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Billets et articles par Patrick MORIN

TINTIN et son lacet à l'envers !
L'illustre Tintin de Keranlouan et son mystérieux lacet à l'envers ...

Tintin de Keranlouan - Almedina - 7-oct-76 (CH T, IT, B, IB, GT, Monde) Tintin de Keranlouan à Callac de retour d'Espagne 1976

Un peu de technique pour commencer ...

Tout d’abord, qu’est ce qu’un lacet à l’envers ? 

Le lacet croisé : il est d’une importance fondamentale lorsqu’on fait des compétitions en plaine. A la chasse, c’est vrai que quand il y a des talus ou des bois, c’est une chose qu’il n’est pas toujours possible de faire. Alors le lacet croisé, c’est le chien qui part à 80 ou 100 m à droite et à gauche et qui reste toujours en contact avec la direction du vent. Il faut que son nez reste toujours orienté vers la direction du vent parce que dans l’effet contraire, lorsque le chien fait un lacet à l’envers, c’est-à-dire à droite ou à gauche en bout de course parce qu’il doit tourner, s’il ne tourne  pas dans le sens du vent mais dans le sens contraire, il perd le contact des émanations qui sont devant lui et par l’odeur de son corps qui est automatiquement déplacée par le vent puisque son corps est avant ses facultés olfactives.

Alors en fait on pense que ce n’est pas grave, on s’imagine que pendant un court instant il n’est pas en contact avec le vent avec tout ce qui se passe devant. A proximité c’est une largeur qui n’est pas très importante mais à 30/40 m ça fait un triangle d’ouverture qui peut faire 30 ou 40 m de largeur sur le côté face au vent. Je dirais  le côté parallèle au vent.

Les concours en plaine

 

Dès que j’ai eu la chance de suivre mon père en compétition de field trial de printemps, j’allais systématiquement avec lui et avec plaisir.

 Tintin de Keranlouan en Espagne 7-oct-76 Violette (& Tintin) de Keranlouan à Deauville (CH T, GT, IT) 

L’histoire se passe en Beauce et je suivais mon père avec un chien : en laisse une présentation de Tintin de Kéranlouan. J’avais le droit de marcher derrière les juges à condition que je serve à quelque chose. En l’occurrence ce jour-là je devais donner le chien suivant pour le parcours suivant. Il y avait mon père qui faisait courir Tintin et il y avait 2 juges derrière qui regardaient le parcours de Tintin. Il faisait un parcours formidable, comme d’habitude.

C’est dans une très grande plaine de blé que le parcours avait commencé depuis 3-4 mn (c’est un champ qui a un faux plat en montant). Au bout de ce champ-là il y avait un petit chemin de terre. Derrière ce chemin il y avait une très grande parcelle qui était plus plate. Tintin part, fait des lacets à gauche, à droite dans le bon sens du vent et c’était très agréable à regarder.

Un moment donné, il y a Tintin qui arrive à la hauteur de ce chemin-là, il ralentit un petit peu, son corps ondule de profil. De plus loin j’avais remarqué que Tintin avait un peu hésité, et il est parti à droite, il est revenu à gauche, et à un moment donné, je vois à 15 m de l’endroit où il était passé, au dessus du vent 2 petites têtes (2 perdreaux) qui se soulèvent. Pensant que le danger était passé, Tintin était parti à 100 m sur la droite et puis les perdreaux se raplatissent, ils repèrent les juges qui marchaient à 100 m derrière. Tintin courait depuis 10 mn, il n’avait pas fait un seul mauvais lacet, il revient , il retourne en arrière, il fait un lacet en dedans. Il fait une ligne parallèle de 20 m sous la ligne de parcours qu’il venait de faire et dans l’axe où il était passé précédemment à 15 m des oiseaux, il passe à 35 m : arrêt. Mon père sprinte. A peine arrivé à proximité de Tintin les perdreaux partent. Il tire. Un point super. Voilà l’explication du lacet à l’envers de Tintin : intelligemment, il est revenu en arrière pour contrôler car il avait un doute et c’est pour ça qu’il a fait un lacet parallèle en dedans en dessous du lacet qu’il a fait avant et en revenant dans l’axe il n’a pas loupé les perdreaux. Ca a été une réaction d’intelligence et de finesse de nez extraordinaire de la part de Tintin pour réaliser ce point phénoménal.

Tintin de Keranlouan au Rapport en Sologne Tintin de Keranlouan a Reims

Le problème est que les juges l’ont déclassé, ils ont retiré 1 ou 2 points à Tintin parce qu’il a fait un lacet en dedans. Les juges ne sont pas des professionnels, ce sont des gens qui ont un autre métier, qui ne peuvent pas assimiler, comprendre les choses que peuvent vivre les dresseurs professionnels. Ce jour-là, Tintin a fait le prix d’excellence, n’a pas fait de CAC par rapport à son lacet en dedans. Moi, je vous garantis que si j’avais été juge, j’aurais donné un grand CAC sans problème avec le parcours phénoménal qu’il avait fait, surtout en plus en finale avec un point d’intelligence et de finesse de nez. A l’époque je n’avais pas bien compris, c’est mon père qui m’a expliqué ensuite.

Les explications du comportement de Tintin : lorsqu’il est arrivé à la limite de végétation au bout du chemin, il a ralenti parce qu’il a capté un type d’émanation et c’était peut être une émanation diluée, il restait peut-être 1% de l’émanation du gibier, les oiseaux avaient retenu leur respiration donc coupé les odeurs depuis 2 mn, il restait l’ancienne odeur diluée. Dans l’air, ça se dilue rapidement. C’est une infime particule d’odeur mélangée à l’extrême par le vent mais c’est une odeur bien définie qu’il ait arrivé à capter, c’est une odeur qui n’est pas la même que celle d’un perdreau qui décolle ou d’un gibier qui marche. C’était l’odeur des oiseaux qui restent immobiles et qui s’accroupissent. Je prétends que Tintin a eu un doute, c’était extrêmement mélangé par l’air, que les oiseaux se soient tapis au sol, cachés à proximité, mais à peine, à peine perceptibles et c’est pour ça qu’il a ralenti. Dans le doute, il est revenu en arrière pour prendre une marge de sécurité tout en sachant que le gibier ne peut pas rester indéfiniment en apnée, accroupi et recroquevillé sur lui-même. Il a bien joué le jeu parce que pendant qu’il a fait son grand lacet, les perdreaux ont bougé , ils ont  respirés et  se sont raplati. S’ils avaient volé, Tintin aurait été éliminé parce qu’il était passé à 15 m de l’oiseau, il aurait dû prendre l’arrêt. Il ne l’a pas fait et il a eu cette chance que les oiseaux se soient raplatis. Cette action de se lever et de s’aplatir a dégagé l’émanation. Quand Tintin est revenu dans l’axe à 35 m au lieu de 15 une minute auparavant, il l’arrête. Voilà l’explication.

Cela  est  plus  difficile à faire  en plaine  qu’au bois parce que  l’odeur  est  balayée  bien  plus  vite et est  beaucoup  moins  perceptive

Patrick Morin - www.keranlouan.com

 
Le Maître, mon père
Le maître incontestable et incontesté de tous les éleveurs-dresseurs d’épagneuls bretons qui est pris en exemple par les plus sérieux. L’homme qui a laissé ses traces dans tous les meilleurs chiens qui gagnent actuellement les concours nationaux et internationaux en travail : Guy MORIN. Eleveur-dresseur d’épagneuls bretons à Callac de Bretagne, fondateur de l’élevage de Keranlouan, né à Brest en 1926

LE MAITRE

Le maître incontestable et incontesté de tous les éleveurs-dresseurs d’épagneuls bretons qui est pris en exemple par les plus sérieux. L’homme qui a laissé ses traces dans tous les meilleurs chiens qui gagnent actuellement les concours nationaux et internationaux en travail : Guy MORIN.
 

Guy Morin, naissance d'une passion 

Guy MORIN & M Beaudot PremChenilMorin.jpg
Eleveur-dresseur d’épagneuls bretons à Callac de Bretagne, fondateur de l’élevage de Keranlouan, né à Brest en 1926. Il fit de brillantes études et eut ses Bacs à 16 ans. Il est devenu par la suite inspecteur d’enregistrement. Il à été en poste à st Jean de Daye il a connu ma mère qui est née à Oloron Ste Marie dans les Basses-Pyrénées : fille de Pilar ArBues née en Espagne et de Irénée Tallefourtanée en Bearn qui était chef de chantier et qui a emmené sa fille, ma mère, comme secrétaire lors de la reconstruction .en Normandie dans les années 1950 C’est comme ça que mon père a connu ma mère.

