c’est-à-dire me promener sur les autoroutes, c’est vrai que quand le chien a fait ça pendant toute son adolescence, il est très difficile de remédier à ce problème de rendre un chien mature un chien qui est encore immature à l’âge de 1 an. C’est comme une personne qui n’a pas appris à nager et qui, à 30 ans, essaie de le faire. Elle fera moins bien que si elle l’avait fait en temps utile. Un chien qui est immature à 1 an, c’est sûr qu’il aura quelque chose de perdu durant toute sa vie. Pour régler ce problème-là il faut recommencer à zéro. Mais c’est trop tard pour avoir un résultat à 100 %. N’empêche qu’on peut arriver à un bon résultat quand même.

 

Je ne le répéterai jamais assez : si Mozart avait appris à jouer du piano à 25 ans et même s’il avait vécu jusque 100 ans, il n’aurait jamais eu cette performance qu’il a eue en commençant à le faire à 5 ans, tout simplement.

P Morin

La chance
La chance d'ouverture d'équilibre naturel dure parfois quelques secondes voire moins. Elle oriente votre chien vers des horizons totalement différents si il a su prendre ou pas cette chance...

La buse et la perdrix

J’ai organisé des chasses à la journée pendant 15 ans dans une clairière au milieu d’un bois, une clairière qui était magnifique et faisait une centaine d’hectares et entrecoupée d’un chemin empierré au centre. De part et d’autres de cette route empierrée il y avait des champs, j’y avais fait de la culture à gibier. Je lâchais beaucoup de perdrix. Il est vrai que toutes les buses alentours venaient s’alimenter sur les perdrix blessées ou tuées mais qui n’avaient pas été ramassées par les chasseurs. En fait il y avait une concentration de buses importante qui venait régulièrement. Et un jour j’entends une perdrix qui crie comme si elle avait mal. J’avais un petit chien de 6 mois en laisse et machinalement j’accélère le pas pour aller voir ce qui se passe. Et qu’est-ce-que je vois ? Une buse qui s’envolait avec une perdrix vivante qui criait coincée dans ses serres.

Machinalement je lâche mon petit chien de 6 mois, j’ai crié pour que la buse lâche la perdrix qui était un peu abimée. Puis ayant fait 15-20 mètres en essayant de s’envoler elle lâche la perdrix qui volette près de nous, elle tape dans les branches, dans les sols. Elle se pose lamentablement à 30 mètres de nous au pied d’un petit talus.

Un arrêt cataleptique soudain

Le petit chien ayant vu cette scène est attiré par le mouvement qui est procuré par les oiseaux et prend la direction qu’avait prise la perdrix en tombant des serres de la Buse. Elle avait laissé en se débattant un cône  d’émanation dans l’air et en s’éloignant et se faufilant dans la végétation pour aller se cacher elle avait laissé une tracée directionnelle de cette émanation par rapport à son déplacement. Le petit chien rentre dans le cône d’émanation, s’énerve, court partout dans les herbes hautes. L’émanation de la perdrix disparaissait en descendant au contact de la végétation la plus basse. Le chien s’énervait, s’éloignait de moi et allait vers l’endroit où la perdrix semblait s’être posée. 

A un moment donné, il me semblait à 10-15 mètres avant l’endroit où la perdrix semblait s’être posée, paff ! ! le chien fait un arrêt cataleptique. Un chien de 6 mois, j’étais content mais ça me paraissait bizarre. J’avais vu l’oiseau manifestement se poser 10-15 mètres plus loin. J’ai mis un certain temps avant  accéder à proximité du petit chien. Il avait traversé un roncier, des joncs relativement hauts, il avait passé par-dessus un talus. Il était en équilibre à l’arrêt à l’extrémité supérieure du talus. 

Déclaration précoce

Donc j’arrive près du chien, je monte sur le talus, et fla, fla, fla, une bécasse qui part. Le chien de 6 mois venait d’arrêter une bécasse pendant 2 minutes. J’étais en extase devant le fait que le petit chien se soit déclaré, c’était très joli. Le petit chien arrête la bécasse, très bien. La bécasse qui n’a pas été tirée vole, pas très rapidement, puis se repose à 50-80 mètres, traverse le champ de joncs. Le petit chien court après elle, traverse le champ difficilement (c’était 2 fois plus haut que lui) et comme la bécasse avait volé à ras de joncs l’émanation de la bécasse qui descend se reposait délicatement sur le haut des joncs et le chien connecté par ce cône d’émanation qui suit la bécasse qui se déplaçait, le petit chien a mis 2-3 minutes à arriver à l’endroit où elle s’était posée. Il arrive à l’endroit où s’était posée la bécasse 1 mn auparavant parce qu’elle a mis 10 secondes pour faire ce trajet alors que le chien a mis 1-2 mn. 

Il arrive à l’endroit où était la bécasse, paf ! il la rebloque. J’ai mis encore plus de temps à arriver près du chien parce que les joncs étaient assez serrés. Il a fallu que je me déplace. Je mets 3 mn à arriver près du chien, je le caresse, je n’en croyais pas mes yeux. Je fais avancer le chien, je fais décoller la bécasse. Elle part pile 3-4 mètres devant lui, c’était impeccable la bécasse « va un peu plus loin ». Le chien repart derrière (je n’avais pas vu où elle était posée). Il met plus longtemps à la retrouver, rebloque un arrêt. Je mets 2-3 mn à arriver près du chien, j’étais comme dans un rêve, tout paraissait facile. J’arrive, je reste 3-4 mn près du chien à l’arrêt, je le caresse, j’essaie de voir la bécasse par terre, je ne la vois pas. Je me dis « elle est partie ». Je le fais avancer. Non, elle n’était pas partie, elle était à 7-8 mètres dans les ronces, elle repart. Le chien, tout énervé part dans tous les sens. Je regrette une chose, c’est de ne pas avoir la caméra pour le filmer, c’était magnifique. Voilà la scène d’un chien qui se déclare à la bécasse.

Le destin et la chance

Si le petit chien n’avait pas décidé en un dixième de seconde de partir avec le bruit que provoquait la perdrix étant dans les serres de la buse, s’il n’avait pas traversé les ronces et suivi l’émanation dégagée par la perdrix qui s’échappait de l’entrave de la buse il n’aurait pas eu la chance de rencontrer la bécasse, il n’aurait jamais été à cet endroit-là, il n’aurait pas été en contact à la bécasse, il ne se serait pas déclaré à  l’arrêt. Son avenir s’est décidé sur cette seconde-là. Il a décidé de saisir sa chance mais cette chance-là, ça a été un concours de circonstances qui s’est passé à un certain moment dans sa vie. 

Cela aurait pu se produire avec un autre chien qui n’aurait pas saisi cette chance-là. Ou, la perdrix étant posée à 30 mètres de moi, j’aurais essayé de mettre le chien dessus, le chien qui n’aurait pas voulu traverser la ronce. A ce moment-là j’aurais été devant le chien et en passant sur le talus en allant chercher la perdrix pour la mettre en contact du jeune chien. J’aurais vu voler la bécasse, j’étais passé devant. Donc cette chose a été un tournant dans la vie de ce jeune chien de 6 mois. En une seconde, cet état de fait a été fondamentalement un départ pour une nouvelle vie pour ce chien. Il n’aurait pas arrêté ces 3 bécasses, il n’aurait pas été connecté sur ces 3 bécasses-là je l’aurais orienté vers une carrière de chasse traditionnelle au contraire. Je l’ai sorti davantage à la bécasse. Après en avoir arrêté une trentaine je l’ai vendu à une personne qui l’utilisait pour chasser la bécasse.

Je prétends que ce chien-là, s’il n’avait pas saisi cette chance-là à ce moment-là à l’âge de 6 mois, si je l’avais motivé à être entrainé sur perdrix et faisans qui ont un autre comportement que celui de la bécasse, il aurait été habitué à travailler de cette façon-là sur perdrix et faisans, il aurait été mis en contact de bécasses même la saison suivante, ce n’est pas sûr qu’il aurait arrêté la bécasse. 

Devenu bécassier à quelques secondes près

Ces oiseaux ont un comportement spécial. Là, cette bécasse-là en l’occurrence, quand elle s’est fait arrêté par le petit chien, celui-ci est arrivé. Cette bécasse-là avec le bruit que faisait la perdrix dans les serres de la buse elle s’était mise en apnée. Ca a duré 2-3-4 mn. Automatiquement elle ne laissait pas d’odeur. Le petit chien serait là 3 ou 4 mn auparavant il n’aurait pas senti la bécasse, même en passant au même endroit. Mais comme une bécasse ne peut pas rester en apnée plus de 3-4 mn lorsque le petit chien est passé sur le talus pour aller chercher la perdrix la bécasse s’est relâchée à respirer, à laisser dégager une émanation et le chien a saisi cette émanation pour arrêter la bécasse. Donc c’est compliqué et c’est simple à la fois. Ce sont des choses naturelles qui s’expliquent et de toute façon les bécasses se comportent toujours de cette façon-là. Les bécasses sont des animaux intelligents et quand il y a un danger se déplacent de quelques mètres et se cachent derrière un tronc d’arbres ou un roncier, se bloquent et se mettent en apnée. 

Les chiens qui ont l’habitude connaissent ce comportement –là et quand ils arrivent dans un endroit susceptible d’avoir des bécasses, ils connaissent les postes où sont susceptibles d’être les oiseaux, ralentissent dans ces postes à bécasses. S’ils se rendent compte qu’une bécasse était-là il y a 3-4mn ils bloquent l’arrêt. C’est une chose qui ne peut se faire que dans des endroits confinés, dans des endroits renfermés où il y a des arbustes, des petites ronces, des fougères, des herbes sauvages où les émanations de la bécasse ne peuvent pas être balayées par le vent en 15 secondes comme elle est balayée dans les endroits où on trouve des perdrix et des faisans. 

Chasser une bécasse comme une perdrix ou un faisan ?

Une bécasse si vous la mettez dans un endroit où on trouve des perdrix et des faisans, il faudrait la chasser comme une perdrix ou un faisan, c’est-à-dire au bout de 15 secondes quand la bécasse ou la perdrix serait mise en apnée il n’y a plus aucune odeur stagnante parce que dans les champs uniformes ou les prés le vent balaie les émanations. 

Une perdrix ou un faisan c’est pareil. Dans les bois si ces oiseaux ont le comportement de la bécasse le chien chassera justement en émanations indirectes parce que l’émanation stagnera, sera retenue par les talus, par les mousses, par tout ce que vous voulez. A ce moment-là ce sera une indication à la présence d’un animal pour un chien qui a l’habitude de travailler dans ces endroits-là. Si le chien est habitué pendant 6-8 mois à travailler d’une autre façon il n’a pas la présence d’esprit de le faire, même s’il est intelligent, même s’il est bon, même s’il a un nez sensationnel. C’est une méthode de travail et un concours de circonstances que saisissent à pleines dents les chiens vifs, intelligents et qui ont une très grande largeur d’ouverture d’esprit. Ces chiens-là il faut qu’ils le fassent avec des conditions favorables. Ils vont faire des arrêts rapidement. Le premier jour, même à un âge relativement jeune il va arriver à faire des arrêts sur bécasses, ce n’est pas parce qu’il sera un chien exceptionnel. Ce sera un excellent chien qui a saisi sa chance parce qu’il faut qu’il y ait une chance à saisir. 

Comprendre son chien, tout simplement...

Je me répète, comme je l’ai dit tout à l’heure au même endroit la bécasse ne va pas sentir de la même façon. Si elle s’est relâchée avec un souffle de respiration ou si ça fait 3-4 mn qu’elle reste en apnée, c’est totalement différent. Tout le problème est là.

Généralement dans une vie de chien, à un moment donné ou à un autre il faut donner sa chance et il la saisira. Le problème, pour que le chien la saisisse il faut qu’il ait un maitre qui essaie de le comprendre. 

Tout simplement.

Quel est LE COMMANDEMENT DE BASE DU DRESSAGE ?
La réponse est qu’il n’y en a pas !

Une question de dosage

La base du dressage est la connexion et l’intérêt que porte le chien pour ce qu’on veut lui faire faire. Donc automatiquement, c’est la connexion. Le dressage trop poussé a pour conséquence de dépersonnaliser l’animal. Tout est une question de dosage et d’appréciation.

Le rappel  ne  sert pas  à  faire  revenir  le  chien mais à attirer son attention. Si on dresse trop un chien, c’est au détriment de son initiative et de son opportunité. Si on lui laisse l’initiative, au fil du temps qui passe le dressage accompli s’efface. Donc il faut faire un affûtage du dressage régulièrement pour garder un certain impact de connexion sur le chien. Il faut conditionner le chien à vouloir vous obéir et non pas le forcer à le faire. En agissant de cette façon-là vous allez arriver à une étape beaucoup plus importante et votre chien sera donc gai et pétillant et il y aura un courant très fort qui passera entre vous et le chien.

Pour arriver à ce résultat-là il y a 3 éléments fondamentaux :

Exploiter l'instinct

 1°) d’abord l’instinct de course à la poursuite. Il faut utiliser l’élément de base le plus important et le faire ressortir à fleur de peau du chien. La qualité naturelle de base la plus importante est la course à la poursuite.

Si vous avez 2 chiens qui sont dans un grand champ et qui se regardent l’un l’autre à  100 m l’un de  l’autre. Ils sont à l’arrêt d’une façon interrogative. A un moment donné, au bout de 3 mn, ils veulent se voir d’un peu plus près. Imaginons que les chiens courent chacun 40 m l’un vers l’autre et s’arrêtent au même moment. Ils sont alors à 20 m l’un de l’autre et ce sera un arrêt interrogateur c’est sûr mais peut-être un arrêt d’intrigue aussi , comme ils sont prêts l’un de l’autre, ils se méfient de ce qu’il va se passer, ils ne connaissent pas la réaction de l’autre. A un certain moment, imaginez qu’une mouche qui se promène dans l’air se pose sur la narine gauche du chien de gauche. Celui-ci va bouger la tête. Le chien de droite va avoir peur du mouvement effectué par l’autre chien. Celui de droite va courir de peur. Le chien de gauche va courir après celui de droite. Si la mouche qui volait, au lieu de se poser sur la narine gauche du chien de gauche s’était posée sur la narine droite du chien de droite, c’est celui-ci qui va bouger la tête, qui va faire peur au chien de gauche qui va partir et celui de droite va courir après lui. C’est toujours de cette façon-là que réagissent tous les animaux de la terre, même les hommes.

Donc pour le rappel, quand vous faites venir à vous un petit chien, que vous lui faites face, qu’il est très familier, qu’il aime les caresses, il va venir face à vous se blottir contre vous pour que vous le caressiez 2 fois, 3 fois, 4 fois, 5 fois. Il aura remarqué que quand vous l’appelez, que vous lui faites face, c’est souvent après la promenade qui dure généralement le même  lapse  de temps. Vous ne le sortez pas forcément au même endroit mais quand vous arrêtez votre véhicule, vous allez faire votre tour avec le chien et vous allez revenir au même endroit parce qu’il y aura votre voiture et le chien va se rendre compte qu’à proximité du véhicule en rentrant quand vous lui faites face en l’appelant c’est pour le prendre en laisse et le rentrer dans la voiture, donc l’enfermer.

Par contre, si vous utilisez l’instinct de course à la poursuite, c’est-à-dire lorsque vous rentrez d’une promenade de 10 à 15 mn, lorsque vous approchez de la voiture, vous faites mine d’aller dans un autre champ en vous déplaçant. Vous utilisez l’instinct de la course à la poursuite. Le chien va vous voir vous déplacer. Vous étiez dans un pré, vous allez dans un bois ou vous êtes dans un champ et vous passez le talus, le chien va automatiquement venir vers vous parce qu’il va vouloir se promener dans l’autre champ ou l’autre bosquet dans lequel vous avez pénétré. Automatiquement le chien sera beaucoup plus facile à faire venir vers vous.

Lorsque vous l’appelez et que vous partez, ce sera un rappel puissance 10 plutôt que quand vous l’appelez et lui faites face.

Démarrer progressivement

2°) Le 2e élément fondamental, c’est, quand vous promenez votre chien dans une zone dépourvue d’obstacles naturels. Le chien, quand vous le promenez dans une telle situation, dans les chemins, les allées pare-feu, les routes empierrées ou autres, dans des couloirs ou des champs vides, lorsque vous démarrez votre chasse pendant 10 à 15 mn, votre chien est un peu fou. Si vous lâchez votre chien à découvert, il va courir sans réfléchir, il fera comme un cheval emballé, vous allez l’appeler parce qu’il va trop loin. A la limite, ça va l’agacer et ça ne va pas dans le sens du conditionnement à l’obéissance. Par contre si vous démarrez votre journée de chasse dans des endroits relativement serrés, dans des prairies d’herbes hautes ou dans des bois, le chien se calera naturellement à vous et si vous utilisez l’instinct de course à la poursuite le chien reviendra à vous facilement sans que vous l’appeliez. Au bout d’1/2 heure vous pourrez passer dans un champ relativement nu et il y aura plus de facilité parce qu’il aura lâché son venin avant d’arriver dans ce champ.

Le problème, chaque fois que vous revenez dans une zone dépourvue de végétation, quand vous arrivez à votre voiture qui est garée dans un chemin empierré ou près d’une allée pare-feu, quand le chien est relativement jeune il est intéressant de le mettre en laisse.

Il y a un monsieur qui m’a acheté un chien il y a 8-10 mois. Il a écouté mes conseils, il a sorti son chien sur un parcours de chasse pour que son chien se connecte à lui. Il avait garé son véhicule à proximité d’une route goudronnée mais 30-40 m dans une route empierrée à la naissance  d’une  allée  pare  feu. Il s’était détaché de la route goudronnée pour ne pas prendre de risque avec la circulation. C’était très bien. Une bonne précaution. Mais au retour  d’une  promenade quand le chien a vu la voiture dans cette zone dépourvue de végétation(la route empierrer) il a foncé directement vers le véhicule parce que  son  maitre lui donne à boire avant de le rentrer et quand il est arrivé à 8-10 m du véhicule il a vu un cycliste qui roulait sur la route goudronnée, à 30 m de la voiture, le chien a dépassé celle-ci qui était garée dans le cul de sac, il a continué pour suivre le cycliste et malheureusement lorsqu’il est entré sur la route goudronnée une voiture est arrivée, l’a percuté et l’a tué. Il faut faire très attention aux zones dépourvues d’obstacles naturels. Le chien court sans réfléchir surtout quand il est jeune.

Commander le frein 

3°) Le 3e élément fondamental qui va servir à augmenter votre puissance de commandement par 5 ou 10 c’est le commandement de frein.

Imaginez que vous soyez en bicyclette dans une descente et qu’en bas de cette descente il y a un stop. Il faudra s’arrêter. Qu’est-ce que vous faites avant de vous arrêter ? Vous freinez avec le frein arrière sur un temps relativement long (20 ou 30 secondes). Une fois que vous avez ralenti l’allure, près du stop, vous freinez avec le frein avant et votre bicyclette s’arrête. Si vous freinez avec le frein avant lorsque vous êtes à environ 25 km/h dans la descente, soit le câble casse, soit le vélo fait une pirouette sur lui-même et vous vous casser la figure.

En l’occurrence, 90 à 95 % des gens utilisent le frein avant systématiquement pour donner un commandement. C’est brutal. Si Le chien est terrorisé par le dressage. Soit il s’écrase et est dépersonnalisé, soit il fiche le camp et désobéit et  part  en  conflit.

Le commandement de frein est le commandement de « chut ». Vous dites « chut », vous videz vos poumons et dites par exemple : « assis ». A ce moment-là le mot « chut » est le commandement de frein arrière. Si vous faites régulièrement cet exercice – 3 à 4 fois par jour, 1 000 à 2 000 fois par an -, sans réfléchir vous attirerez son attention et alors c’est déjà 51 % d’obéissance. Les 49 autres % soit vous les utilisez avec l’instinct de la course à la poursuite après avoir attiré son attention, soit vous donnez un commandement (le commandement d’immobilité ou celui du rappel).

Imaginez que vous avez un chien qui passe à 30 m en travers devant vous à 30 km/h, plutôt que de donner un commandement d’immobilité avec le frein avant ou un commandement de rappel, système frein avant, vous utilisez le système « chut ». Instinctivement le chien va ralentir. De 30 km/h il va passer à 25, 20, 15 km/h. Vous rappellerez le chien après, au bout de quelques mètres. Il sera plus facile à faire obéir à 15 km/h qu’à 30. Pareil pour le commandement d’immobilité.

Si vous utilisez le commandement de frein avant lorsque le chien est à 30 km/h, soit vous aurez trop dressé le chien et il sera terrorisé par le dressage et s’aplatira, transi de peur, soit il vous désobéira. Si vous n’arrivez pas avec le commandement de frein  arrière à le faire stopper vous l’aurez ralenti et vous allez dans le sens de l’obéissance. En affûtant un peu plus le dressage vous arrivez à un résultat qui sera proche de la perfection.

L’affûtage  du  dressage

Imaginez que vous êtes un jeune boucher. Vous aimeriez bien gagner votre vie ainsi, vous êtes courageux. On vous met un étalage de viande à découper. Normalement vous mettez 1 heure à faire ce travail. Vous aiguisez  votre couteau avant  de  commencer. Au bout d’1 heure la viande est coupée, vous la mettez en sachet. Puis on vous met un autre étalage de viande à découper. Et vous demandez à ce qu’on vous mette plein d’autres étalages de viande à découper pour bien gagner votre vie. Le gros problème est que si vous n’aiguisez pas votre couteau entre 2 étalages, au bout de 3 ou 4 fois votre couteau ne coupera plus(même avant). Le très gros problème c’est qu’à 90 % les gens utilisent le commandement quand ils en ont besoin. Il ne faut pas l’utiliser quand on en a besoin sans  l’affûter avant. Tout le problème est là. C’est comme ça qu’on connecte un chien à l’obéissance : en le faisant obéir, en lui donnant des commandements quand on n’en a pas besoin, en absence de gibier, dans des endroits différents  en  zone  de  vigilance  verte.

Vous devez observer votre chien et être le plus discret possible. Plus vous donnez des commandements à votre chien, moins il obéira. Il faut que le commandement que vous utilisez serve non pas à faire obéir mais à attirer son attention. Après vous vous aidez des éléments naturels pour le faire venir. En l’occurrence quand vous appelez le chien, vous vous déplacez à droite, à gauche, l’air de dire « viens, on va par là ». Le chien viendra alors beaucoup plus facilement en lui disant ceci.

Ou alors si vous voulez l’immobiliser, vous le faites freiner avant l’immobilité. C’est une chose très importante, il faut joindre le geste à la parole et pour arriver à un certain moment à ce que le geste soit plus important que la parole. Le problème est au contraire que 90 % des gens utilisent leurs paroles et sont constamment en train de crier après leur chien. Plus ils crient, plus ils s’énervent, plus ils créent un conflit entre le chien et le maitre et plus c’est dérangeant pour tout le monde.

Patrick Morin

 

 

 

 

 

L’ANIMAL LE PLUS DENATURE DE LA TERRE : L’HOMME
Le chasseur ou les utilisateurs de chiens font toujours les mêmes erreurs. Ils se servent du commandement quand ils en ont besoin, j’irai même dire au dernier moment.

De l’art du commandement … personnalisé

Le  commandement doit être préparé et entretenu avant d’être utilisé, mais surtout, surtout il doit être personnalisé.

Personnalisé, ça veut dire que si on donne un commandement à un animal lorsqu’il a fait une petite bêtise, lorsqu’il revient à proximité, si on ne l’attache pas et bien le chien vous domine. Et s’il vous domine à 2-3 mètres de vous, ce n’est même pas la peine de lui édifier un commandement à -30-50 mètres, il reviendra quand il voudra. Il faut prendre le chien en laisse, le maîtriser, lui inculquer une petite brimade, en l’occurrence vous prenez un fouet et vous frappez fort par terre, pas sur les fesses, pas sur le chien, par terre en lui faisant comprendre que les prochaines fois ou s’il recommence 2-3 fois peut-être qu’il aurait un coup de fouet sur les fesses. Il n’est pas nécessaire de fouetter un chien sur les fesses, vous fouettez par terre pour sensibiliser les chiens. Et quand vous fouettez par terre, votre chien est en laisse et votre main tient la laisse. Après, il faut marcher avec le chien pendant 20-30 mètres. Parce que les chiens c’est comme les hommes, quand on lui fait une remarque ils ont un sentiment de révolte à ce moment-là.

Gérer sa période de révolte …

 

Imaginez. La plupart des hommes, quand ils grillent une priorité à droite en conduisant, se font klaxonner par l’automobiliste qui avait la priorité. La première réaction de l’homme : 90% pensent (excusez-moi l’expression) « quel con ce gars, qu’est-ce qu’il a à klaxonner ? » C’est comme ça que l’être humain résonne et réagit et tous les animaux de la terre réagissent ainsi. Imaginez que le conducteur qui est en tort et qui a eu cette réaction en disant « quel imbécile, il m’embête celui-là, il me klaxonne » il va faire 300-400 mètres en conduisant et va se calmer, il va analyser le problème et s’il est normalement intelligent il va dire « pourquoi l’ai-je traité d’imbécile, c’est lui qui avait raison et il a priorité ». A ce moment-là vous devenez raisonnable au bout d’une  minute. Le chien quand on lui fait une remarque, qu’on fouette par terre avec une laisse, il devient raisonnable au bout d’une minute. Donc, marchez pendant une minute avec le chien en laisse. Au bout de ce temps, il sera raisonnable et vous lui donnez une chance de se rattraper en lui donnant un commandement (par exemple : chut et attends). Lorsqu’il sera plus calme, il aura 100 fois plus de facilité pour exécuter ce commandement. Il sera en laisse et exécutera ce commandement-là et vous le caresserez pour lui donner une chaleur et vous le mettrez dans le droit chemin, vous lui ferrez oublier le mauvais geste, la brutalité que vous avez fait  30 mètres avant puisque vous avez marché avec le chien en laisse. Si vous ne mettez pas le chien en laisse quand vous lui faites une réprimande, le chien va partir en désordre, va s’énerver contre lui et vous, va se révolter et ne sera pas sous votre domination. Il va partir en colère contre vous et vous ne pourrez pas le saisir, vous allez dans l’orientation du dé-dressement, le chien se dé-dresse, il se fiche de vous. Au bout de 15-20 secondes qu’il soit parti il ne sera pas spécialement fier de lui, il va revenir ensuite vers vous, il va être un peu énervé, un peu contrarié et vous, lorsque vous allez voir venir le chien vers vous après l’avoir appelé 15 fois , vous ne lui direz rien mais le chien va sentir que vous n’êtes pas fier de lui (il a le sens de l’observation très développé). Il y aura une ambiance malsaine entre vous et le chien et c’est la course à la désobéissance, la course à l’intolérance, la course au désordre, la course à tout, la course à la bouderie.