Donc, mon père breton et ma mère d’origine espagnole, on pourrait donc penser éventuellement à une orientation vraiment destinée. Il prit goût à la chasse dans les marais de Carentan avec des épagneuls bretons et sa première chienne illustre qui a été la source de toute sa production de l’élevage de Keranlouan fut Glazick, dite Gwen ru de Keranlouan.
Gwen-du de Keranlouan, dite Glazic, en 1961 (CH T, T)

Baudot et Covolo, histoires d'hommes & de valeurs

Après la reconstruction des lotissements faits en Normandie, mon père fut muté à Callac en remplacement de Mr Baudot élevage de l’Argoat. Il a beaucoup suivi Mr Baudot sur les terrains pour chasser la bécasse, il lui a fait connaitre les fields trial de printemps. Il a participé à 3 concours avec Glazick de Keranlouan et heureusement, ou malheureusement, je ne sais pas, vous l’interprétez comme vous voulez, Glazick a gagné à chaque fois le CAC. Du coup, Dominique Covolo, très grand dresseur italien très réputé, qui a fait sa carrière en France et qui était le meilleur dresseur à l’époque, a porté un intérêt important à cette chienne qui avait gagné 3 jours de rang. Il a proposé à mon père de présenter sa chienne pour finir les concours. Il y avait 8 ou 9 concours à faire par la suite. Il fallait que mon père rentre pour travailler en tant qu inspecteur d’enregistrement.

Omar, Pared et Obscur de Keranlouan - 1969 Remise_prix_Gpouchain.jpg
La saison passa et mon père récupéra Glazick à la fin des concours. Dominique Covolo obtint 5 ou 6 CAC sur 9 présentations. Mon père, en récupérant la chienne lui dit : « mais, comment ça se fait qu’elle n’a pas gagné à chaque fois ? » Dominique Covolo lui répondit d’une façon sévère (dans son habitude, il avait un parler assez sec). Il lui a demandé tout simplement s’il ne se fichait pas de lui. Voici les premiers rapports qu’il y eut entre Guy Morin et Dominique Covolo, des rapports qui étaient assez secs et qui ont continué à l’être durant toute la cohabitation et toutes les années qui ont suivi. L’amitié qui a été par la suite s’est terminée tout simplement par la disparition de l’un d’eux, Dominique Covolo.

Il y avait une relation entre ces deux hommes, ils se respectaient, s’admiraient, se jalousaient un peu quand même et ça apportait une certaine emulation entre le combat de l’un contre l’autre pour gagner et c’était la vraie bagarre entre Guy Morin et Dominique Covolo cependant ils avaient des relations amicales il était le parrain de ma sœur Dominique ils se partageaient toutes les meilleurs récompenses pendant ces concours de printemps. A un moment donné, l’élève dépassa le maître. Il faut reconnaître que Guy Morin est devenu le maître incontestable de tous les dresseurs d’épagneuls bretons de l’époque.

Ça y est, le virus était pris et mon père travaillait toute l’année pour essayer de regrouper ses congés, pour participer au maximum de concours de printemps et à un moment donné, au bout de 3 ans il prenait tous ses congés et faisait tous les concours de printemps, les CAC pleuvaient, les CACIT également avec ses premiers champions : Junior, Omar, Hop, Obscur.

Naissance d'une souche nouvelle pour l'épagneul breton

A un moment donné, mon père qui avait une vivacité d’esprit, une facilité d’élocution extraordinaire arrivait toujours à remarquer les petits points qui pouvaient améliorer le breton. Il arrivait toujours à trouver quelque chose en plus, à faire sur ces bretons-là, comparé aux autres chiens. A un certain moment il décida, parrainé par un homme qu’il admirait beaucoup et qui était président de la centrale canine et président de l’épagneul breton pendant plusieurs décennies, Mr Gaston Pouchain. Il a demandé à Mr Pouchain d’essayer de faire de la retrempe avec un peu de sang de setter parce qu’il avait remarqué qu’il manquait quelque chose à ces petits bretons, très intelligents, très dynamiques, très costauds, très courageux, qui avaient toutes les qualités d’arrêt et de retriever. Mais il y avait une petite chose qui leur manquait. C’était peut-être par rapport à leurs cousins les setters anglais, il manquait un peu de puissance de nez et ne patronnait pas. Il s’est dit que s’il apportait un peu de puissance à ces épagneuls bretons il aurait fait de ces chiens des chiens extraordinaires, le top des chiens d’arrêt.

PoulTro de Keranlouan - 1971 - CH T, IT, IB, B Lassa de Keranlouan CHT de P 1978 (CH T, B)

Il est vrai que surtout lors des fields de printemps, les bretons étaient confrontés à leurs rivaux de races continentales, des chiens deux fois plus grand qu'eux, les braques allemands. C'était la bagarre entre les deux races. Avant mon père, les braques dominaient avec leur physique. Il a très nettement rétabli la situation à la plus grande joie du club de l'épagneul breton qui lui a rendu hommage lors de la Nationale d'élevage qui s'est alors déroulée en Normandie.

Tintin de Keranlouan

Il a su le faire avec doigté et maintenant je pense que tous les éleveurs actuels ne peuvent que tirer un coup de chapeau à mon père. Et le premier chien qui fut issu de ces croisements-là fut le premier champion d’Europe en 1976, le roi des épagneuls bretons : Tintin de Keranlouan.

Tintin de Keranlouan - Almedina - 7-oct-76 (CH T, IT, B, IB, GT, Monde)

Tintin était une merveille tant sur le plan de la chasse, du style, du standard parce que il était champion de France de beauté également, champion international de travail évidemment mais en plus il avait une étincelle, un brio, une complicité et une chose à laquelle on ne pense pas, dont les gens ne parlent pratiquement pas, c’est une chose que j’ai essayé et réussi à conserver je pense, qui est primordiale pour moi et qui fait souvent passer les Keranlouan avant les autres, c’est le cœur à l’ouvrage et la maniabilité au dressage. 

Tintin qui avait toutes les qualités plus une apportée par la retrempe de setter qui était dans son sang fut un des premiers, ou le premier des épagneuls bretons reconnu qui avait le patron naturel. Parce que l’épagneul breton au démarrage est un chien très fier, orgueilleux et un peu jaloux et avait horreur qu’on lui vole l’aboutissement de son travail. Donc dès l’instant où il était à l’arrêt et qu’un autre chien arrivait à sa hauteur, c’était plus fort que lui, il fallait qu’il avance. Chacun des 2 chiens bougeaient et mettaient en vol le gibier alors qu’ils chassaient en couple. C’était très difficile de chasser en couple avec des épagneuls bretons du début du siècle. Et Tintin a été le 1er chien épagneul breton, le prototype, qui avait dans ses gênes un patron naturel.

Les machines à gagner 

Tintin de Keranlouan mit en route dans ses produits des machines à gagner : Lulu, Lassa, Violette et bien d’autres. Ensuite ce fut une avalanche de champions de travail qui tomba chez les Keranlouan.  

Mon père décida de s’installer définitivement à Callac parce qu’il y eut un ultimatum dans sa vie professionnelle. Il fut, au bout de 19 ans de carrière nommé à Noisy le Sec en région parisienne. Il a passé 3 mois là-bas, est tombé en déprime sans ses Keranlouan et a décidé d’arrêter son métier au bout d’une vingtaine d’années d’activité et il est devenu professionnel éleveur-dresseur de chiens d’arrêt, spécialisé dans les épagneuls bretons avec l’élevage de Keranlouan. Ce fut le 1er professionnel dans la région Ouest qui vécut exclusivement de l’élevage et du dressage d’épagneuls bretons. 

Ma vocation pour les chiens

Depuis ma plus tendre enfance, je fus baigné dans cette ambiance magique que m’offrait ce contact des petits bretons avec l’exemple d’une personne qui était admirée de tous, je n’ai pu que craquer. Et très vite, je n’ai eu plus qu’une idée en tête, faire le même métier que mon père et devenir éleveur-dresseur d’épagneuls bretons. Lorsque j’étais à l’école primaire en période d’ouverture de la chasse l’après midi je n’attendais qu’une chose le son de la cloche de l’école qui signifiait l’heure de la fin des cours

J’avais une peur folle que mon père après son boulot à 16h 30 ne m’attende pas pour m’emmener avec lui à la chasse ,alors au son de la cloche tout allait très vite et je parcourait la distance qui séparait l’école de mon domicile en un temps record. Généralement mon père m’attendait assis dans sa deux chevaux camionnette, les chiens dans les caisses près à partir. Trois secondes après nous étions partis. Mon père chantait s’était le bonheur.

De ma vie entière je n’ai jamais retrouvé une telle émotion cynophile et je cours toujours après l’impossible (retrouver les conditions de travail des keranlouan en action de chasse faisant plaisir au chien et au maître à la fois de façon si intense sur gibier naturel).