Des chiens manipulés, en conflit avec leur maître  …

Tous les chiens qui ont malheureusement un maître qui réagit ainsi, comme réagissent la plupart des gens, comme j’ai réagi au début de ma carrière, sont en conflit avec leur maître. C’est dans la nature humaine, on n’y changera rien mais chacun son métier, et de par mon métier j’aimerais essayer de mettre les gens sur la bonne voie tout simplement. Lorsqu’un chien est en conflit de ce genre avec son maître, à un moment donné il est agacé, quand il est à 20-30 mètres et qu’il a l’occasion de partir dans un champ dépourvu d’obstacles naturels, un champ en pâture par exemple, il va partir en pointe. Vous allez le rappeler, le rappeler, il ne va pas revenir. Il partira parce qu’il en a marre, il sera énervé. A un certain moment il va revenir nonchalamment. Puisqu’il revient, vous ne dites encore rien. A la limite, ce chien-là, quand il va revenir vers vous, vous sentant énervé parce que vous aurez transpiré, vous aurez crié, il va se mettre dans vos bottes à ne plus chasser.

C’est le comportement de la plupart des chiens qui sont manipulés de la sorte. Je dis manipulés et non maltraités, je le faisais au début de ma carrière, c’est une réaction humaine. J’avertis doublement les gens qui ont tendance à le faire et 90 % des gens ont tendance à le faire, ne pas personnaliser le commandement.

Ma chienne s’éloigne et je ne sais pas comment la corriger…

Il y a une personne qui est venue l’autre jour (plusieurs cas de ce genre se produisent chaque année) : « M. Morin, la chienne que vous m’avez vendue est très, très bonne, elle arrête, elle rapporte, elle chasse bien. Mais quand elle voit une grande plaine, elle fiche le camp à 200 mètres. J’appelle pendant 4-5 minutes, elle revient quand elle veut. Quand elle est revenue, je ne la fouette pas, surtout pas.  « Puisqu’elle est revenue, j’essaie de la faire chasser et elle reste dans mes bottes ». « Normal, normal, c’est une réaction normale ».

Tout d’abord, utilisons une laisse correcte.

Je fais venir le monsieur, il voulait peut-être me faire un cours de dressage ! Je l’écoute, je ne veux pas mourir idiot quand même … Je demande au monsieur de me montrer sa chienne « Lâchez votre chienne, monsieur, s’il vous plait ». Il prend la chienne en laisse. D’abord, d’abord, il avait un petit avorton de laisse parce que la plupart des chasseurs n’ont pas de laisse correcte dans leur gibecière. C’est la principale chose qu’il faut avoir quand on a un chien pour pouvoir le reprendre au commandement lorsqu’il a mal fait, comme je l’ai expliqué précédemment. Donc, il a un avorton de laisse de 50 cm « Mettez-lui la laisse » Le monsieur ouvrait le coffre de la voiture et la chienne est partit en désordre comme  il  semblerait  à son habitude. Il commençait mal. Je lui redemande de mettre la laisse. Il s’exécute.

Commencer par un commandement d’assouplissement

Je demande de lâcher la chienne. Elle part sans commandement d’assouplissement. La première chose qu’on fait quand on sort un chien au début, adolescent, pour un parcours, on l’immobilise : « chut, assis », on retire la corde du cou et on lui donne l’autorisation de partir. Si on n’est pas capable de faire ça, ce n’est pas la peine d’essayer  de faire obéir un chien à 5 mètres. Parce que si on n’est pas capable de le faire obéir à 50 cm, ce n’est pas la peine de prétendre à essayer de le faire à 50 mètres. Déjà je lui demande d’immobiliser la chienne et de demander à la chienne d’attendre son commandement. Il n’est pas arrivé à le faire. A ce moment-là je suis intervenu. J’ai appelé la chienne et j’ai essayé de l’immobiliser. Le monsieur me dit « Mr Morin, même à vous elle n’obéit pas ». Ce n’est pas avec un coup de baguette magique que je vais arriver à rétablir la situation d’un chien qui a été mise en désordre pendant 2-3 mois. Je ne peux pas le faire en 2-3 minutes.

Faire mine de changer de camp

 

Ce que j’ai fait : étant donné que la chienne était déjà hors la main la première seconde, je l’ai appelée, elle n’est pas venue. J’ai fait mine de changer de champ. Automatiquement, elle est arrivée à l’endroit où je prenais le chemin pour traverser le talus. Là, elle s’est approchée à 1 mètre de moi. J’ai pris la chienne. Qu’est ce que j’ai fait ? Comme d’habitude, comme toujours, j’ai mis la laisse, je me suis écarté du talus, j’ai pris mon fouet dans ma gibecière (les gens n’ont pas de fouet non plus …) et j’ai frappé fort par terre, pas sur ses fesses mais par terre, l’air de dire le prochain coup, tu l’auras sur les fesses. Après j’ai marché pendant 20 ou 30 mètres, la chienne s’est révoltée contre moi puisque j’ai fouetté par terre, j’ai grondé, j’ai attendu qu’elle se calme. Quand elle s’est calmée, au bout de 20 ou 30 mètres, je lui ai demandé de s’immobiliser. Elle s’est immobilisée, « chut, attends », j’ai enlevé la laisse de son cou, je lui ai demandé de rester immobile. Elle m’a obéi, elle s’est dit que la prochaine fois elle aurait le coup sur les fesses.

Pourquoi crier, pourquoi fouetter son chien ?

Ca ne sert à rien de crier, ça ne sert à rien de gronder. Fouetter à côté, c’est très efficace à  condition  que  chienne  soit  en  laisse. A la limite, si le chien résiste, peut-être au bout de 3-4 fois on pourrait le fouetter un peu sur les fesses. Je dis bien peut-être, mais je ne suis pas partisan pour trop fouetter les chiens, il faut le faire un peu quand même certaines fois. En tous les cas, ce n’est pas ça qui rendra un chien peureux, ça, je suis formel. Ca fait 50 ans que j’élève des chiens, ce n’est pas en les fouettant ou en fouettant par terre qu’on va faire peur à un chien si c’est mérité. Par contre, en le harcelant comme je viens de vous l’expliquer : OUI. Alors, la chienne part, impeccable et à un moment donné je fais remarquer au maître : « elle vient de droite, elle part sur la gauche et elle me donne un coup d’œil. Déjà, elle est en contact, elle est en harmonie avec moi, le courant commence à passer » Elle part en embardée sur la gauche, je ne l’appelle pas (quand un chien part en embardée, il ne faut pas l’appeler s’il n’est pas  parfaitement  dresse, c’est comme un cheval emballé, ça ne sert à rien.) Si vous voulez avoir la maîtrise du chien, à ce moment-là, quand il revient vous le prenez en laisse, vous fouettez par terre et vous marchez 30 ou 40 mètres. Eventuellement, après, vous dites : « viens, viens » et vous lui faites un petit câlin, vous enlevez la laisse et vous relancez. Moi, je ne fais que ça à longueur de temps. Ce n’est pas compliqué. Je n’ai aucun chien qui résiste, il n’y a aucun chien vraiment têtu au point de désobéir, ça n’existe pas .Il n’y  à  que  des  chiens contrarié et  qui  se  vengent  en  désobéissant et  qui  peuvent  devenir déséquilibrés comme une  personne en  échec.

Le coup de sifflet

Après, la chienne a continué à chasser normalement, elle a arrêté, très bien, une fois, deux fois, très bien. Puis le monsieur me demande : « si on allait dans un grand champ ? »  « D’accord. » « Vous allez voir, elle va partir comme une folle, vous allez l’appeler, elle ne va pas revenir. » Elle part à 100-150 mètres. J’appelle la chienne au sifflet, elle fait ½ tour et revient vers moi. En fait le coup de sifflet ce n’est pas pour faire venir le chien mais attirer son attention. Lorsque l’attention du chien est attirée, à ce moment-là je me déplace sur le côté. Il fait mine de changer de direction, donc j’aspire la venue du chien. Un coup de chance, la chienne a fait ½ tour. Je pense que je l’avais bien connectée avec le coup de fouet que j’ai donné par terre préalablement. Si je n’avais pas fait ça, j’aurais beau avoir appelé, crié, j’aurais pris un haut-parleur, elle n’aurait pas bougé d’un poil, elle serait partie à 200 mètres, c’est sûr.

Après, on va dans la plaine. C’est vrai qu’elle a tendance à aller au loin. Quand un chien part au loin, il ne faut pas l’appeler, c’est l’inciter à partir. L’APPELER, C’EST L’INCITER A PARTIR. Plutôt, si le chien va à gauche, allez à droite, s’il va à droite, allez à gauche, vous franchissez un talus et le chien a tendance à revenir à ce moment-là. Il faut essayer de l’amadouer en le conditionnant à revenir vers vous et non pas en l’empêchant de partir.

Toujours finir par un câlin

 

Après on s’est déplacé. A aucun moment la chienne est restée dans mes bottes, la relation étant franche et nette : tu désobéis, tu prends les risques de désobéir mais quand tu reviens tu prends un petit coup de fouet par terre, je te laisse une chance de te rattraper après avoir fait 20-30 mètres en laisse et « viens, viens, viens ». Et je termine par un câlin. Il faut toujours finir par un câlin. Très bien, on passe la route. Le parcours s’étant très bien passé, je demande au monsieur : « Prenez la chienne, vous marchez 20 ou 30 mètres et vous la lâchez. » Il s’exécute, je lui dis : « Donnez-lui la permission de partir, il faut lui donner l’autorisation de partir. Sinon j’ai passé une heure avec vous et c’est une heure de gâchée si vous ne faites pas ça, il faut quand même écouter ce que je dis. Ce n’est pas la peine de dire après que votre chienne ne fait pas ci, ne fait pas ça. Je veux bien passer du temps avec les gens mais je veux qu’ils suivent mes conseils, autrement ce n’est pas la peine. »

Quand le maître est sur de lui

Alors, le monsieur met la chienne assise, enlève la laisse du cou de la chienne, la caresse. Il caresse la joue de la chienne, il se courbe, il fait des grimaces, il touche le chien. A 100 mètres de lui on aurai vu que le maître a peur que le chien désobéisse. Je dis : « Stop, faites quelque chose de clair et net, de correct. Si je vous filme et que je vous montre le film, vous aurez honte. Imaginez qu’un adjudant donne le garde à vous à 30 appelés et qu’il fait des grimaces comme ça, au bout de 2-3 fois qu’il demandera le garde à vous à ces 30 appelés, il n’y en aura plus un seul qui s’y mettra. Quand vous donnez un commandement à un chien, il faut que le chien se rende compte que vous êtes sûr de vous, vous ne faites pas de grimaces. Là, vous faites des grimaces, vous n’osiez pas enlever votre main du cou de votre chienne, vous aviez peur qu’elle parte. Mais non, ce n’est pas comme ça qu’on fait obéir un chien. Vous faîtes obéir un chien à 50 cm, il faut que le chien respecte votre commandement et ça commence de là, ce n’est pas la peine d’aller plus loin. Vous voulez aller à la 4e marche de l’escalier sans vouloir franchir la 2e ni la 3e, même pas la 1ère. Vous voulez franchir les marches 4 à 4, vous allez franchir la 4e marche, la 8e, la 12e et à un moment donné vous allez vous casser la figure en bas, vous ne serez plus capable de monter la 1ère, le problème est là. ».

Ma chienne est timide

Un autre monsieur, très compréhensif, très attentif me téléphone : « Mr Morin, ma chienne a tendance à être un peu timide » « Est-ce qu’il y a une amélioration ? » « Oui, un peu. Elle chasse très bien, elle arrête bien » « Si elle est timide, c’est qu’il y a une ambiance malsaine entre vous et la chienne. Lorsque l’ambiance est pure, claire et nette, simple, la chienne va en s’améliorant régulièrement. , c’est vous qui la créez et l’entretenez. Je pense que la meilleure chose à faire, le meilleur conseil que je pourrais donner aux gens c’est de mettre un sparadrap sur leur bouche. Ils n’arrêtent pas de brailler, ce n’est pas crier c’est brailler. Ils n’arrêtent pas d’appeler, tout dans la parole et rien dans le reste, et la parole c’est rien du tout », tout est  dans  l’intonation ?

J’exagère un peu mais ce gars est énervé et agacé.

Tout est dans l’intonation

La petite chienne qui chasse bien, arrête bien, me dit le monsieur, mais elle m’a bien rapporté les faisans l’autre jour mais sur perdrix, sur 2-3 perdrix à son arrêt, elle revient vers moi, elle ne  rapporte pas bien, elle tourne autour de moi. Très bien. Je réponds tout simplement : « je sais pourquoi » « Ah bon ! » « Ben oui, chacun son métier. Tout simplement je sais pourquoi elle tourne autour de vous. » « Pourquoi l’autre jour elle ne l’a pas fait sur faisans ? » « Je sais pourquoi ! » « Pourquoi ? » « Parce que sur faisans d’une part c’est souvent dans la végétation. Les chiens viennent plus souvent au contact de l’homme  dans la végétation. Et d’autre part, qu’est-ce que vous avez fait lorsque la chienne vous a rapporté les faisans ? » « J’ai pris le faisan et après j’ai caressé la chienne. » « Moi, quand un chien fait le tour, c’est parce qu’il veut garder le gibier dans la gueule en récompense. Si sur les 2-3 chasses que vous avez faites sur faisans, lorsque la chienne est revenue vous donner le faisan, c’est une adolescente, si vous l’aviez mise en laisse ou si vous l’aviez fait marcher pendant 20-30 mètres en laisse avec le faisan dans la gueule, toute fière de l’avoir rapporté parce que c’est l’aboutissement de son travail, c’est la récompense, c’est une adolescente, elle vous l’aurait donné. Je ne vous reproche pas de ne pas l’avoir fait mais je vous donne la solution pour que la chienne vienne directement vous apporter l’oiseau : la chienne va venir vous apporter directement l’oiseau si vous ne l’enlevez pas de sa gueule tout de suite et que vous  la  faite  marcher en laisse  avec  le  gibier  dans  la  gueule quelques  dizaines  de  mètres.

Cela est à faire seulement au début quand la chienne est adolescente, quand elle change de vie, qu’elle n’a pas encore totalement confiance en vous, à ce moment-là d’une part elle sera fière de se promener en laisse et vous, prenant la laisse à la main, la chienne ayant le gibier dans la gueule, marchant assez rapidement en disant « viens, viens, viens » à la chienne en la caressant de temps en temps. Si vous faites ça 4,5,6 fois sur perdrix elle viendra directement se jeter dans vos bras parce que vous n’allez pas lui prendre l’oiseau de la gueule tout de suite, mais si vous lui piquez sa proie à chaque fois des suite, elle va se dire « zut, je ne la ramène pas, je la garde encore un peu. »

Ne générez pas de conflit avec votre chien

D’autre part, quand elle tourne autour de vous, vous l’appelez, vous l’énervez, vous créez un conflit. Lorsque la chienne marche en laisse avec le gibier dans la gueule, si elle est fière, automatiquement elle va se connecter à vous, elle va dans le sens de l’ambiance conviviale, elle ne va pas dans le sens de la timidité, de la crainte, de l’angoisse. Mais si la chienne tourne autour de vous, que vous criez, que vous gesticulez, que vous vous énervez un peu, elle va prendre un peu peur, vous créez une ambiance malsaine et vous faites peur à votre chienne. Ces moments-là elle y pense quand la chasse est terminée, en vie domestique. Moi, quand je jouais au football, je suis désolé, quand il y avait de belles actions de jeu dans une ambiance conviviale, j’y pensais après, le soir et le lendemain et même quelques  jours  après  et  cela  me  faisait  du bien. Donc il n’y a pas de raison que les chiens ne se comportent pas de la même façon, n’aient pas les mêmes réactions que l’homme.

Emue de Keranlouan

L’histoire d’Emue de Keranlouan, qui est une gentille petite chienne, très douée, avec un bon nez, vraiment très bien, une personne du Finistère me l’achète. Il me donne des nouvelles. Très bien. Tout se passe bien. Elle fait des arrêts sur faisans. Cet été il avait repéré une compagnie de perdrix, il avait été sur cette compagnie, tout se passe bien. Moi, je l’avais habituée au coup de fusil, ça allait bien. C’est une chienne qui est un peu sensible, mais sans plus. Le monsieur me téléphone, désemparée 2 mois après l’ouverture de la chasse. Il me dit tout simplement « je ne comprends pas, vous me l’avez montrée, elle n’avait pas peur du coup de feu je lui ai tiré une dizaine  de pièces  sans problème de peur mais là, elle devient timide tout d’un coup alors que je l’ai depuis 3 mois. Je n’avais jamais remarqué qu’elle était timide outre mesure » « Expliquez moi ce qui c’est passé » je lui demande. « J’ai été dans une chasse organisée, il y avait un beau lâcher de gibier avec plusieurs chiens, plusieurs chasseurs et pour ne pas la perdre je lui mets un grelot. On va à la chasse, les gens ont lâché leurs chiens. Ceux qui avaient 4-5 ans analysaient la situation sans problème, mais la petite Emue courait dans tous les sens, paumée. » Elle l’était d’autant plus que c’était la 1ere fois qu’on lui mettait un grelot quand même, du fait qu’il y avait plein de monde, plein de chiens, dans un endroit qu’elle n’était pas habituée à chasser … A un moment donné, dans ces cas-là – les lâchers de gibier – les gens tombent sur le gibier dans la 1ere heure, il y a de l’animation. Il y a des gens qui crient dans tous les sens évidemment, ça n’arrange rien au problème. Une pétarade, 2 pétarades, 3 pétarades, la petite Emue  n’était pas dans le circuit, elle était déjà un peu déstabilisée par le grelot, par les cris des gens et elle a pris peur des coups de fusil.

La personne m’explique tout ça et me demande : « Mr Morin, qu’est ce que vous en pensez ? » Je lui dis : « Vous avez fait fort, vous avez fait au moins 4 grosses erreurs ! » « Ah, bon. » « D’abord vous la mettez dans un endroit qu’elle ne connait pas et dans un endroit où elle est appelée à entendre au moins 50 coups de fusil en une heure. Déjà là vous avez fait fort. Ensuite plein de chiens, plein de gens qui eux crient sur leurs chiens évidemment, énervés, 2e erreur. Ensuite 3e erreur : la chienne, vous lui mettez un grelot, elle ne connait pas ce que c’est qu’un grelot ! et 4e erreur, vous ne vous êtes pas écarté. Il aurait fallu que vous vous mettiez à 1 km ou 2, de ne pas profiter de la volaille qui a été mise pour faire de la pétarade. Moi, ça ne m’étonne pas vraiment qu’elle ait associé les coups de feu aux hurlements des gens qui semblaient en colère. Dans ce cas-là, il y aurait eu beaucoup de chiens qui auraient été susceptibles d’avoir eu peur. A la limite, si vous ne lui aviez pas mis le grelot, peut-être qu’elle aurait résisté. Mais tout ceci est une question de dosage et d’appréciation. C’est un peu comme une personne qui travaille, qui a une motivation pour travailler. D’abord si elle n’est pas en forme physiquement, elle va moins bien travailler. En plus si elle a des contrariétés psychologiques , elle ne va pas être dans son assiette, elle va être à 20% de ses capacités. A un moment donné, elle aura un ultimatum assez important qui va se présenter devant elle et boum, elle ne pourra pas faire face parce que certains jours elle est meilleure que d’autres. Et le problème est que cette petite chienne-là qui était gonflée à 80% de ses moyens, vous l’aviez entrainée et elle était déclarée, et bien la cloche moitié, 40 % de ses moyens au lieu de 80, vous la faites descendre. Après, le fait qu’il y ait plein de monde dans tous les sens, vous la faites descendre à 25 % de ses moyens. Le fait qu’il y ait plein de chiens et qu’elle ne soit pas dans le circuit parce qu’automatiquement ce sont des chiens de 4-5 ans, même si ce sont des chiens moyens, ils vont être connectés sur le terrain alors qu’à la limite le gibier elle ne le voit pas ou de loin, il y a des explications entre les chiens pas commodes. De ce fait avant de commencer, vous l’avez fait descendre de 80% à 10% de ses moyens. Quand un chien est à 10% de ses moyens, il est fragile. il a été perturbé par le coup de feu, boum.

Imaginez que le chien soit gonflé à 90-95% comme un fou, comme un cheval emballé, tout ce qui se passe autour de lui, il s’en fiche un peu, il est sur son circuit d’opération, il n’a qu’une idée, c’est sa passion, il est sur une piste de faisans ou de perdrix rouges, il est fou.de motivation C’est comme si vous aviez une conversation qui vous passionne avec quelqu’un et une tierce personne vous interpelle à ce moment-là. La tierce personne, vous ne l’entendez pas.

Comparativement à ça, si vous arrivez dans un endroit que vous ne connaissez pas, vous êtes un peu inquiet, à un certain moment quelqu’un vous interpelle, vous sursautez. Il faut partir de ce principe-là. Tout ceci est une question de dosage et d’appréciation.

En résumé, pour vous dire, les chiens qui ont le plus de chance ce sont les chiens qui tombent sur un maître qui essaie de se mettre à leur place.

 

Morin Patrick

Les conditions atmosphériques
Les conditions atmosphériques ont une importance primordiale dans le comportement des chiens et du gibier.

D'abord la pluie

L'impact est réel tout d'abord lorsque il pleut, surtout dans l’état actuel des choses avec des chasses qui sont organisées avec du gibier lâché. Ce ne sont pas vraiment les chiens qui sont gênés mais le gibier lâché n’arrive pas à s’abriter. Il se mouille et le gibier qui a les plumes mouillées a pour conséquence de donner un effet olfactif au chien d’un comportement naturel d’un gibier qui a été blessé et qui se traîne dans la végétation blessé. 

Le chien qui sent que le gibier est mouillé, même s’il n’a pas été tiré, sait qu’il peut l’attraper, il va avoir ses facultés d’instinct de rapport qui vont se déclencher et de ce fait il y a un déséquilibre qui va se produire, qui ne se produirait jamais sur gibier sec , il va avoir tendance à bourrer. Et le chien qui a rattrapé 3, 4 ou 5 pièces lorsqu’il pleut et qui ont été mouillées aura du mal à être patient parce qu’il va avoir un intérêt au rapport sachant qu’il va pouvoir rapporter le gibier sans que celui-ci soit tiré.

Et puis le vent

J’ai organisé des chasses à la journée pendant une quinzaine d’années au milieu d’un bois et j’avais fait des cultures à gibier et avant que les chasseurs passent, je lâchais du gibier pour qu’il soit au milieu des champs, je les plaçais ainsi et cela avait pour conséquence d’avoir plus de facilité pour retenir le gibier dans les  cultures et faire des arrêts dans les champs. Le gros problème était les jours où il y avait du vent. 

Le gibier que j’avais placé dans les cultures était dérangé par le vent et se déplaçait, bougeait et courait, donc automatiquement ça se passait toujours moins bien et les chiens qui étaient lâchés avaient beaucoup de mal a arrêter. De ce fait ils s’énervaient beaucoup plus, ils étaient poussés à la faute en courant pour essayer de bloquer le gibier qui se défilait et les chiens faisaient voler le gibier beaucoup plus facilement quand il y avait du grand vent.

Un  chien  c’est  comme  un  joueur  de  foot  ,quand  il  comme  mal  il se  vexe  et  perd  confiance  et  enchaine  les  fautes. Au contraire, quand  il  commence  bien  il  fait  un  festival. Encore  une  fois  il  faut  essayer de les  comprendre et  vous les  ferez  progresser.

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J’ai fait des compétitions de travail régionales, nationales et internationales et mon pied à terre de terrain d’entrainement était en Beauce, en Eure et Loir à proximité du terrain d’aviation de Chateaudun, sur la route d’Orléans. J’entrainais toute la journée et je remarquais au fil du temps qui passe que les chiens n’avaient pas les mêmes conditions de travail selon les conditions atmosphériques dans la même journée. Il y a des chiens qui avaient plus de chance que d’autres et cela était très important. S’il y avait un nuage qui passait, le ciel s’assombrissait, le vent se levait et quand il y avait du vent qui se levait et éventuellement une petite pluie (mais ce n’est pas la pluie qui apportait les problèmes les plus importants, mais surtout le vent), le gibier avait beaucoup plus de difficultés à se laisser approcher et lorsque le nuage était passé sur ce même terrain, je pouvais revenir deux ou trois heures après si les perdreaux étaient revenus ou dans le champ à côté, ces perdreaux sauvages se laissaient approcher à l’arrêt à 10 ou 15 mètres à l’avantage d’une éclaircie, un rayon de soleil et le vent qui tombait.

 

Le métronome

Dans les années 82-83, j’avais une petite chienne, on l’appelait « le râteau ». Elle était extraordinaire, c’était un métronome. A la limite elle manquait un peu d’entreprise, mais elle râtissait son terrain, elle ne loupait rien, c’était un phénomène, elle se classait à chaque fois. Ce n’était pas une chienne qui faisait des CAC à chaque fois bien qu’elle ait été championne de travail et 4e au championnat de France. C’était vraiment une chienne de chasse idéale. 

Patronne de Keranlouan - 1984 (CH T,GT)

La scène se passe un jour où il y avait du brouillard. C’était en gibier tiré dans les betteraves. Je vois le juge, Mr Fagé, un juge relativement sévère, assez arrêté sur les règlements et il fait passer un chien, chien éliminé. Je pensais qu’on allait aller dans un autre champ. Il fait passer un 2e chien, le chien est éliminé. Il fait passer un 3e chien au même endroit, éliminé. Et là, je pense qu’il m’a fait une petite faveur parce que je passais en 4e position. Il m’a dit (peut-être qu’il l’avait dit aux autres, je ne sais pas) : « dans le parcours il y a 3 chiens qui sont passés, il y a une poule faisane dans le champ qui a été posée. Les 3 chiens sont passés et n’ont pas senti cette poule faisane. T’es prévenu, un homme averti en vaut deux » . 

Donc je pars avec mon phénomène, un petit bijou, Pipe de Keranlouan. 

Je pars 2, 3, 4, 5 lacets et  à un moment donné elle arrive près de  l'endroit  ou  était  la  poule  faisane. Je vois les juges rester un peu en retrait et moi j’avance, j’avance, je continue. Le coup de trompe, ça veut dire arrêt du parcours ou élimination du chien. Je reviens vers le juge. Il me dit « t’as laissé un faisan ». Je réponds « ça peut arriver mais je trouve extrêmement étonnant que ce petit phénomène me laisse du gibier derrière ». j’ai demandé à voir pourquoi j’étais éliminé, il n’y a pas envol d’oiseau. Le juge m’a amené à proximité immédiate de l’oiseau et j’ai vu l’oiseau par terre,  qui était caché près d’une repousse de betteraves et alors j’ai été mis devant le fait accompli. J’avais du mal à croire mais , j’avais vu. Je méritais d’être éliminé,  Il y avait 3 chiens qui auparavant s’étaient faits éliminer par cette poule faisane, c’est qu’il y avait quelque chose. 

C’était pas pour classer les chiens qu’il avait fait courir  les chiens à cet endroit-là mais pour les éliminer. Il y avait un problème. Ce jour-là il y avait du brouillard et en ce qui concerne les qualités olfactives des chiens il est préférable qu’il pleuve plutôt que d’avoir du brouillard. Quand il y a du brouillard, d’une part les oiseaux ne bougent pas, ne laissent pas trainer d’émanations sur le sol et ensuite les gouttelettes d’eau qui sont en suspension dans l’air et sont à l’extrémité supérieure des feuilles de betteraves ou des feuilles d’herbes remplissent les narines des chiens en les  frottant  en  courant. Alors que quand il pleut, l’eau tombe à la base des feuilles, de l’herbe, donc le chien se met moins d’eau dans les narines que lorsqu’il y a du brouillard ou  de la  rosée .