Dès que j’en ai eu la possibilité, j’allais à l’entrainement avec mon père et très vite mon père m’a donné l’occasion de présenter des chiens qu’il avait parfaitement dressés en l’occurrence. Le 1er chien que j’ai présenté, c’était Tintin dans les années 1974. Il m’a donné Tintin à présenter dans un concours à Artenay et Tintin a fait 3 points. D’une façon, Tintin était un chien fabuleux qui aurait été présenté par n’importe qui, c’était pareil ; il était d’une gentillesse, d’une intelligence et s’adaptait dans toutes les circonstances. Je n’avais aucun mérite mais ça faisait tellement plaisir à mon père que je fasse mes premiers résultats avec Tintin. J’ai fait le CAC avec Tintin évidemment et le lendemain j’ai présenté Rac du moulin de Callac avec lequel j’ai fait un CAC aussi. C’était des chiens qui avaient été dressés à la perfection par mon père.

Mes premiers chiens 

Erian (& Ebert) de Keranlouan - 1996 (CH T, IT) Dressage_mai98.jpg

Le 1er chien sur lequel j’ai fait mes 1ers crocs fut Iman de Keralouan. J’ai eu un mal fou, c’est un chien de forte personnalité. J’ai mis 2-3 ans à le dresser parce qu’à cette époque-là on n’avait pas de collier électrique. Sur les lièvres, c’était une sacrée paire de manches. Je le perdais pendant des heures. Après, il y eut Indien de Keranlouan et j’ai enchainé avec Patronne ,Uman, Ulan, Vandick, Erine, Ebert. Je suis arrivé à épauler mon père dans les concours. C’est vrai que dans ces années-là, entre 1960 et 2000, ça a été une avalanche de champions de travail produite par l’élevage de Keranlouan. 

Des champion de travail de Keranlouan, il y en a aujourd’hui entre 120 et 130 si on compte les champions de travail en France et en Italie (environ 50) fait par notre meilleur client et ami, Claudio Lanzi et son frère Franco. Les plus illustres de ses chiens ont été Ulan de Keranlouan qui a dominé l’Italie pendant de nombreuses années et Irian de Keralouan. Tous deux ont obtenu la 1ere place à l’échelle de valeur en France dans les années 89 avec Ulan et 96 avec Irian.

Champions aux points ou à la Coupe ?

Erine_92.jpg

Mon père me disait toujours que les récompenses obtenues sur toute une saison étaient toujours beaucoup plus difficiles que les récompenses obtenues sur 2 jours à l’occasion d’une manifestation en coupe de France ou championnat d’Europe ou du monde. Ça a toujours été des disciplines qui étaient un peu manipulées. C’est facile d’influencer le jury ou mettre des chiens dans différentes conditions de travail sur le terrain parce que comme je vous l’ai dit sur mes différents blogs, les chiens ne sont pas à la même égalité le même jour selon les conditions atmosphériques. S’il pleut le matin et qu’il fait beau l’après-midi, si le chien court sur un billard ou sur des différences de dénivellation ou face à un bois. Cela, les professionnels le remarquent de suite, les spectateurs derrière qui sont amateurs de chiens le remarquent moins, les juges reconnaissent cette différence-là évidemment. C’est la raison pour laquelle il est facile de favoriser un chien dans une discipline sur un jour ou deux. C’est ce qui se passe malheureusement dans ces disciplines-là le jour des coupes de France et d’Europe. Par contre mon père disait toujours que les résultats sur la saison étaient beaucoup plus significatifs d’un bon chien. 

Disons que le meilleur chien de France était champion par points et non pas le vainqueur de la coupe de France.

Justice et honnêteté

Le problème dans cette histoire-là est que la coupe de France et le championnat d’Europe et du monde sont beaucoup plus médiatisés que le championnat par points, donc l’échelle des valeurs. Mon père n’a jamais compris cela, ni moi non plus. Mon père avait horreur des injustices et le faisait savoir. Il n’y allait pas par 4 chemins pour dire les 4 vérités à un juge qui se trompait. Ca encore il acceptait à moitié mais quand un juge essayait de faire des injustices sciemment, je vous garantie qu’il ramassait un savon. Qu’il y ait 2 personnes autour de lui ou 100, c’était pareil, il s’en fichait. C’était une personne qui était très crainte par les juges. Il fallait qu’ils fassent attention.

FaustGenets.jpg Ebert_K.jpg 

C’est lui, Guy Morin, qui a dénoncé le comportement de certains juges à la centrale canine. Il a envoyé un courrier assez corsé pour dénoncer des juges incompétents et malhonnêtes. 

Il a été mis à l’écart. Les 2-3 années qui ont suivi l’envoi de ce courrier, la plupart des juges se sont mis contre lui. 

Le problème dans cette histoire-là, la prestation de ses chiens sur le terrain ne pouvait pas l’empêcher de gagner. C’est vrai qu’il gagnait moins souvent, il était souvent 2e, il avait la réserve de CAC alors qu’il méritait le CAC mais la qualité de ses chiens et le parcours qui était fait sur le terrain ne pouvait pas faire mentir les résultats de la saison parce qu’à chaque fois il était en tête en championnat de France par points ces années-là. 

Très vite, en fin de saison qui a suivi ce courrier, les juges qui l’avaient mis en 2e place ou en réserve de CAC en première partie de saison . Je pense qu’il y a eu des remontrances contre lui, qu’il fallait être sévère . Même étant sévère contre lui, c’était impossible de le mal juger. Certains jours il était vraiment imbattable et ces jours-là étaient assez nombreux.

Une histoire de famille

Mon père prenait son travail à cœur, il était passionné et se donnait corps et âme au travail qu’il effectuait. Ca lui a valu plusieurs fois certaines déprimes. 

Les concours lui tenaient tellement à cœur, c’était tellement prenant pour lui, qu’il avait de plus en plus de mal à s’en remettre à la fin des concours, quand il rentrait chez lui à la maison. Il y avait le contrecoup de la tension qui avait été effectuée pendant 2-3 mois, le contrecoup était dur à vivre pendant 1mois ½ après les concours. Pendant ce temps mon père avait un passage à vide terrible. 

Mon père et moi avons une chance inouïe d’avoir une personne à nos côtés, qui nous a toujours aidés avec un courage et une générosité sans limite. C’est vrai qu’on pouvait compter en permanence sur elle et qui s’occupait de tout le fonctionnement du chenil. Elle était la cheville ouvrière de l’établissement, de l’élevage de Keranlouan. C’est elle qui nous a permis de partir mon père et moi nous battre avec les Keranlouan et comme disait certains « casser la baraque ». C’est elle qui nous a permis de faire monter cet élevage qui est devenu le plus puissant élevage d’épagneuls bretons, qui a produit le plus grand nombre de champions de travail. ( accueillir les clients, répondre au téléphone, s’occuper de la gestion-comptabilité de façon à ce que, lorsque nous rentrions mon père et moi, nous n’avions plus qu’à mettre nos 2 pieds dans nos chaussons). Nous partions tous les 2 pendant de nombreuses semaines et quand nous rentrions tout était impeccable. L’élevage de Keranlouan pouvait redémarrer au quart de tour sans faire un travail de préparation puisque tout était prêt, tout était fonctionnel, tout était nickel à notre retour. 

Je n’ai qu’une seule chose à  dire : MERCI MAMAN.

 Patrick et Guy avec Uman.jpg

Aujourd’hui, les Keranlouan veulent prouver qu’ils ne sont pas seulement bons mais également beaux, aidé par mon ami qui était le bras droit de Claudio Lanzi, spécialiste d’exposition qui a classé une dizaine de Keranlouan champions de beauté. Il s’agit de mon correspondant italien Oliviero Merli.

 

Merci à Guy et Yvonne Morin. Je vous embrasse très fort pour tout ce que vous avez fait pour les Keranlouan; sans oublier mon petit frère Yann qui à construit mon site www.keranlouan.com.

Patrick Morin

pmorin@wanadoo.fr

site : www.keranlouan.com

 

 

Le Biotope
De l'impact du biotope sur l'efficacité du chien d'arrêt et de celle de son maître.

Le confinement initial en cages de rappel

Au début de ma carrière, mon père et moi lâchions des perdreaux en utilisant des cages de rappels pour essayer de reconditionner les oiseaux lâchés dans un environnement semi-naturel. Cela avait pour conséquence de cantonner les oiseaux, et sur ces oiseaux-là, nous pouvions travailler nos futurs chiens de compétition.

Les cages faisaient 2 m de long sur 1 m de large et 50 cm de hauteur. Nous laissions le couple ensemble pendant 8 jours. On les nourrissaient dans les cages. Autour de la caisse, nous mettions de la nourriture et une protection électrique avec le courant alternatif pour éviter que les nuisibles attaquent la cage. Une fois que les oiseaux étaient habitués, nous lâchions le mâle à l’extérieur de la caisse et le mâle avait pour conséquence de reconnaître les lieux. On dérangeait le mâle et on faisait du travail d’arrêt sur lui.