Vents d'ouest

Quand vous chassez la bécasse le jour où  il y a un vent d’est froid et sec, les bécasses ne tiennent pas. Le jour où il y a un vent plus doux d’ouest, les bécasses tiennent 10 fois plus.

Lorsque vous avez les bonnes conditions atmosphériques et le bon biotope, à ce moment-là, vous avez toutes les chances de réussir à faire  arrêter  votre  chien !!!

 

Patrick Morin

LE CHAMP FORMIDABLE

Un ami chasseur me raconte une histoire qui s’est produite l’été dernier. C’est une histoire qui se produit régulièrement tous les ans un peu partout en France et ailleurs.

Pour préparer son chien, cette personne l’entraînait un mois/un mois et demi avant l’ouverture de la chasse. Il a entraîné son chien et par la même occasion a repéré les endroits où était cantonné le gibier. Il y avait un champ qui était formidable. C’était un champ qui avait un chaume avec une repousse de trèfle et au bout de ce chaume-là il y avait des légumes : un champ de betteraves bordé de talus relativement hauts et il y avait plein de gibier dans ce champ-là. Il y avait une compagnie de perdrix, toujours des faisans, deux lièvres qui traînaient en permanence jusqu’à 2 jours de l’ouverture. C’est ce qu’il trouvait régulièrement lorsqu’il entraînait son chien dans ce champ. Il pensait que c’était un champ idéal pour faire l’ouverture.

Le jour J arrive. Tout énervé, mon ami se lève de bonne heure, prépare son fusil, ses vêtements de chasse, détend son chien, le promène et arrive une demi-heure avant l’ouverture de la chasse à proximité de ce champ pour démarrer dans les premières minutes de l’ouverture. Tout se passe bien jusqu’à un quart d’heure avant l’ouverture et à un moment donné, qu’est-ce-qu’il voit : pas de chance, une équipe de chasseurs avec 3-4 gars et autant de chiens qui arrivent dans le champ. Mince ! L’ouverture est un peu gâchée malheureusement, mais bon. Malgré tout il regarde si les chasseurs lèvent la compagnie de perdrix les faisans de façon à ce qu’il essaie de voir dans quelle direction ils s’en vont pour essayer de les chasser ensuite. Les chiens, tout énervés, couraient dans tous les sens, ils font le champ de chaume. Dans ce champ, rien alors que systématiquement il trouvait la compagnie de perdrix et 1 ou 2 faisans et le lièvre. Après, il se dit : ils sont dans les betteraves à cause du bruit que les chasseurs ont fait, ils sifflaient leurs chiens qui faisaient un bruit conséquent. Généralement quand les chiens démarrent, ils ont besoin de lâcher leur venin, ils courent dans tous les sens, ils sont en général un petit peu désobéissants.

Mon ami regardait le scénario avec intérêt et stupéfaction : les chasseurs arrivent au bout du champ et en sortent. C’est incroyable ! Le mois précédent, il avait fait ce champ une dizaine de fois, tous les 3-4 jours et à chaque fois il tombait sur du gibier. Peut-être pas toujours tout le gibier qui séjournait dans ce champ-là mais systématiquement il y avait 3-4 présences. Il ne comprenait pas. Il reste 5-10 mn. L’envie lui prend de vérifier si vraiment le gibier n’est pas là. Il lâche son chien dans le champ et démarre. Le chien court dans le champ de chaume et au bout de 3-4 mn : paf ! à l’arrêt. N’y croyant pas, mon ami arrive vers son chien sans conviction. Il se dit : ce n’est pas possible. Il y a 4 chasseurs qui sont passés et 4-5 chiens, il n’y a rien, ils sont passés à cet endroit-là. Il fait couler son chien et le chien fait un mouvement pour accélérer et fait bondir un lièvre. Stupéfait, il ne tire même pas le lièvre, vachement surpris qu’il y ait du gibier après ce groupe de chasseurs et ce groupe de chiens. Le chien revient et en revenant au bord du talus, un autre arrêt : la compagnie de perdrix part. Incroyable ! mais vrai. Il avait levé un lièvre et la compagnie de perdrix. A ce moment-là, il continue, il s’acharne à faire la bordure du talus et paf : un autre arrêt : le faisan qui part, et un autre faisan. Il ratisse le terrain dans le champ de chaume et puis rentre dans les betteraves : un autre arrêt : le 2e lièvre part et le chien court après le lièvre et revient. Dans le champ de betteraves, le chien arrête 3 faisans. Donc en totalité il a trouvé 5 faisans, la compagnie de perdrix et 2 lièvres un quart d’heure après le passage de la meute de chasseurs.

Alors évidemment il était très fier de son chien. Il se disait qu’il avait un chien exceptionnel et me demandait ensuite ce que j’en pensais.

Automatiquement, pour que le chien ait fait autant d’arrêts, il est au minimum très bon mais il y a une différence de qualité de chasse entre son chien qui était tout seul en train de travailler et les autres qui étaient en concurrence.

A mon avis, il est beaucoup plus facile de chasser avec un seul chien qu’avoir 3-4 chiens en concurrence. Je pense que sa chienne est une chienne super, elle a arrêté plusieurs fois, très très bonne chienne de chasse, de travail, mais elle n’était pas gênée tandis que les 3-4 autres se jalousaient dans le champ. Le gibier s’est caché parce qu’il y avait plein de bruit d’une part et s’est mis en apnée. Généralement le gibier, pour retenir son odeur, se met en apnée. Un gibier qui ne bouge pas, un chien qui a un super pif peut ne pas sentir. En plus, s’il court à toute vitesse et s’il y a des autres chiens qui courent devant lui et qui laissaient des traînées d’émanations devant lui, l’odeur du chien est 10 à 20 fois plus forte que l’odeur du gibier. Il y a 4 ou 5 facteurs néfastes qui se sont produits lorsque l’équipe de chasseurs est rentrée dans le champ. D’abord le bruit : le gibier s’est tétanisé, est resté en apnée pendant quelques minutes ; d’autre part : les chiens qui  avaient leur venin à lâcher, qui couraient dans tous les sens, plus vite les une que les autres, jaloux avec une idée de trouver le gibier avant les autres et la concentration du travail n’a pas tilté dans ce champ pour aucun des 3 ou 4 chiens qui y étaient. Tout ce qui est fait rapidement, en plus dans ce chahut-là, c’est beaucoup plus difficile. On aurait pris n’importe lequel de ces 4 chiens dans cette meute de chasseurs, tranquillement, je suis sûr qu’il aurait fait comme le chien de mon ami avec ses moyens. En plus, les conditions auraient été favorables parce que le gibier à ce moment-là était plus complaisant d’une part. D’autre part, le chien aurait chassé et n’aurait pas couru comme un fou.

Il y a ces facteurs-là qui se présentent et se produisent très souvent et tous les ans j’ai des gens qui me présentent, m’expliquent ce cas de figure qui glorifie leur chien d’avoir trouvé du gibier derrière le passage de 2-3 chasseurs.

Donc un gibier qui se met en apnée, c’est comme une poule faisane qui est sur son nid et qui sent le renard qui arrive et retient son odeur. La nature est ainsi faite : le renard ne va pas sentir la poule faisane sur son nid.

N’importe lequel des 4 chiens qui appartenait au chasseur qui soit passé avant le chien de mon ami aurait fait ce parcours-là en solo dans le champ, tranquille. D’une part le gibier n’aurait pas été alerté et aurait été détendu. D’autre part, même si le gibier se met en apnée, le chien aurait travaillé au ralenti et le chien chasseur tient compte et se connecte aux émanations indirectes parce que le chien chasseur qui a l’habitude, qui a l’expérience sait que lorsqu’il y a une trace de gibier à proximité d’un talus ou bien d’un endroit propice au gibier, ce chien-là qui a l’habitude de chasser va ralentir, traîner 1mn ou 2 à proximité de l’endroit où il trouve les émanations indirectes tout en sachant que le gibier peut se mettre en apnée et qu’il ne peut pas rester en apnée indéfiniment. En restant fouiner, chercher des émanations indirectes, la plupart du temps le gibier se relâche et se laisse trouver par le chien à la méthode de chasse. C’est une chose qui est faite au ralenti et surtout pas en concurrence de chiens

Encore une fois, il ne faut pas critiquer les autres chiens qu’on a simplement vu qu’une fois au travail parce qu’il y a des éléments fondamentaux qui mettent un chien à l’aise et il y a un concours de circonstances pour qu’un chien soit au maximum de  ses capacités.

 

 

MEFIANCE

« Je suis d’un naturel méfiant. Vous me dites que le chien que vous me proposez a appartenu à une personne qui a arrêté de chasser. C’est la raison pour laquelle il est en dépôt-vente chez vous. Je me suis renseigné, cela est faux, vous me décevez, Monsieur Morin ». 

Vous m’avez également déçu. Vous êtes venu chez moi et nous avons sorti des jeunes chiots de 2 à 5 mois un après-midi, nous avons été dans les bois, dans les marais et nous avons fait du rapport à l’eau. C’était craquant. Tout le monde a craqué en voyant le travail, les performances faites par les petits chiens, sauf vous. Vous êtes resté de marbre tout en ayant apprécié, je pense, le travail effectué et vous avez eu un comportement tellement anormal que les autres personnes qui étaient avec nous ont tous fait la remarque : « ce monsieur n’aime pas les chiens, il veut un chien pour faire de l’élevage et ce chien qu’il aurait éventuellement pris avec des points obtenus dans son LOF qui donneraient une valeur commerciale à ses produits. »

Il faut aller dans le sens des chiens et non dans le sens des gens novices qui pensent m’apprendre à déceler un bon chien. Parce qu’ils ont eu 5 chiens dans leur vie, ils croient tout connaitre. Moi, ce n’est pas 5 chiens, c’est 150 chiens par an qui me passent entre les mains. Chacun son travail et je ne trouve pas normal qu’on ne respecte pas les professionnels. Soit disant en prêchant leur faire confiance, la preuve que non par rapport à votre comportement.

 

Un chien c’est comme une personne, il faut qu’il soit à l’aise pour travailler, autrement il est à 15% de ses capacités. Vous ne vous imaginez pas le nombre de chiens dans ma carrière qui n’ont pas convenu à un premier maître qui prétendait qu’il n’était pas bon et ayant été placé à un 2e maître ont fait le bonheur de celui-ci. Je pense dans ma carrière qu’il a dû avoir 150 chiens qui m’ont été ramené, que j’ai repris et que j’ai replacé ailleurs, dont au moins 15 champions de travail (il faut le préciser) dont 1 vice-champion du monde. Donc les gens n’ont pas tous une bonne analyse de la valeur du chien apparemment.

 

Si je dis que le chien que je propose a déjà appartenu à une personne et que cette personne a analysé ce chien comme étant un chien moyen manquant de qualités naturelles, le client va avoir tendance à s’orienter vers un chien qui n’a jamais été vendu, évidemment. Alors ce chien n’aura pas de chance, il sera tombé sur un maître incompétent ou novice et prétentieux et à ce moment-là, il faudra qu’il le traine comme un boulet toute sa vie. Ce n’est pas normal. Il y a une chose que je n’accepte pas, c’est quand la parole du professionnel qui a 40-45 ans d’expérience pèse le même poids que la parole d’un novice, c’est vexant pour le professionnel. On ne dit pas qu’on fait confiance à un professionnel si on tient compte des dire d’une personne qui ne connait pas bien les chiens. Surtout quand le professionnel reprend les chiens, donc se met à la place des gens et qu’il a repris 150 chiens dans sa carrière, les gens le savent. Donc, si je fais ça, je veux donner une chance à chacun des chiens parce que je trouve que dans cette histoire-là le plus lésé c’est le chien. Le chien qui est malheureux chez un 1er maître, je le reprends volontiers pour qu’il s’éclate et devienne heureux chez un autre maître que je trouverai pour lui.

 

C’est simplement l’effet fondamental qui me fait réagir de la sorte parce que quand je vends un chien dressé, que je fais une démonstration à l’appui et que la personne voit le chien travailler sur le terrain, je ne suis pas sensé le reprendre mais je le reprends quand même parce que je trouve que le chien a besoin de s’exprimer tout simplement. Il mérite qu’on se penche sur son cas, il faut le faire ressortir du piège dans lequel il est tombé, le pauvre chien !

 

 

 

Quand un chien perd ses marques
Lorsque un chien perd ses marques il devient l’ombre de lui-même !

Manque de patience et de délicatesse ?

 

Au début de ma carrière, j’avais un problème assez grave sur les chiens que je vendais adultes. Ils avaient beaucoup de mal à s’habituer à leur nouvelle vie et de ce fait ne s’exprimait qu’à 20 % de leur capacité pendant les premiers mois.

Les nouveaux propriétaires, s’ils n’avaient pas vu le chien travailler avant de le prendre, commençaient à douter de moi et perdaient certaines fois patience même avec des chiens exceptionnels. De ce fait, ils me le ramenaient et je l’échangeais contre un chien aussi bon ou même moins bon mais qui faisait l’affaire parce qu’il s’habituait mieux.

Je peux même citer le nom de certains chiens illustres qui n’ont pas convenu à leur premier maître : PIPE, championne de travail ; ORBEC, vice-champion du monde ; RAPIDE, champion de France ; USMAEL, champion de travail ; UBAYE, champion de travail. Et plusieurs bons chiens de chasse m’ont été ramenés par manque de patience, manque de délicatesse ou manque de connaissance du chien de la part de l’acheteur.

C’est par exemple le cas de ce très bon chien de chasse qui m’a été ramené par la Sernam un matin. Dès l’après-midi, un client qui visitait mon chenil a flashé dessus et a voulu absolument l’acheter. Même après lui avoir expliqué la raison du retour prématuré du chien, le client m’a acheté la chienne qui s’est de suite très bien habituée chez lui, on se demande pourquoi, alors qu’elle venait de m’être ramenée. 

Cette chienne s’appellait PIPE de Keranlouan et fut championne de travail et 4e au championnat de France 1982.

Un amour démesuré pour son unique dresseur

 

J’ai cherché longtemps la cause de ces problèmes. Cela vient tout simplement que les chiens étaient amoureux de moi du fait que je leur offrais l’aboutissement de leur bonheur en leur donnant la chose pour laquelle ils sont sélectionnés depuis maintes générations : le bonheur de travailler sur gibier à plume en action de chasse dans la nature.

Le problème à l’époque est que je faisais tout moi-même, je sortais les chiens de A à Z.

Lorsque je les vendais, les chiens adultes avaient tendance à tomber en déprime, surtout si leur nouveau maître leur faisait faire des choses auxquelles ils n’étaient pas habitués (vivre en vie domestique par exemple) et malheureusement ils mettaient du temps à les lâcher dans la nature, ce que les chiens adoraient faire avec moi !

Plusieurs interlocuteurs pour un chien

 

Pour palier à ce problème, il faut simplement faire sortir le chien par un maximum de personnes dès son plus jeune age.

Un chien que je vends dressé adulte aura été sorti par au moins 30 personnes différentes. Les chiens sont alors un peu moins attachés à moi et s’éclatent très rapidement avec n’importe quelle personne qui le sort dans la nature. L’idéal est de s’orienter vers un chien débourré dont le caractère n’est pas encore formé.

Les chiens qui seront déstabilisés ne seront pas à la plénitude de leurs moyens.  Le cas se présente régulièrement chez l’être humain. Il est très facile de faire perdre les moyens à un jeune conducteur si son copilote lui fait des remarques incessantes. C’est la même chose dans les couples...

Mettez toutes les chances de votre coté

 

Si vous voulez mettre toutes les chances de votre côté pour qu’un chien soit à l’aise, il faut essayer de se mettre à sa place et vous verrez les progrès rapidement.

Le top du top serait de s’orienter vers l’achat d’un chien précoce de 3 à 6 mois qui  chasse comme un grand, arrêt - rapport - obéissance. 

Chez les Keranlouan  il y en a  de plus  en  plus et  de  plus en  plus jeune .

Ils me rendent  admiratif. J’ai  autant  et  peut être même plus  de  plaisir  à  leur   faire  faire  des  performances que lors  ce que  je  gagnais dans les  concours de  travail   avec les  grands

 

Patrick Morin - www.keranlouan.com

pmorin@wanadoo.fr

TINTIN et son lacet à l'envers !
L'illustre Tintin de Keranlouan et son mystérieux lacet à l'envers ...

Tintin de Keranlouan - Almedina - 7-oct-76 (CH T, IT, B, IB, GT, Monde) Tintin de Keranlouan à Callac de retour d'Espagne 1976

Un peu de technique pour commencer ...

Tout d’abord, qu’est ce qu’un lacet à l’envers ? 

Le lacet croisé : il est d’une importance fondamentale lorsqu’on fait des compétitions en plaine. A la chasse, c’est vrai que quand il y a des talus ou des bois, c’est une chose qu’il n’est pas toujours possible de faire. Alors le lacet croisé, c’est le chien qui part à 80 ou 100 m à droite et à gauche et qui reste toujours en contact avec la direction du vent. Il faut que son nez reste toujours orienté vers la direction du vent parce que dans l’effet contraire, lorsque le chien fait un lacet à l’envers, c’est-à-dire à droite ou à gauche en bout de course parce qu’il doit tourner, s’il ne tourne  pas dans le sens du vent mais dans le sens contraire, il perd le contact des émanations qui sont devant lui et par l’odeur de son corps qui est automatiquement déplacée par le vent puisque son corps est avant ses facultés olfactives.

Alors en fait on pense que ce n’est pas grave, on s’imagine que pendant un court instant il n’est pas en contact avec le vent avec tout ce qui se passe devant. A proximité c’est une largeur qui n’est pas très importante mais à 30/40 m ça fait un triangle d’ouverture qui peut faire 30 ou 40 m de largeur sur le côté face au vent. Je dirais  le côté parallèle au vent.

Les concours en plaine

 

Dès que j’ai eu la chance de suivre mon père en compétition de field trial de printemps, j’allais systématiquement avec lui et avec plaisir.

 Tintin de Keranlouan en Espagne 7-oct-76 Violette (& Tintin) de Keranlouan à Deauville (CH T, GT, IT) 

L’histoire se passe en Beauce et je suivais mon père avec un chien : en laisse une présentation de Tintin de Kéranlouan. J’avais le droit de marcher derrière les juges à condition que je serve à quelque chose. En l’occurrence ce jour-là je devais donner le chien suivant pour le parcours suivant. Il y avait mon père qui faisait courir Tintin et il y avait 2 juges derrière qui regardaient le parcours de Tintin. Il faisait un parcours formidable, comme d’habitude.

C’est dans une très grande plaine de blé que le parcours avait commencé depuis 3-4 mn (c’est un champ qui a un faux plat en montant). Au bout de ce champ-là il y avait un petit chemin de terre. Derrière ce chemin il y avait une très grande parcelle qui était plus plate. Tintin part, fait des lacets à gauche, à droite dans le bon sens du vent et c’était très agréable à regarder.

Un moment donné, il y a Tintin qui arrive à la hauteur de ce chemin-là, il ralentit un petit peu, son corps ondule de profil. De plus loin j’avais remarqué que Tintin avait un peu hésité, et il est parti à droite, il est revenu à gauche, et à un moment donné, je vois à 15 m de l’endroit où il était passé, au dessus du vent 2 petites têtes (2 perdreaux) qui se soulèvent. Pensant que le danger était passé, Tintin était parti à 100 m sur la droite et puis les perdreaux se raplatissent, ils repèrent les juges qui marchaient à 100 m derrière. Tintin courait depuis 10 mn, il n’avait pas fait un seul mauvais lacet, il revient , il retourne en arrière, il fait un lacet en dedans. Il fait une ligne parallèle de 20 m sous la ligne de parcours qu’il venait de faire et dans l’axe où il était passé précédemment à 15 m des oiseaux, il passe à 35 m : arrêt. Mon père sprinte. A peine arrivé à proximité de Tintin les perdreaux partent. Il tire. Un point super. Voilà l’explication du lacet à l’envers de Tintin : intelligemment, il est revenu en arrière pour contrôler car il avait un doute et c’est pour ça qu’il a fait un lacet parallèle en dedans en dessous du lacet qu’il a fait avant et en revenant dans l’axe il n’a pas loupé les perdreaux. Ca a été une réaction d’intelligence et de finesse de nez extraordinaire de la part de Tintin pour réaliser ce point phénoménal.

Tintin de Keranlouan au Rapport en Sologne Tintin de Keranlouan a Reims

Le problème est que les juges l’ont déclassé, ils ont retiré 1 ou 2 points à Tintin parce qu’il a fait un lacet en dedans. Les juges ne sont pas des professionnels, ce sont des gens qui ont un autre métier, qui ne peuvent pas assimiler, comprendre les choses que peuvent vivre les dresseurs professionnels. Ce jour-là, Tintin a fait le prix d’excellence, n’a pas fait de CAC par rapport à son lacet en dedans. Moi, je vous garantis que si j’avais été juge, j’aurais donné un grand CAC sans problème avec le parcours phénoménal qu’il avait fait, surtout en plus en finale avec un point d’intelligence et de finesse de nez. A l’époque je n’avais pas bien compris, c’est mon père qui m’a expliqué ensuite.

Les explications du comportement de Tintin : lorsqu’il est arrivé à la limite de végétation au bout du chemin, il a ralenti parce qu’il a capté un type d’émanation et c’était peut être une émanation diluée, il restait peut-être 1% de l’émanation du gibier, les oiseaux avaient retenu leur respiration donc coupé les odeurs depuis 2 mn, il restait l’ancienne odeur diluée. Dans l’air, ça se dilue rapidement. C’est une infime particule d’odeur mélangée à l’extrême par le vent mais c’est une odeur bien définie qu’il ait arrivé à capter, c’est une odeur qui n’est pas la même que celle d’un perdreau qui décolle ou d’un gibier qui marche. C’était l’odeur des oiseaux qui restent immobiles et qui s’accroupissent. Je prétends que Tintin a eu un doute, c’était extrêmement mélangé par l’air, que les oiseaux se soient tapis au sol, cachés à proximité, mais à peine, à peine perceptibles et c’est pour ça qu’il a ralenti. Dans le doute, il est revenu en arrière pour prendre une marge de sécurité tout en sachant que le gibier ne peut pas rester indéfiniment en apnée, accroupi et recroquevillé sur lui-même. Il a bien joué le jeu parce que pendant qu’il a fait son grand lacet, les perdreaux ont bougé , ils ont  respirés et  se sont raplati. S’ils avaient volé, Tintin aurait été éliminé parce qu’il était passé à 15 m de l’oiseau, il aurait dû prendre l’arrêt. Il ne l’a pas fait et il a eu cette chance que les oiseaux se soient raplatis. Cette action de se lever et de s’aplatir a dégagé l’émanation. Quand Tintin est revenu dans l’axe à 35 m au lieu de 15 une minute auparavant, il l’arrête. Voilà l’explication.

Cela  est  plus  difficile à faire  en plaine  qu’au bois parce que  l’odeur  est  balayée  bien  plus  vite et est  beaucoup  moins  perceptive

Patrick Morin - www.keranlouan.com

 
Mon chien peut sentir les bécasses à 200 mètres !
Rêve ou réalité ? J’ai vu plusieurs fois des très très bons chiens expérimentés courir derrière elle lorsqu’elle s’envole et le retrouver à l’arrêt à 150/200 mètres sans qu'il la suivent des yeux ...

Rêve ou réalité ? 

Cela s’est produit plusieurs fois. 
 
En effet, j’ai vu plusieurs fois des très très bons chiens expérimentés qui ont des qualités supérieures à la moyenne arrêter une bécasse, courir derrière elle lorsqu’elle s’envole et le retrouver à l’arrêt à 150/200 mètres sans qu'il la suivent des yeux mais en suivant à toute vitesse pendant 200 m les émanations de la bécasse stagnant dans l'air. 
 
Tout ceci doit se faire très rapidement parce que les émanations sont balayées rapidement par le vent, le laps de temps que la bécasse prend du moment où elle a décollé jusqu’au moment où elle a atterri en 200 m est de l'ordre 10 secondes environ et le chien la bloque à l'arrêt en moins de 15 secondes l'effet de surprise paralyse la bécasse , une buse tétanise une perdrix qui vient de se poser les rapaces attrapent presque toutes leurs proies à l'atterrissage et les paralyse avec l'effet de surprise c'est une réaction naturelle; Tout ceci fait dans une vitesse record. 
 
A peine, la bécasse décolle, le chien part derrière dans la direction de la bécasse, à peine la bécasse s’est posée à 150/200 mètres, le chien arrive dessus et l’arrête. 
 

Comment est-ce possible ?

 
Ça c’est une chose qui ne peut pas se produire dans les doubles haies. 
 
C’est une chose qui peut se produire dans les bois lorsque les arbres sont relativement hauts avec une 2e végétation en dessous. La bécasse qui démarre à l’arrêt du chien, si elle part à 2/3 mètres du sol en se déplaçant à cette hauteur-là, frôle les arbustes, les fougères ou autres et laisse stagner à 1 m ou 2 du sol son émanation qui est retenue pas balayée par le vent par rapport aux abris naturels qui existent. 
 
Ce phénomène-là ne peut absolument pas se présenter à découvert. 
 
A découvert, l’émanation de l’oiseau volant à 1,50 m ou 2 mètres du sol ne reste pas stagner parce qu’elle est balayée par le vent. Je prétends qu’un chien que je pourrais considérer comme étant quand même exceptionnel est capable de sentir les bécasses à 200 mètres. 
 
A condition 
 
1°) qu’il soit spontané, vif et intelligent et qu’il analyse la puissance de l’émanation qu’il capte au fur et à mesure qu’il court, 
 
2°) s’il part dans l’axe dans lequel est partie la bécasse laissant une émanation stagner en nuage qui se dissipe assez rapidement quand même, mais beaucoup moins rapidement que s’il n’y avait pas d’obstacles de retenue naturelle, c’est-à-dire les champs, 
 
3°) il faut quand même que ce soit fait rapidement, au galop pour qu’il puisse rester dans le cône de l’émanation stagnant dans l’air à 1m du sol qui retombe progressivement en se mélangeant à l’air au bout de 30 secondes d’une façon imperceptible. C’est vrai qu'il ni à pas d’émanation au sol, donc il faut que ce soit fait au sprint. 
 
Si le chien de qualité part au sprint, il est capable de rester dans le cône d’émanation stagnante au fur et à mesure qu’il se déplace et au fur et à mesure que la bécasse vole pour finir à se poser à 150/200 mètres. 
Donc ce chien-là qui sait le faire et qui a l’audace de le faire à toute vitesse est un chien de talent certes mais c’est quand même une explication donnée (mon explication n’engage que moi-même), mais ce n’est pas une question de puissance de nez qui fait que le chien sente la bécasse à 200 mètres, c’est une question d’intelligence, de nez, d’interprétation, d’audace, de personnalité mélangées. 
 