Le mâle faisait de courts vols de 50 ou 100 mètres autour de la cage. Mais le mâle, attiré par la femelle, revenait toujours à proximité immédiate.
Il trouvait à boire et à manger près de cette cage.

Le renouvellement de l'opération sur un autre couple d'oiseau


Au bout de 10 à 15 jours, nous lâchions alors la femelle. Le couple était bien formé à l’extérieur et on le trouvaient à proximité de la cage pour se nourrir le soir. On le dérangeait et à force de le déranger, il allait de plus en plus loin et nous mettions un autre couple dans la volière pour faire la même chose.

Si le couple qui était à l’extérieur allait trop loin, on  lâchait le mâle du 2e couple et on utilisait le même procédé. Il se trouve que ces couples qui étaient à l’extérieur, qui savaient, s’ils avaient faim, où se procurer à manger (à proximité de la cage), si ce couple-là résistait à l’extérieur, il avait un comportement d’oiseau sauvage.

Une adaptation des perdreauxau biotope

Il se trouve que j’avais implanté une cage de rappel à proximité d’une pâture qui faisait 10 hectares et ce champ était relativement ras, il faisait environ 5 cm de hauteur d’herbe. Le 1er couple qui s’était formé et vivait en vie semi-naturelle à l’extérieur et qui se rapprochait de la cage se cantonnait au milieu de ce champ de 10 ha.
Au début, nous prenions assez facilement des arrêts (en terme de cinophile on parle de points) sur les perdreaux et au bout d’une semaine ou 2, ces points-là étaient de plus en plus difficiles à prendre et les oiseaux partaient de plus en plus loin. Ils ont fini par avoir un comportement quasiment sauvage. Ils étaient inabordables dès l’instant où on rentrait dans le champ, les perdreaux partaient à 200 mètres.

J’en déduis le  comportement des oiseaux : s’ils obtiennent un certain atavisme, une certaine notoriété dans la nature, ils deviennent facilement sauvages et se comportent par rapport au biotope dans lesquels ils se trouvent.

Les perdreaux tchécolslovaques

La preuve à l’appui est la suivante : la même année, mon père avait acheté 20 couples de perdreaux tchécoslovaques qui avaient été pris au filet par  la  fédération (des perdreaux sauvages). Ont avaient lâché ces couples-là et deux d’entre eux s’étaient cantonnés dans un chaume avec une repousse de trèfles. Il y avait une végétation de 20-25 cm avec des touffes de trèflesplus importantes . Dans ce champ il y avait nos perdreaux qui étaient sauvages, ils se laissaient parfaitement arrêter, ils étaient beaucoup moins farouches que dans ce champ où étaient les perdreaux d’élevage.

J’en déduis que le comportement des oiseaux est en rapport au biotope dans lequel ils sont. Et ça, j’en ai la preuve depuis ce moment-là.

D’un autre côté, les perdreaux d’élevage qui vivent une vie semi-naturelle lorsqu’ils sont dans la végétation se laissent approcher sur les arrêts des chiens.

La bécasse en sous bois

Un autre exemple : la bécasse, c’est pas compliqué : vous avez beaucoup de mal à l’approcher dans les bois relativement clairs ou sous les sapinières. Sous les sapinières, les aiguilles de pin ont étouffé la végétation à cause du manque de luminosité et les oiseaux ne se laissent pas approcher. La même bécasse qui est inapprochable dans ce biotope de végétation étouffée à hauteur de sol, va se poser dans une double haie sur les côtés de laquelle il y a un rideau de ronces, de grandes herbes qu’on appelle les carex.

Cette bécasse va se faire approcher sur l’arrêt du chien à 2-3 mètres de lui, voire un mètre. Donc le comportement des oiseaux est en fonction du biotope.

La végétation Andalouse

Voilà un autre exemple frappant : j’allais préparer mes chiens en Andalousie en vue des compétitions de printemps. Au mois de janvier, quand il n’y a pas beaucoup de végétation en Andalousie, il est impossible d’approcher les oiseaux. Et ces mêmes oiseaux-là, vous les approchez  à l’arrêt à 3-4 mètres  au même endroit lorsqu’il y a de la végétation de 20-30 cm qui a poussé. Ils ont un comportement beaucoup moins farouche.

Donc au mois de février, vers le 15, quand la végétation est à 30 cms de hauteur, les couples de perdreaux qui sont inapprochables mi-janvier le sont parfaitement et négociables à l’arrêt du chien et volent à 3-4 mètres du chien.

On l'appelait "le râteau"

Dans les années 80, j’avais une chienne qui était extraordinairement méthodique à la chasse. On l’appelait « le râteau ».
Elle arrêtait parfaitement bien, c’était une chienne d’une maîtrise totale par au rapport du gibier et au blocage sur gibier. Après avoir fait son championnat, son propriétaire me téléphone en me disant qu’il ne comprenait plus rien. La chienne avait 4 ans ½, elle n’arrêtait plus.
Alors, j’ai pris des renseignements  à propos du comportement de la chienne. En fait ,il y avait des faisans dans le bois, les faisans couraient et la chienne suivait les faisans en marchant, elle ne les bloquait pas.
- Je demandais « l’année dernière, elle les bloquait  dans ce même territoire ? »
- Le propriétaire me dit « non, cette année, j’ai changé de chasse, le territoire de l’année dernière était différent ».
- Je demande « comment est ce territoire-là ? »
- « c’est un bois qui est relativement clair et la double végétation du bois est assez importante et a étouffé la végétation au niveau du sol et c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de ronces ni de fougères et quand on lâche des faisans, ils n’arrêtent pas de courir ».

Donc si ces mêmes faisans avaient été lâchés dans la chasse qu’il avait l’année dernière, la chienne les aurait arrêtés parfaitement bien, les faisans se seraient laissé bloquer dans la végétation.

C’est encore une preuve que le biotope y est pour beaucoup.

Conclusion, comprendre le biotope de l'animal, c'est anticiper son comportement

Il y a des chiens que je vends à des chasseurs qui chassent dans certaines chasses, et bien même s’ils n’ont pas un instinct d’arrêt extrêmement prononcé, ils s’en sortiront (par exemple, du côté de St Pol de Léon, dans les betteraves ou les choux-fleurs). Par contre, s’ils se trouvent dans un endroit où le gibier ne se laisse pas bloquer par la végétation, il aura des problèmes pour bloquer ce gibier.

Donc c’est intéressant quand on me demande d’acheter un chien de prendre des renseignements sur la chasse dans lequel le chien va évoluer.

En résumé : je pense qu’il y a des territoires dans lequel le biotope est très disposé au travail facile et il y a d’autres territoires qui sont plus difficiles pour réaliser des arrêts et le blocage du gibier. Il faudrait que chaque chasseur puisse se rendre compte de ce problème pour pouvoir mieux le maîtriser. Ils auraient alors beaucoup plus de plaisir à sortir leur chien.
La passion dépasse la raison
Je sépare les petits Keranlouan à partir de l’âge de 6 semaines. La maman, je la fais dormir dans un box la nuit. Le lendemain matin, un de mes apprentis fait têter ses chiots ainsi que le soir. La première semaine, il les fait têter 2 fois par jour, la 2e semaine, 1 fois par jour. Ensuite, ils sont sevrés totalement à partir de l’âge de 8 semaines. Alors il arrive qu’au bout de quelques jours l’arrivée de l’homme ait pour conséquence d’apporter un intérêt primordial pour les chiots puisque l’homme leur apporte le bibi pour l’intermédiaire de la maman.

Le sevrage

Je sépare les petits Keranlouan à partir de l’âge de 6 semaines. La maman, je la fais dormir dans un box la nuit. Le lendemain matin, un de mes apprentis fait têter ses chiots ainsi que le soir. La première semaine, il les fait têter 2 fois par jour, la 2e semaine, 1 fois par jour. Ensuite, ils sont sevrés totalement à partir de l’âge de 8 semaines. Alors il arrive qu’au bout de quelques jours l’arrivée de l’homme ait pour conséquence d’apporter un intérêt primordial pour les chiots puisque l’homme leur apporte le bibi pour l’intermédiaire de la maman.