C’est une chose que j’ai vu plusieurs fois dans ma vie, mais il faut que ce soit un chien exceptionnel pour arriver à faire cela. Ce phénomène ne peut se produire que dans les bois assez plat et la plupart du temps où il y a des arbres qui sont relativement hauts avec souvent une 2e végétation à hauteur de 3 mètres. 
C’est une chose qui ne peut pas se produire dans les doubles haies parce que lorsqu’une bécasse s’envole d’une double haie, elle en sort. Physiquement elle est en contact avec l’air sans retenue d’abri naturel donc le vent balaie l’émanation de la bécasse qui stagne en l’air à 3-4mètres du sol. 
 
Donc cette bécasse laisse l’émanation très peu longtemps dans ces circonstances-là. Elle est obligée de sortir de la double haie pour se cacher dans une autre. C’est une chose qui est impossible à faire dans ce type de chasse. 
 
Les conditions des éléments naturels contribuent au comportement des animaux et du chien en général. 
 
Patrick Morin 06 83 40 22 96 
pmorin@wanadoo.fr 
www.keranlouan.com
 
Mon chien est meilleur que le champion
J’avais un chien, Polder de Keranlouan, qui était une très grande révélation dans ma vie. C’était un chien qui avait gagné le championnat de France par points au printemps sur gibier naturel et il venait de gagner le championnat de France sur gibier tiré en automne...

Mon chien est meilleur que votre champion !


C’est une remarque que j’entends tous les ans depuis que je me suis installé, 3 ou 4 fois dans l’année.

Le chien de chasse qui n’a pas suivi un dressage très poussé, qui a suivi une formation d’éveil en qualité naturelle se laisse porter par ses instincts et garde sa personnalité et automatiquement est beaucoup plus efficace que si on lui a inculqué un dressage très poussé : avoir un respect du départ, respect du coup de feu, respect de l’oiseau tombé par terre et donc l’autorisation d’aller chercher le gibier simplement que quand on lui donne l’ordre.

Le dressage très poussé a pour conséquence dépersonnaliser l’animal. Lorsque le chien n’a pas cet inconvénient, il est évident qu’il reste plus facilement à 95 % et à 100 % de ses capacités qu’un autre chien qui a été dressé et formé pour une chose bien concrète et un peu contrarié, automatiquement. .Le chien qui  na pas été dressé  est peut-être plus  efficace  pour  chasser mais  à  tendance à  chasse pour lui

Belle 5 - Polder 1, raclée à la bécasse


Maintenant je vais vous raconter une histoire qui s’est passée dans les années 80. J’avais un chien, Polder de Keranlouan, qui était une très grande révélation dans  ma vie. C’était un chien qui avait gagné le championnat de France par points au printemps sur gibier naturel et il venait de gagner le championnat de France sur gibier tiré en automne. Je levais les bras au ciel. Je disais à tout le monde « j’ai gagné le championnat de France, j’ai le meilleur chien de France ! ». J’avais tendance à être prétentieux à l’époque et depuis cette scène-là, il faut reconnaître que les fois où j’ai gagné ensuite, j’ai crié moins fort. La scène se passe  à proximité de Callac, à Bulat chez mon ami Théophile, copain de chasse, copain d’adolescence. Et bien, il se trouve que Théo a une chienne qui s’appelle Belle qui est  très intelligente avec beaucoup de personnalité, qu’il a eu beaucoup de mal à faire obéir, on l’a canalisé ensemble. Il s’avère qu’il s’agissait d’une déesse de la chasse à la bécasse. Mon copain Théo me propose de venir faire une journée de chasse avec Polder, mon meilleur chien de France. Alors je pars, tout feu, tout flamme et la journée commence. Une bécasse, 2 bécasses arrêtées, 3 bécasses arrêtées et en fin de compte, le soir il y avait eu 6 bécasses d’arrêtées. On avait réussi à n’en prélevé qu’une. Mais le problème est que sur les 6 bécasses arrêtées, il n’y en avait qu’une arrêtée par Polder. Le soir, je criais moins fort. Il faut reconnaître que j’étais déçu de mon champion de France. Je ne comprenais pas. Pour moi, ce chien-là était supérieur à la chienne de Théo, qui était une chienne exceptionnelle, mais Polder, c’était Polder. C’était un seigneur. Je ne comprenais pas que Polder se fasse battre par Belle. Elle était fabuleuse cette chienne mais je ne voyais pas Belle faire le travail qui a fait Polder durant toute sa carrière tout en gardant la personnalité que Polder a gardé. Je ne voyais pas ça du tout.

Remise en question du champion ?

Cette histoire m’a chagriné. Mon copain qui était psychologue n’a pas enfoncé le couteau dans la plaie en se moquant de moi, il n’y a pas eu de problèmes de ce côté-là. En tout cas, ça m’a chamboulé et j’ai essayé de comprendre et à force de réfléchir, j’ai vu qu’il y avait une explication, c’est la suivante : Polder, lorsque je l’ai préparé, qu’il était adolescent, il avait 10 mois, je l’ai emmené en Beauce dans les grandes plaines et je lui ai demandé de faire des lacets croisés à droite, à gauche. Il partait à 120 mètres de chaque côté et je marchais au pas et en marchant, au bout de 2 kms sur un parcours qui faisait 25-30 mn, il y avait 20 couples de perdreaux sur le terrain parcouru. Le problème est que la végétation était relativement rase et il y avait également quelques lièvres qui faisaient des émanations indirectes. Il fallait qu’il aille très vite pour éventuellement surprendre les 2  ou 3 couples de perdreaux à l’avantage d’une têtière qui pourrait se laisser approcher par rapport à l’exécution rapide de l’évolution de mon chien sur le terrain. Mais si Polder avait ralenti sur les 17 impacts d’envol de perdreaux qui partaient très loin, inapprochables et qui étaient sur le terrain, il n’aurait pas arrêté les 3 couples en les surprenant par sa vitesse d’exécution, si Polder s’était laissé retarder à mettre le nez à terre comme il faut le faire à la bécasse pour trouver les bécasses ; moi je l’ai formé à se désintéresser des émanations indirectes au sol et c’est comme ça qu’il n’a pas ralenti et qu’il a surpris les 3 couples de perdrix par rapport à la vitesse qu’il gardait.
Tout le  travail exécuté  rapidement  est  très  nettement  plus  difficile  à  réaliser

En plaine à toute vitesse il fallait qu’il analyse les impacts d’envol et les émanations du gibier sur le terrain existant. C’est très difficile à faire puisque tout ce qui est fait d’une façon rapide est beaucoup plus difficile que lorsqu’il y a un ralentissement. En l’occurrence en ce qui concerne la chasse à la bécasse, c’est totalement le contraire. Le chien qui est habitué à chasser la bécasse ralentit, repère les biotopes dans lesquels il peut trouver les bécasses. C’a s’appelle « les places à bécasse » et la bécasse, en entendant le chien arriver, retient son émanation pendant 2-3 mn ou le plus long possible. Le chien qui a l’habitude de chasser la bécasse ralentit vers l’endroit où il y a une place à bécasse. Et si ce chien qui a l’habitude de chasser la bécasse arrive au ralenti près de ce poste-là, il remarque qu’il y a une bécasse qui était là il y a 2-3 mn. La bécasse a retourné une herbe, elle a frotté ses ailes contre une fougère ou autre, elle a laissé une odeur indirecte à peine perceptible qui est diluée dans les airs et qui se trouve stagnante à 50 cms de hauteur. Donc Belle qui était une super chienne à la bécasse sait pertinemment bien que s’il y avait une bécasse là il y a 2-3 mn, il y a 99 chances sur 100 qu’il y ait une bécasse qui se retient en apnée, donc elle arrête. Même pas dans la direction de la bécasse, elle arrête où la bécasse était. Elle reste immobile tout en sachant bien que la bécasse ne peut pas rester 10 mn en apnée. Donc la bécasse se lâchant au bout de 3-4 mn, le fait de respirer laisse dégager une émanation dans l’air ambiant et la chienne trouve le cône de l’émanation de la bécasse parce que les émanations de la bécasse se sont dégagées par sa respiration et à ce moment-là le chien se retourne progressivement. Si la bécasse reste suffisamment au sol vers l’axe de la bécasse et elle oriente son arrêt vers la bécasse au bout d’un certain temps si elle ne vole pas avant.

Polder, lui, je lui ai toujours défendu de s’intéresser aux émanations au sol, il n’allait pas arriver assez vite pour récupérer les 2-3 couples de perdreaux qui se seraient surprendre à l’avantage des têtières en plaine. Donc, automatiquement, une émanation indirecte, même en plus s’il ne connaît pas le comportement de la bécasse et bien, il fonce et ne s’en occupe pas. En fait pour la bécasse qu’il a arrêtée sur les 6, il a arrêté une bécasse en émanation directe sous un houx donc face au vent. Là, il arrêtait parfaitement bien.

De la force de la pratique en étant jeune

En résumé j’ai trouvé la raison du comportement de mon chien. Ca m’a rassuré un peu. Le problème c’est que Belle, qui est une chienne extraordinaire, j’aurais eu du mal à la faire se désintéresser des émanations au sol et lui demander d’aller suffisamment vite pour bloquer les 3 couples de perdreaux ou bien d’accepter de rester immobile à l’envol.

Je ne sais pas si elle serait arrivée. Peut-être pas, peut-être oui. Je ne pense pas. En gardant ces qualités à fleur de peau, je ne pense pas. Polder en chassant régulièrement la bécasse, je suis certain qu’il se serait amélioré sans aucun problème, mais tout ce qui est appris durant l’adolescence d’un animal, les chiens le font naturellement sans forcer. C’est un peu comme les langues étrangères qui sont apprises avec des personnes jeunes, des gamins qui ont 6-7 ans : elles sont apprises facilement même avec l’accent. S’ils apprennent à 25 ans, je pense et je suis sûr qu’ils arriveraient moins facilement. Si Mozart avait appris à jouer du piano à 25 ans même  s'il  avait  veçu  jusqu'à  100 ans, il n’aurait pas eu cette carrière-là. Donc Polder ne pourra jamais chasser à la bécasse aussi bien que s’il avait commencé sa carrière adolescent.

Le problème, c’est qu’il faut leur donner les moyens de le faire dès le plus jeune âge. Les gens qui disent « mon chien est meilleur que le champion », dans ce cas précis, l’efficacité du chien de chasse est beaucoup plus concrète qu’un champion. Un champion on lui demande de faire une démonstration à toute vitesse et c’est vrai que d’un autre côté il y a de très grandes chances que le chien de monsieur tout le monde qui croit que son chien est meilleur que le champion, si on lui faisait le dixième de ce qu’on a fait au champion il serait à 10 % de ses capacités et le champion est resté à 80 % de ses capacités avec les contrariétés qu’on lui a donné et en fait pour la sélection ce qui est important c’est non seulement les qualités qu’il transmet mais aussi  c’est une chose importante, c’est la malléabilité au dressage et ça, un chien de chasse qui n’a pas été dressé, on peut savoir qu’il va transmettre des qualités de base mais on n’est pas sûr de sa malléabilité.

il faut rester modeste

Il y a certains chiens de chasse, quand on les contrarie, ils se mettent à bouder ou quand on rate un oiseau, à la limite il arrête de chasser. Ca, ça se transmet dans la génération. C’est des choses comme ça qu’il faut éviter de faire.

Donc, d’un côté, pour la personne qui pense que son chien est meilleur que le champion et de l’autre le professionnel qui a un chien extraordinaire qui est le meilleur de France, il faut rester modeste.
Le Biotope
De l'impact du biotope sur l'efficacité du chien d'arrêt et de celle de son maître.

Le confinement initial en cages de rappel

Au début de ma carrière, mon père et moi lâchions des perdreaux en utilisant des cages de rappels pour essayer de reconditionner les oiseaux lâchés dans un environnement semi-naturel. Cela avait pour conséquence de cantonner les oiseaux, et sur ces oiseaux-là, nous pouvions travailler nos futurs chiens de compétition.

 

Les cages faisaient 2 m de long sur 1 m de large et 50 cm de hauteur. Nous laissions le couple ensemble pendant 8 jours. On les nourrissaient dans les cages. Autour de la caisse, nous mettions de la nourriture et une protection électrique avec le courant alternatif pour éviter que les nuisibles attaquent la cage. Une fois que les oiseaux étaient habitués, nous lâchions le mâle à l’extérieur de la caisse et le mâle avait pour conséquence de reconnaître les lieux. On dérangeait le mâle et on faisait du travail d’arrêt sur lui.

Le mâle faisait de courts vols de 50 ou 100 mètres autour de la cage. Mais le mâle, attiré par la femelle, revenait toujours à proximité immédiate.
Il trouvait à boire et à manger près de cette cage.

Le renouvellement de l'opération sur un autre couple d'oiseau


Au bout de 10 à 15 jours, nous lâchions alors la femelle. Le couple était bien formé à l’extérieur et on le trouvaient à proximité de la cage pour se nourrir le soir. On le dérangeait et à force de le déranger, il allait de plus en plus loin et nous mettions un autre couple dans la volière pour faire la même chose.

 

Si le couple qui était à l’extérieur allait trop loin, on  lâchait le mâle du 2e couple et on utilisait le même procédé. Il se trouve que ces couples qui étaient à l’extérieur, qui savaient, s’ils avaient faim, où se procurer à manger (à proximité de la cage), si ce couple-là résistait à l’extérieur, il avait un comportement d’oiseau sauvage.