L'attirance du chiot vers l'homme

Donc l’homme devient en l’occurrence une 2e maman, les chiots sont attirés par l’homme et au début de la 7 semaine  il  les met dans un chariot à roulettes et il les envoie dans un petit chemin. il met délicatement toute la portée à terre  les petits sont intimidés et du fait qu’ils sont attirés par l’homme, le déplacement a pour conséquence de les aspirer, de les attirer. Les chiots, tant bien que mal, maladroitement au début, c’est rigolo comme tout, suivent mon apprenti dans le  chemin, une voie charretière qui fait 250-300 mètres au bout  duquel il  y à un   bois.
Le but est d’accèder à une clairière boisée. Il leur fait découvrir la nature et cela a pour conséquence de leur éveiller leurs instincts naturels. La qualité naturelle de base la plus importante est l’instinct de course à la poursuite, donc l’effet de déplacement. L’effet de déplacement attire les petits chiens et leur fait faire, en se déplaçant, un tas de choses. Ils traversent les ronces clairsemées, les fougères, donc ils passent par-dessus les mousses, les petites branches cassées, les troncs d’arbres, contournent les arbres, montent par-dessus les têtes des talus.
La difficulté suprême après, à partir de la fin de la 7e semaine, c’est d’essayer de leur faire franchir un petit ruisseau et au fur et à mesure que les chiots franchit des obstacles, ils sont fiers d’eux. D’abord, c’est un  jeu puis ça devient une passion, ils découvrent les papillons, les roitelets, ils courent après les merles et sont avides d’essayer de découvrir des choses différentes que leur donne la possibilité de faire la personne qui les fait se déplacer dans les bois.

La passion dépasse la raison.

Il en résulte que lorsque je fais une expérience avec des gens qui sont inconnus par les chiots, des clients qui viennent voir les chiots, je prends n’importe quel chiot de 3 mois conditionné de la sorte. Je le prends dans mes bras avec les gens leur expliquant cet état de fait, on marche dans le chemin qui accède au bois et je mets le petit chien par terre. Je demande aux gens de se déplacer. Le petit chien normalement me connaît, il me voit tous les jours, je lui donne à manger, je lui fais des calins, je l’ai sorti plusieurs fois dans les bois.
La raison voudrait qu’il reste à proximité ou autour de moi ; la passion veut qu’il aille avec une personne qui se déplace pour lui faire découvrir tout ce qui le passionne et les performances qu’il a faites et qu’il va encore faire, le chiot aimerait se surpasser et est avide de vivre des moments intenses. Comme prendre son élan pour monter des talus inaccessibles et qu’ils arrivent à franchir au bout de quelques sorties.

La découverte des inconnus

Je demande systématiquement aux gens de se déplacer, des inconnus. Ils n’ont aucune raison d’aller vers des inconnus, mais ces inconnus-là aspirent un élan psychologique qui est ancré dans leur tête. Ils aspirent le fait de déplacement pour leur apporter toutes ces joies, tout ce bonheur, toutes ces découvertes. Donc le petit chien est entrainé par sa passion parce que l’étranger va se déplacer vers le parcours de chasse et va leur faire franchir peut-être des nouvelles choses, des nouveaux obstacles.
A ce moment-là, le petit chien sera à 100 % attiré par sa passion en suivant des étrangers qui vont le faire vibrer, lui faire passer des moments intenses alors que la raison serait qu’il reste autour de moi parce que je l’ai nourri. C’est exactement le cas de figure qui se produit dans la plupart des fois lorsque je vends un chien à des gens qui vont le faire vivre  en vie domestique : le mari va au travail, la femme va s’occuper du chien tous les jours, lui donner à manger, le promener dans le jardin, le laver, lui donner des soins, un contact, une harmonie, beaucoup d’affection.

Mais le chien est un chasseur avant tout

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que ces chiens sont sélectionnés depuis plusieurs générations, 10, 15, 20, souvent, même 30générations pour chasser. Leur raison de vivre est de chasser, c’est d’aller dans la nature, d’éveiller leurs instincts naturels de chasse, ce dont ils sont sélectionnés depuis très très longtemps et c’est ce qui est le plus important pour eux.

Souvent le propriétaire travaille et s’en occupe pour aller dans la nature, pour le faire s’exprimer et pour le faire vivre. Donc, même s’il ne chasse pas, s’il le fait courir dans la nature, le chien chasse même sans fusil, même si on ne tire pas de gibier, en l’occurrence si on tire du gibier, c’est encore mieux. Si le mari le sort 10-15 fois dans la nature pour le faire éclater de bonheur, ce chien sera avide de rechercher ces moments-là, sera attiré par la personne qui fait ça alors que la femme s’est investie en temps et l’a sorti 250-300-400 fois à proximité de la maison, lui a donné des calins. Il sera beaucoup moins attiré par ces états de fait. Si la dame va dans la nature et lui donne ce bonheur-là, il sera attiré et sera plus sensible à ce qu’elle fait tout simplement.

La passion et la raison

Il ne faut pas dire que les chiens obéissent mieux ou sont plus attirés par les hommes que par les femmes, c’est simplement du fait que l’homme ou la femme lui apporte le bonheur de sa raison de vivre et si la femme lui apporte ce bonheur, il sera attiré par elle, tout simplement.

Il y a la passion, il y a la raison. Mon rôle en tant que dresseur est de mettre la passion du chien au service de l’homme sans l’obliger à le faire mais en lui donnant envie de le faire.


Patrick Morin, Août 2010

 

Mon chien peut sentir les bécasses à 200 mètres !
Rêve ou réalité ? J’ai vu plusieurs fois des très très bons chiens expérimentés courir derrière elle lorsqu’elle s’envole et le retrouver à l’arrêt à 150/200 mètres sans qu'il la suivent des yeux ...

Rêve ou réalité ? 

Cela s’est produit plusieurs fois. 
 
En effet, j’ai vu plusieurs fois des très très bons chiens expérimentés qui ont des qualités supérieures à la moyenne arrêter une bécasse, courir derrière elle lorsqu’elle s’envole et le retrouver à l’arrêt à 150/200 mètres sans qu'il la suivent des yeux mais en suivant à toute vitesse pendant 200 m les émanations de la bécasse stagnant dans l'air. 
 
Tout ceci doit se faire très rapidement parce que les émanations sont balayées rapidement par le vent, le laps de temps que la bécasse prend du moment où elle a décollé jusqu’au moment où elle a atterri en 200 m est de l'ordre 10 secondes environ et le chien la bloque à l'arrêt en moins de 15 secondes l'effet de surprise paralyse la bécasse , une buse tétanise une perdrix qui vient de se poser les rapaces attrapent presque toutes leurs proies à l'atterrissage et les paralyse avec l'effet de surprise c'est une réaction naturelle; Tout ceci fait dans une vitesse record. 
 
A peine, la bécasse décolle, le chien part derrière dans la direction de la bécasse, à peine la bécasse s’est posée à 150/200 mètres, le chien arrive dessus et l’arrête. 
 

Comment est-ce possible ?

 
Ça c’est une chose qui ne peut pas se produire dans les doubles haies. 
 
C’est une chose qui peut se produire dans les bois lorsque les arbres sont relativement hauts avec une 2e végétation en dessous. La bécasse qui démarre à l’arrêt du chien, si elle part à 2/3 mètres du sol en se déplaçant à cette hauteur-là, frôle les arbustes, les fougères ou autres et laisse stagner à 1 m ou 2 du sol son émanation qui est retenue pas balayée par le vent par rapport aux abris naturels qui existent. 
 
Ce phénomène-là ne peut absolument pas se présenter à découvert. 
 
A découvert, l’émanation de l’oiseau volant à 1,50 m ou 2 mètres du sol ne reste pas stagner parce qu’elle est balayée par le vent. Je prétends qu’un chien que je pourrais considérer comme étant quand même exceptionnel est capable de sentir les bécasses à 200 mètres. 
 
A condition 
 
1°) qu’il soit spontané, vif et intelligent et qu’il analyse la puissance de l’émanation qu’il capte au fur et à mesure qu’il court, 
 
2°) s’il part dans l’axe dans lequel est partie la bécasse laissant une émanation stagner en nuage qui se dissipe assez rapidement quand même, mais beaucoup moins rapidement que s’il n’y avait pas d’obstacles de retenue naturelle, c’est-à-dire les champs, 
 
3°) il faut quand même que ce soit fait rapidement, au galop pour qu’il puisse rester dans le cône de l’émanation stagnant dans l’air à 1m du sol qui retombe progressivement en se mélangeant à l’air au bout de 30 secondes d’une façon imperceptible. C’est vrai qu'il ni à pas d’émanation au sol, donc il faut que ce soit fait au sprint. 
 
Si le chien de qualité part au sprint, il est capable de rester dans le cône d’émanation stagnante au fur et à mesure qu’il se déplace et au fur et à mesure que la bécasse vole pour finir à se poser à 150/200 mètres. 
Donc ce chien-là qui sait le faire et qui a l’audace de le faire à toute vitesse est un chien de talent certes mais c’est quand même une explication donnée (mon explication n’engage que moi-même), mais ce n’est pas une question de puissance de nez qui fait que le chien sente la bécasse à 200 mètres, c’est une question d’intelligence, de nez, d’interprétation, d’audace, de personnalité mélangées. 
 
C’est une chose que j’ai vu plusieurs fois dans ma vie, mais il faut que ce soit un chien exceptionnel pour arriver à faire cela. Ce phénomène ne peut se produire que dans les bois assez plat et la plupart du temps où il y a des arbres qui sont relativement hauts avec souvent une 2e végétation à hauteur de 3 mètres. 
C’est une chose qui ne peut pas se produire dans les doubles haies parce que lorsqu’une bécasse s’envole d’une double haie, elle en sort. Physiquement elle est en contact avec l’air sans retenue d’abri naturel donc le vent balaie l’émanation de la bécasse qui stagne en l’air à 3-4mètres du sol. 
 
Donc cette bécasse laisse l’émanation très peu longtemps dans ces circonstances-là. Elle est obligée de sortir de la double haie pour se cacher dans une autre. C’est une chose qui est impossible à faire dans ce type de chasse. 
 
Les conditions des éléments naturels contribuent au comportement des animaux et du chien en général. 
 
Patrick Morin 06 83 40 22 96 
pmorin@wanadoo.fr 
www.keranlouan.com
 
Mon chien est meilleur que le champion
J’avais un chien, Polder de Keranlouan, qui était une très grande révélation dans ma vie. C’était un chien qui avait gagné le championnat de France par points au printemps sur gibier naturel et il venait de gagner le championnat de France sur gibier tiré en automne...

Mon chien est meilleur que votre champion !


C’est une remarque que j’entends tous les ans depuis que je me suis installé, 3 ou 4 fois dans l’année.

Le chien de chasse qui n’a pas suivi un dressage très poussé, qui a suivi une formation d’éveil en qualité naturelle se laisse porter par ses instincts et garde sa personnalité et automatiquement est beaucoup plus efficace que si on lui a inculqué un dressage très poussé : avoir un respect du départ, respect du coup de feu, respect de l’oiseau tombé par terre et donc l’autorisation d’aller chercher le gibier simplement que quand on lui donne l’ordre.

Le dressage très poussé a pour conséquence dépersonnaliser l’animal. Lorsque le chien n’a pas cet inconvénient, il est évident qu’il reste plus facilement à 95 % et à 100 % de ses capacités qu’un autre chien qui a été dressé et formé pour une chose bien concrète et un peu contrarié, automatiquement. .Le chien qui  na pas été dressé  est peut-être plus  efficace  pour  chasser mais  à  tendance à  chasse pour lui

Belle 5 - Polder 1, raclée à la bécasse


Maintenant je vais vous raconter une histoire qui s’est passée dans les années 80. J’avais un chien, Polder de Keranlouan, qui était une très grande révélation dans  ma vie. C’était un chien qui avait gagné le championnat de France par points au printemps sur gibier naturel et il venait de gagner le championnat de France sur gibier tiré en automne. Je levais les bras au ciel. Je disais à tout le monde « j’ai gagné le championnat de France, j’ai le meilleur chien de France ! ». J’avais tendance à être prétentieux à l’époque et depuis cette scène-là, il faut reconnaître que les fois où j’ai gagné ensuite, j’ai crié moins fort. La scène se passe  à proximité de Callac, à Bulat chez mon ami Théophile, copain de chasse, copain d’adolescence. Et bien, il se trouve que Théo a une chienne qui s’appelle Belle qui est  très intelligente avec beaucoup de personnalité, qu’il a eu beaucoup de mal à faire obéir, on l’a canalisé ensemble. Il s’avère qu’il s’agissait d’une déesse de la chasse à la bécasse. Mon copain Théo me propose de venir faire une journée de chasse avec Polder, mon meilleur chien de France. Alors je pars, tout feu, tout flamme et la journée commence. Une bécasse, 2 bécasses arrêtées, 3 bécasses arrêtées et en fin de compte, le soir il y avait eu 6 bécasses d’arrêtées. On avait réussi à n’en prélevé qu’une. Mais le problème est que sur les 6 bécasses arrêtées, il n’y en avait qu’une arrêtée par Polder. Le soir, je criais moins fort. Il faut reconnaître que j’étais déçu de mon champion de France. Je ne comprenais pas. Pour moi, ce chien-là était supérieur à la chienne de Théo, qui était une chienne exceptionnelle, mais Polder, c’était Polder. C’était un seigneur. Je ne comprenais pas que Polder se fasse battre par Belle. Elle était fabuleuse cette chienne mais je ne voyais pas Belle faire le travail qui a fait Polder durant toute sa carrière tout en gardant la personnalité que Polder a gardé. Je ne voyais pas ça du tout.

Remise en question du champion ?

Cette histoire m’a chagriné. Mon copain qui était psychologue n’a pas enfoncé le couteau dans la plaie en se moquant de moi, il n’y a pas eu de problèmes de ce côté-là. En tout cas, ça m’a chamboulé et j’ai essayé de comprendre et à force de réfléchir, j’ai vu qu’il y avait une explication, c’est la suivante : Polder, lorsque je l’ai préparé, qu’il était adolescent, il avait 10 mois, je l’ai emmené en Beauce dans les grandes plaines et je lui ai demandé de faire des lacets croisés à droite, à gauche. Il partait à 120 mètres de chaque côté et je marchais au pas et en marchant, au bout de 2 kms sur un parcours qui faisait 25-30 mn, il y avait 20 couples de perdreaux sur le terrain parcouru. Le problème est que la végétation était relativement rase et il y avait également quelques lièvres qui faisaient des émanations indirectes. Il fallait qu’il aille très vite pour éventuellement surprendre les 2  ou 3 couples de perdreaux à l’avantage d’une têtière qui pourrait se laisser approcher par rapport à l’exécution rapide de l’évolution de mon chien sur le terrain. Mais si Polder avait ralenti sur les 17 impacts d’envol de perdreaux qui partaient très loin, inapprochables et qui étaient sur le terrain, il n’aurait pas arrêté les 3 couples en les surprenant par sa vitesse d’exécution, si Polder s’était laissé retarder à mettre le nez à terre comme il faut le faire à la bécasse pour trouver les bécasses ; moi je l’ai formé à se désintéresser des émanations indirectes au sol et c’est comme ça qu’il n’a pas ralenti et qu’il a surpris les 3 couples de perdrix par rapport à la vitesse qu’il gardait.
Tout le  travail exécuté  rapidement  est  très  nettement  plus  difficile  à  réaliser

En plaine à toute vitesse il fallait qu’il analyse les impacts d’envol et les émanations du gibier sur le terrain existant. C’est très difficile à faire puisque tout ce qui est fait d’une façon rapide est beaucoup plus difficile que lorsqu’il y a un ralentissement. En l’occurrence en ce qui concerne la chasse à la bécasse, c’est totalement le contraire. Le chien qui est habitué à chasser la bécasse ralentit, repère les biotopes dans lesquels il peut trouver les bécasses. C’a s’appelle « les places à bécasse » et la bécasse, en entendant le chien arriver, retient son émanation pendant 2-3 mn ou le plus long possible. Le chien qui a l’habitude de chasser la bécasse ralentit vers l’endroit où il y a une place à bécasse. Et si ce chien qui a l’habitude de chasser la bécasse arrive au ralenti près de ce poste-là, il remarque qu’il y a une bécasse qui était là il y a 2-3 mn. La bécasse a retourné une herbe, elle a frotté ses ailes contre une fougère ou autre, elle a laissé une odeur indirecte à peine perceptible qui est diluée dans les airs et qui se trouve stagnante à 50 cms de hauteur. Donc Belle qui était une super chienne à la bécasse sait pertinemment bien que s’il y avait une bécasse là il y a 2-3 mn, il y a 99 chances sur 100 qu’il y ait une bécasse qui se retient en apnée, donc elle arrête. Même pas dans la direction de la bécasse, elle arrête où la bécasse était. Elle reste immobile tout en sachant bien que la bécasse ne peut pas rester 10 mn en apnée. Donc la bécasse se lâchant au bout de 3-4 mn, le fait de respirer laisse dégager une émanation dans l’air ambiant et la chienne trouve le cône de l’émanation de la bécasse parce que les émanations de la bécasse se sont dégagées par sa respiration et à ce moment-là le chien se retourne progressivement. Si la bécasse reste suffisamment au sol vers l’axe de la bécasse et elle oriente son arrêt vers la bécasse au bout d’un certain temps si elle ne vole pas avant.

Polder, lui, je lui ai toujours défendu de s’intéresser aux émanations au sol, il n’allait pas arriver assez vite pour récupérer les 2-3 couples de perdreaux qui se seraient surprendre à l’avantage des têtières en plaine. Donc, automatiquement, une émanation indirecte, même en plus s’il ne connaît pas le comportement de la bécasse et bien, il fonce et ne s’en occupe pas. En fait pour la bécasse qu’il a arrêtée sur les 6, il a arrêté une bécasse en émanation directe sous un houx donc face au vent. Là, il arrêtait parfaitement bien.