 

Une adaptation des perdreauxau biotope

Il se trouve que j’avais implanté une cage de rappel à proximité d’une pâture qui faisait 10 hectares et ce champ était relativement ras, il faisait environ 5 cm de hauteur d’herbe. Le 1er couple qui s’était formé et vivait en vie semi-naturelle à l’extérieur et qui se rapprochait de la cage se cantonnait au milieu de ce champ de 10 ha.
Au début, nous prenions assez facilement des arrêts (en terme de cinophile on parle de points) sur les perdreaux et au bout d’une semaine ou 2, ces points-là étaient de plus en plus difficiles à prendre et les oiseaux partaient de plus en plus loin. Ils ont fini par avoir un comportement quasiment sauvage. Ils étaient inabordables dès l’instant où on rentrait dans le champ, les perdreaux partaient à 200 mètres.

J’en déduis le  comportement des oiseaux : s’ils obtiennent un certain atavisme, une certaine notoriété dans la nature, ils deviennent facilement sauvages et se comportent par rapport au biotope dans lesquels ils se trouvent.

 

Les perdreaux tchécolslovaques

La preuve à l’appui est la suivante : la même année, mon père avait acheté 20 couples de perdreaux tchécoslovaques qui avaient été pris au filet par  la  fédération (des perdreaux sauvages). Ont avaient lâché ces couples-là et deux d’entre eux s’étaient cantonnés dans un chaume avec une repousse de trèfles. Il y avait une végétation de 20-25 cm avec des touffes de trèflesplus importantes . Dans ce champ il y avait nos perdreaux qui étaient sauvages, ils se laissaient parfaitement arrêter, ils étaient beaucoup moins farouches que dans ce champ où étaient les perdreaux d’élevage.

J’en déduis que le comportement des oiseaux est en rapport au biotope dans lequel ils sont. Et ça, j’en ai la preuve depuis ce moment-là.

 

D’un autre côté, les perdreaux d’élevage qui vivent une vie semi-naturelle lorsqu’ils sont dans la végétation se laissent approcher sur les arrêts des chiens.

 

La bécasse en sous bois

Un autre exemple : la bécasse, c’est pas compliqué : vous avez beaucoup de mal à l’approcher dans les bois relativement clairs ou sous les sapinières. Sous les sapinières, les aiguilles de pin ont étouffé la végétation à cause du manque de luminosité et les oiseaux ne se laissent pas approcher. La même bécasse qui est inapprochable dans ce biotope de végétation étouffée à hauteur de sol, va se poser dans une double haie sur les côtés de laquelle il y a un rideau de ronces, de grandes herbes qu’on appelle les carex.

Cette bécasse va se faire approcher sur l’arrêt du chien à 2-3 mètres de lui, voire un mètre. Donc le comportement des oiseaux est en fonction du biotope.

La végétation Andalouse

Voilà un autre exemple frappant : j’allais préparer mes chiens en Andalousie en vue des compétitions de printemps. Au mois de janvier, quand il n’y a pas beaucoup de végétation en Andalousie, il est impossible d’approcher les oiseaux. Et ces mêmes oiseaux-là, vous les approchez  à l’arrêt à 3-4 mètres  au même endroit lorsqu’il y a de la végétation de 20-30 cm qui a poussé. Ils ont un comportement beaucoup moins farouche.

Donc au mois de février, vers le 15, quand la végétation est à 30 cms de hauteur, les couples de perdreaux qui sont inapprochables mi-janvier le sont parfaitement et négociables à l’arrêt du chien et volent à 3-4 mètres du chien.

On l'appelait "le râteau"

Dans les années 80, j’avais une chienne qui était extraordinairement méthodique à la chasse. On l’appelait « le râteau ».
Elle arrêtait parfaitement bien, c’était une chienne d’une maîtrise totale par au rapport du gibier et au blocage sur gibier. Après avoir fait son championnat, son propriétaire me téléphone en me disant qu’il ne comprenait plus rien. La chienne avait 4 ans ½, elle n’arrêtait plus.
Alors, j’ai pris des renseignements  à propos du comportement de la chienne. En fait ,il y avait des faisans dans le bois, les faisans couraient et la chienne suivait les faisans en marchant, elle ne les bloquait pas.
- Je demandais « l’année dernière, elle les bloquait  dans ce même territoire ? »
- Le propriétaire me dit « non, cette année, j’ai changé de chasse, le territoire de l’année dernière était différent ».
- Je demande « comment est ce territoire-là ? »
- « c’est un bois qui est relativement clair et la double végétation du bois est assez importante et a étouffé la végétation au niveau du sol et c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de ronces ni de fougères et quand on lâche des faisans, ils n’arrêtent pas de courir ».

Donc si ces mêmes faisans avaient été lâchés dans la chasse qu’il avait l’année dernière, la chienne les aurait arrêtés parfaitement bien, les faisans se seraient laissé bloquer dans la végétation.

C’est encore une preuve que le biotope y est pour beaucoup.

 

Conclusion, comprendre le biotope de l'animal, c'est anticiper son comportement

Il y a des chiens que je vends à des chasseurs qui chassent dans certaines chasses, et bien même s’ils n’ont pas un instinct d’arrêt extrêmement prononcé, ils s’en sortiront (par exemple, du côté de St Pol de Léon, dans les betteraves ou les choux-fleurs). Par contre, s’ils se trouvent dans un endroit où le gibier ne se laisse pas bloquer par la végétation, il aura des problèmes pour bloquer ce gibier.

 

Donc c’est intéressant quand on me demande d’acheter un chien de prendre des renseignements sur la chasse dans lequel le chien va évoluer.

 

En résumé : je pense qu’il y a des territoires dans lequel le biotope est très disposé au travail facile et il y a d’autres territoires qui sont plus difficiles pour réaliser des arrêts et le blocage du gibier. Il faudrait que chaque chasseur puisse se rendre compte de ce problème pour pouvoir mieux le maîtriser. Ils auraient alors beaucoup plus de plaisir à sortir leur chien.
Vous êtes une brute, Mr Morin !
J’ai organisé des chasses à la journée pendant une quinzaine d’années dans une clairière d’une centaine d’hectares au milieu d’un bois : la chasse à la perdrix grise
Vous êtes une brute, Mr Morin !
 
               
 
J’ai organisé des chasses à la journée pendant une quinzaine d’années dans une clairière d’une centaine d’hectares au milieu d’un bois : la chasse à la perdrix grise. Cette chasse était découpée en deux par un chemin empierré. Il y avait 3 chasseurs qui partaient d’un côté et 3 allaient de l’autre, et à midi ils permutaient. L’un des chasseurs qui avait des problèmes d’obéissance avec son chien me demandait comment il fallait faire pour que son chien revienne mieux au rappel. Alors je lui explique clairement qu’il fallait personnaliser son commandement, c’est-à-dire que quand le chien a désobéi, il faut le prendre en laisse, lui donner un petit coup sur les fesses, le faire marcher en laisse pendant 10 à 15 mètres et après, lui donner une chance de se rattraper. Alors, ce monsieur s’est énervé contre moi en disant qu’il n’avait jamais tapé son chien, qu’il ne fallait pas le faire, c’était une façon brutale contre les animaux. Voilà ce qu’il m’a dit : < vous êtes une brute, Mr Morin>. A la limite il voulait m’apprendre mon métier, il connaissait tout Je ne sais pas pourquoi il me demande comment faire pour que son chien obéisse un peu mieux
 
              Avant que les chasseurs soient partis, 3 de chaque côté, ça n’a pas loupé : le chien est parti, a désobéi, il est parti faire voler les faisans et les perdrix que j’avais placés sur le territoire. Ses copains de chasse qui avaient des chiens bien mis, qui étaient bien structurés – ils avaient pris des cours de conduite avec moi – et le chien de ce monsieur qui m’avait fait la remarque semait la pagaille et avait pour conséquence de détruire le travail qui avait été fait sur les autres chiens. Les amis de ce monsieur évitaient cet homme qui avait un chien qui allait dans tous les sens, lui, hurlant après son chien en essayant de le faire revenir sans résultat. Il avait crié tellement fort et tellement souvent après son chien qu’il en était tout rouge à tel point que le midi, lorsque nous nous sommes restaurés, il était pratiquement aphone. L’après-midi, c’était la même chose, rebelote, le chien repartit comme un fou à faire l’imbécile et cette personne en question n’arrêtait pas de crier après lui et à un moment donné il a arrêté parce qu’il ne pouvait plus parler ni crier. Ses amis sont venus me voir, me demandant de m’occuper de ce chien, parce que vraiment, ils l’évitaient. Ce chien détruisait le travail des autres propriétaires. J’ai dit qu’il n’en était pas question. Il m’avait pratiquement vexé le matin, il m’avait dit : <Vous êtes une brute, Mr Morin>. La journée de chasse s’est terminée, les chasseurs sont partis et comme ils étaient contents du biotope, du territoire, des oiseaux, de l’organisation de la chasse, ils sont revenus une quinzaine de jours plus tard. Comme cette personne qui m’avait fait la réflexion faisait partie de la bande, elle est revenue bien que les 5 collègues de chasse ne voulaient plus d’elle. La journée commence. C’était le même scénario que 15 jours plus tôt. Le chien s’est mis à faire le ménage comme on dit dans le jargon de cynophilie, il a dégagé tout le gibier du territoire et les collègues n’arrêtaient pas de rouscailler après lui et lui n’arrêtait pas de crier après son chien sans résultat. Finalement, ses 5 copains l’ont évité pour ne pas gâcher leurs chiens qui étaient bien disciplinés, bien suivis avec des bons conseils du professionnel. A midi, cette fameuse personne était aphone à force de crier, tout rouge, ses copains l’évitaient. Deux, trois fois pendant le repas, j’ai dévié la conversation, je ne voulais pas parler avec lui : il m’avait vexé 15 jours auparavant. Finalement, il me parle, me demande : <Mr Morin, vous ne pourriez pas prendre mon chien pour voir un peu ?> <certainement pas, je n’ai pas le temps>. Voilà ce que je lui ai répondu. Ils sont repartis à la chasse l’après-midi. Ca a été le fiasco. Le chien est parti dans tous les sens, le gars ne pouvait plus parler. Et à un moment dans l’après-midi, vers 16 heures, à la réunion de chasse, tout le monde est venu prendre une bière ou un jus de fruit pour se désaltérer parce qu’il faisait relativement chaud. Moi, je sortais les chiens un par un et toutes les heures je changeais de chiens. C’est la raison pour laquelle je pouvais suivre les évènements parfaitement. Alors, cette personne qui était rouge et aphone a rejoint ses copains qui lui faisaient la tête évidemment. Il buvait tranquillement, et j’ai vu le coup arriver, c’était gros comme une maison : le chien arrive tout penaud au rendez-vous tranquillement, tout doucement, les oreilles baissées, la queue entre les jambes, et cet imbécile-là qui m’avait traité de brute 15 jours plus tôt . J’étais à 80/100 m du scénario, je voyais qu’il allait piquer une crise contre son chien. Il s’est mis à hurler, à frapper à coup de pied, à coup de crosse de fusil contre son chien. Il a piqué une crise de nerfs contre ce chien-là. Je suis arrivé, j’ai fait un casse-croûte, je l’ai traité de tous les noms, j’ai dit que c’était inadmissible, il ne devrait pas avoir e chiens. Il me traite de brute 15 jours auparavant alors que je lui explique comment on dresse un chien. Là, ce n’est même pas pour dresser son chien qu’il le frappe et au risque de faire mal (les coups de pied dans le ventre), c’est pour calmer son énervement, c’est un crime. Ca devrait être interdit d’avoir des chiens. En plus, ces gens-là se permettent le luxe de critiquer le travail des professionnels. Quand ils donnent un petit coup, c’est mérité, c’est dans le bon sens sans s’énerver. Après cette engueulade que je lui avais infligé, je voyais ses 5 copains qui rigolaient, contents que je l’envoie sur les roses et la grande gueule était tout penaud, tout honteux, tout triste, il boudait presque dans son coin parce que je l’avais engueulé. S’il avait continué à taper le chien, c’est moi qui tapais sur lui. C’est une des rares fois ou j’étais vraiment fâché. Et bien, finalement, il restait 1 h ½ de chasse à faire, il était dans son coin, tout triste et ses 5 collègues sont partis gaiement. Le soir,   les copains de chasse sont arrivés, ils ont eu la paix pendant 1 h ½.
 
                 Le soir, le monsieur, l’ancienne grande gueule vient me voir en me demandant si j’avais de la place pour prendre son chien, que c’était moi qui avais raison, que je n’étais pas une brute, c’était lui qui était une brute. C’est au moins un gars qui a reconnu ses torts. Alors je lui ai dit qu’à ce moment-là, que peut-être que j’aurais le temps de m’occuper de son chien mais qu’il devra attendre 2 mois.
 
                 Il m’a donné son chien en dressage 2 mois plus tard. C’est vrai qu’il a écouté les conseils que je lui ai donné et il a remis les pieds sur terre.
 
                 En résumé, les gens qui ont tendance à crier, à s’énerver et à ne pas personnaliser leur commandement ont tendance à créer un conflit entre le chien et eux. Ce conflit reste et le chien a tendance à avoir des comportements qui ne sont pas francs, devient un peu vicieux et c’est une bagarre perpétuelle pendant toute la vie du chien. Le chien n’est pas spécialement plus heureux, il est même plus malheureux, les gens ont tendance à éviter de sortir leur chien, ils sont en conflit avec lui. Le dressage est fait d’une façon bien nette et avec des étapes précises à gravir et avec un travail progressif.
 
                  Si le conducteur écoute les conseils du professionnel, il y arrivera et si il y arrive par la suite, il aura du plaisir à sortir son chien, parce qu’il le sortira sans retenue et beaucoup plus souvent. Dans le ces précis où la personne est censée personnaliser le commandement, il a tendance à rendre son chien beaucoup plus heureux, les rapports sont beaucoup plus nets entre le conducteur et le chien.
 

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