De la force de la pratique en étant jeune

En résumé j’ai trouvé la raison du comportement de mon chien. Ca m’a rassuré un peu. Le problème c’est que Belle, qui est une chienne extraordinaire, j’aurais eu du mal à la faire se désintéresser des émanations au sol et lui demander d’aller suffisamment vite pour bloquer les 3 couples de perdreaux ou bien d’accepter de rester immobile à l’envol.

Je ne sais pas si elle serait arrivée. Peut-être pas, peut-être oui. Je ne pense pas. En gardant ces qualités à fleur de peau, je ne pense pas. Polder en chassant régulièrement la bécasse, je suis certain qu’il se serait amélioré sans aucun problème, mais tout ce qui est appris durant l’adolescence d’un animal, les chiens le font naturellement sans forcer. C’est un peu comme les langues étrangères qui sont apprises avec des personnes jeunes, des gamins qui ont 6-7 ans : elles sont apprises facilement même avec l’accent. S’ils apprennent à 25 ans, je pense et je suis sûr qu’ils arriveraient moins facilement. Si Mozart avait appris à jouer du piano à 25 ans même  s'il  avait  veçu  jusqu'à  100 ans, il n’aurait pas eu cette carrière-là. Donc Polder ne pourra jamais chasser à la bécasse aussi bien que s’il avait commencé sa carrière adolescent.

Le problème, c’est qu’il faut leur donner les moyens de le faire dès le plus jeune âge. Les gens qui disent « mon chien est meilleur que le champion », dans ce cas précis, l’efficacité du chien de chasse est beaucoup plus concrète qu’un champion. Un champion on lui demande de faire une démonstration à toute vitesse et c’est vrai que d’un autre côté il y a de très grandes chances que le chien de monsieur tout le monde qui croit que son chien est meilleur que le champion, si on lui faisait le dixième de ce qu’on a fait au champion il serait à 10 % de ses capacités et le champion est resté à 80 % de ses capacités avec les contrariétés qu’on lui a donné et en fait pour la sélection ce qui est important c’est non seulement les qualités qu’il transmet mais aussi  c’est une chose importante, c’est la malléabilité au dressage et ça, un chien de chasse qui n’a pas été dressé, on peut savoir qu’il va transmettre des qualités de base mais on n’est pas sûr de sa malléabilité.

il faut rester modeste

Il y a certains chiens de chasse, quand on les contrarie, ils se mettent à bouder ou quand on rate un oiseau, à la limite il arrête de chasser. Ca, ça se transmet dans la génération. C’est des choses comme ça qu’il faut éviter de faire.

Donc, d’un côté, pour la personne qui pense que son chien est meilleur que le champion et de l’autre le professionnel qui a un chien extraordinaire qui est le meilleur de France, il faut rester modeste.
Vous êtes une brute, Mr Morin !
J’ai organisé des chasses à la journée pendant une quinzaine d’années dans une clairière d’une centaine d’hectares au milieu d’un bois : la chasse à la perdrix grise
Vous êtes une brute, Mr Morin !
 
               
 
J’ai organisé des chasses à la journée pendant une quinzaine d’années dans une clairière d’une centaine d’hectares au milieu d’un bois : la chasse à la perdrix grise. Cette chasse était découpée en deux par un chemin empierré. Il y avait 3 chasseurs qui partaient d’un côté et 3 allaient de l’autre, et à midi ils permutaient. L’un des chasseurs qui avait des problèmes d’obéissance avec son chien me demandait comment il fallait faire pour que son chien revienne mieux au rappel. Alors je lui explique clairement qu’il fallait personnaliser son commandement, c’est-à-dire que quand le chien a désobéi, il faut le prendre en laisse, lui donner un petit coup sur les fesses, le faire marcher en laisse pendant 10 à 15 mètres et après, lui donner une chance de se rattraper. Alors, ce monsieur s’est énervé contre moi en disant qu’il n’avait jamais tapé son chien, qu’il ne fallait pas le faire, c’était une façon brutale contre les animaux. Voilà ce qu’il m’a dit : < vous êtes une brute, Mr Morin>. A la limite il voulait m’apprendre mon métier, il connaissait tout Je ne sais pas pourquoi il me demande comment faire pour que son chien obéisse un peu mieux
 
              Avant que les chasseurs soient partis, 3 de chaque côté, ça n’a pas loupé : le chien est parti, a désobéi, il est parti faire voler les faisans et les perdrix que j’avais placés sur le territoire. Ses copains de chasse qui avaient des chiens bien mis, qui étaient bien structurés – ils avaient pris des cours de conduite avec moi – et le chien de ce monsieur qui m’avait fait la remarque semait la pagaille et avait pour conséquence de détruire le travail qui avait été fait sur les autres chiens. Les amis de ce monsieur évitaient cet homme qui avait un chien qui allait dans tous les sens, lui, hurlant après son chien en essayant de le faire revenir sans résultat. Il avait crié tellement fort et tellement souvent après son chien qu’il en était tout rouge à tel point que le midi, lorsque nous nous sommes restaurés, il était pratiquement aphone. L’après-midi, c’était la même chose, rebelote, le chien repartit comme un fou à faire l’imbécile et cette personne en question n’arrêtait pas de crier après lui et à un moment donné il a arrêté parce qu’il ne pouvait plus parler ni crier. Ses amis sont venus me voir, me demandant de m’occuper de ce chien, parce que vraiment, ils l’évitaient. Ce chien détruisait le travail des autres propriétaires. J’ai dit qu’il n’en était pas question. Il m’avait pratiquement vexé le matin, il m’avait dit : <Vous êtes une brute, Mr Morin>. La journée de chasse s’est terminée, les chasseurs sont partis et comme ils étaient contents du biotope, du territoire, des oiseaux, de l’organisation de la chasse, ils sont revenus une quinzaine de jours plus tard. Comme cette personne qui m’avait fait la réflexion faisait partie de la bande, elle est revenue bien que les 5 collègues de chasse ne voulaient plus d’elle. La journée commence. C’était le même scénario que 15 jours plus tôt. Le chien s’est mis à faire le ménage comme on dit dans le jargon de cynophilie, il a dégagé tout le gibier du territoire et les collègues n’arrêtaient pas de rouscailler après lui et lui n’arrêtait pas de crier après son chien sans résultat. Finalement, ses 5 copains l’ont évité pour ne pas gâcher leurs chiens qui étaient bien disciplinés, bien suivis avec des bons conseils du professionnel. A midi, cette fameuse personne était aphone à force de crier, tout rouge, ses copains l’évitaient. Deux, trois fois pendant le repas, j’ai dévié la conversation, je ne voulais pas parler avec lui : il m’avait vexé 15 jours auparavant. Finalement, il me parle, me demande : <Mr Morin, vous ne pourriez pas prendre mon chien pour voir un peu ?> <certainement pas, je n’ai pas le temps>. Voilà ce que je lui ai répondu. Ils sont repartis à la chasse l’après-midi. Ca a été le fiasco. Le chien est parti dans tous les sens, le gars ne pouvait plus parler. Et à un moment dans l’après-midi, vers 16 heures, à la réunion de chasse, tout le monde est venu prendre une bière ou un jus de fruit pour se désaltérer parce qu’il faisait relativement chaud. Moi, je sortais les chiens un par un et toutes les heures je changeais de chiens. C’est la raison pour laquelle je pouvais suivre les évènements parfaitement. Alors, cette personne qui était rouge et aphone a rejoint ses copains qui lui faisaient la tête évidemment. Il buvait tranquillement, et j’ai vu le coup arriver, c’était gros comme une maison : le chien arrive tout penaud au rendez-vous tranquillement, tout doucement, les oreilles baissées, la queue entre les jambes, et cet imbécile-là qui m’avait traité de brute 15 jours plus tôt . J’étais à 80/100 m du scénario, je voyais qu’il allait piquer une crise contre son chien. Il s’est mis à hurler, à frapper à coup de pied, à coup de crosse de fusil contre son chien. Il a piqué une crise de nerfs contre ce chien-là. Je suis arrivé, j’ai fait un casse-croûte, je l’ai traité de tous les noms, j’ai dit que c’était inadmissible, il ne devrait pas avoir e chiens. Il me traite de brute 15 jours auparavant alors que je lui explique comment on dresse un chien. Là, ce n’est même pas pour dresser son chien qu’il le frappe et au risque de faire mal (les coups de pied dans le ventre), c’est pour calmer son énervement, c’est un crime. Ca devrait être interdit d’avoir des chiens. En plus, ces gens-là se permettent le luxe de critiquer le travail des professionnels. Quand ils donnent un petit coup, c’est mérité, c’est dans le bon sens sans s’énerver. Après cette engueulade que je lui avais infligé, je voyais ses 5 copains qui rigolaient, contents que je l’envoie sur les roses et la grande gueule était tout penaud, tout honteux, tout triste, il boudait presque dans son coin parce que je l’avais engueulé. S’il avait continué à taper le chien, c’est moi qui tapais sur lui. C’est une des rares fois ou j’étais vraiment fâché. Et bien, finalement, il restait 1 h ½ de chasse à faire, il était dans son coin, tout triste et ses 5 collègues sont partis gaiement. Le soir,   les copains de chasse sont arrivés, ils ont eu la paix pendant 1 h ½.
 
                 Le soir, le monsieur, l’ancienne grande gueule vient me voir en me demandant si j’avais de la place pour prendre son chien, que c’était moi qui avais raison, que je n’étais pas une brute, c’était lui qui était une brute. C’est au moins un gars qui a reconnu ses torts. Alors je lui ai dit qu’à ce moment-là, que peut-être que j’aurais le temps de m’occuper de son chien mais qu’il devra attendre 2 mois.
 
                 Il m’a donné son chien en dressage 2 mois plus tard. C’est vrai qu’il a écouté les conseils que je lui ai donné et il a remis les pieds sur terre.
 
                 En résumé, les gens qui ont tendance à crier, à s’énerver et à ne pas personnaliser leur commandement ont tendance à créer un conflit entre le chien et eux. Ce conflit reste et le chien a tendance à avoir des comportements qui ne sont pas francs, devient un peu vicieux et c’est une bagarre perpétuelle pendant toute la vie du chien. Le chien n’est pas spécialement plus heureux, il est même plus malheureux, les gens ont tendance à éviter de sortir leur chien, ils sont en conflit avec lui. Le dressage est fait d’une façon bien nette et avec des étapes précises à gravir et avec un travail progressif.
 
                  Si le conducteur écoute les conseils du professionnel, il y arrivera et si il y arrive par la suite, il aura du plaisir à sortir son chien, parce qu’il le sortira sans retenue et beaucoup plus souvent. Dans le ces précis où la personne est censée personnaliser le commandement, il a tendance à rendre son chien beaucoup plus heureux, les rapports sont beaucoup plus nets entre le conducteur et le chien.
 
Le chien de ma vie
Mr Morin, le chien que vous m’avez dressé est extraordinaire, c’est le chien de ma vie
Le chien de ma vie
               
 
 
 
 
           «Mr Morin, le chien que vous m’avez dressé est extraordinaire, c’est le chien de ma vie».
 
               C’est un monsieur qui m’a donné un chien en dressage, un setter anglais qui était vraiment doué, un super chien.
 
                 Il chasse avec pendant un an, 2 ans, 3 ans et quand le chien arrive à 5 ans, son intérêt est de le faire saillir pour prendre la relève avec un de ses fils. Donc, il fait saillir le chien et récupère un beau chiot, un beau croisement avec une belle femelle, et m’envoie ce chien-là en dressage quand il a 15 mois. Cette personne me demande «mais ce chien, il va être bon ? De toute façon ce n’est pas possible, il ne sera pas aussi bon que son père, c’est le chien de ma vie, c’est impossible que son fils soit aussi bon. Vous me direz ce que vous en pensez au bout de 15 jours, Mr Morin». «D’accord, parfait». Il me téléphone au bout de 10/15 jours et je lui dis que j’ai l’impression qu’il a des qualités de base au moins aussi bonnes que son père. « Ce n’est pas possible qu’il soit aussi bon» me répond son propriétaire. «Ah bon, mais il ne faut pas idéaliser votre chien et rabaisser votre petit, le fils de votre chien, il ne faut pas faire ça, il faut laisser les jeunes s’exprimer». «C’est le chien de ma vie, ce n’est pas possible qu’il soit aussi bon que son père, il est extraordinaire, ce chien-là». Je continue le dressage, il me retéléphone une dizaine de jours plus tard, je lui dis : «à mon avis, il sera au moins aussi bon que son père». «Ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai», il me répond au téléphone. Il vient chercher le chien au bout d’un mois et demi de dressage et je reconfirme : «mais votre jeune chien, il sera minimum aussi bon que son père, et avec l’expérience, encore meilleur». «Ce n’est pas vrai, vous vous trompez, Mr Morin». «Très bien, d’accord, je me trompe, mais vous me demandez mon avis, je vous le donne».
 
              Donc il va chasser et au bout d’1 mois et demi il me téléphone : «Ah ! Ah ! Mr Morin ! Mr Morin ! Vous vous êtes trompé, il n’est pas aussi bon que le père, ce n’est pas vrai, il est en dessous. Il est bon, c’est vrai, mais il arrête, il rapporte, mais le père c’est une vedette, ça n’a rien à voir. Il y a 2 classes au dessus». Je lui dis : «Ecoutez, je suis désolé, mais je suis quand même content de m’être trompé parce que ça prouve que je ne connais pas tout, mais il y a une chose que je tiens à vous dire, c’est qu’au fil du temps qui passe, j’ai tendance à me tromper de moins en moins souvent et j’espère me tromper encore longtemps». Alors la conversation se termine et pas de nouvelles de la personne pendant 2/3 ans. Au bout de 4 ans, le monsieur me téléphone : «Oh ! Mr Morin, excusez-moi, vraiment, je me suis trompé». «Quoi, sur quoi ? » Je ne me souvenais plus de cette histoire-là il y a 4 ans. Le père est mort à 10 ans. A la mort du père, le jeune chien (qui avait 5 ans) qui était toujours dans l’ombre de son père en chassant ensemble pendant 4 ans, s’est exprimé. Il a explosé, toutes ses qualités se sont révélées. Il est devenu meilleur que son père, d’après le conducteur. J’en déduis que le jeune chien était dans l’ombre de son père parce qu’il y avait une explication de caractère entre le père et le fils. Le père avait un comportement sur le fils qui lui faisait peur et le fils ne voulait pas égaler le père et c’est la raison pour laquelle il ne s’exprimait pas. Et ça, ça arrive bien souvent. Quand on veut faire s’épanouir un jeune chien, lorsqu’on a un chien d’expérience, c’est bien de faire sortir le chien d’expérience pour donner la façon de chasser, pour entrainer le jeune, mais une fois que le jeune s’est déclaré, pour lui donner une certaine notoriété et un certain opportunisme, il faut le sortir tout seul.
 
          J’ai encore le cas d’une personne qui m’a téléphoné pour me donner des nouvelles d’un chien que je lui ai vendu. Et bien, il ne comprend pas que son chien ne fasse pas de progrès à la ronce. Je lui demandais s’il le sortait tout seul ou avec un autre chien. En fait, il le sortait avec son vieux chien que je lui avais vendu 6/7 ans auparavant. Et c’est vrai que un jeune chien qui chasse avec un vieux chien, il fait des politesses au vieux chien, ou il laisse le chien s’exprimer, ou alors le jeune chien passe devant le vieux chien et alors il va trop loin : quand un jeune chien est bien déclaré, il faut le sortir tout seul pour qu’il s’exprime.
Il n’y a pas vraiment de mauvais chiens
Il y a beaucoup plus souvent de mauvais maîtres que de mauvais chiens :-)
             Il y a beaucoup plus souvent de mauvais maîtres que de mauvais chiens. Je peux vous citer plusieurs exemples :
 
                 1°) L’exemple de Brenda, une chienne qui était surdouée, qui arrêtait les perdrix à 3 mois ½ -4 mois, les perdrix et les faisans, qui rapportait bien. Un jour elle a suivi un faisan et a bloqué ce faisan. Il a décollé et comme il ne pouvait pas aller en face (il y avait un talus, un rideau de ronces et brindilles impénétrables) alors que la petite chienne était encore à l’arrêt sur le faisan, le faisan est revenu vers la chienne et en passant, la chienne avança un peu la tête et le faisan lui donna un coup d’aile qui lui fit mal à l’œil. Alors que cette petite chienne avait arrêté une quinzaine de fois admirablement bien, elle a eu mal avec l’aile du faisan qui s’est envolé. Elle a pris peur du faisan. Si je n’avais pas remarqué cette chose-là, si je n’avais pas pris la chienne délicatement les semaines qui ont suivi, si j’avais attendu 2/3 mois avant de la ressortir, si je l’avais laissée dans cet état-là, elle aurait été perdue à jamais comme ça s’est produit plusieurs fois avec plusieurs de mes bons chiens dans ma carrière. Des chiens qui auraient été bons s’ils avaient eu la chance de ne pas avoir soit un faisan qui leur avait fait mal, soit le bang d’un avion qui vole au moment où il se fait avoir avec une décharge électrique. Il y a des facteurs extérieurs qui font que certains chiens ont de la chance et d’autres moins. Mais si on met toutes les chances du côté du chien, c’est rare, rare, rare, très rare qu’il y est un mauvais chien.
 
               2°) Là, par exemple, je peux vous citer encore le cas d’un chien qui était très, très, très bien équilibré quand il était petit. Il sautait sur les gens, partout, et à 4/5 mois je les faisais courir 2 par 2 dans les bois et ce jour-là, j’avais décidé de les prendre 4 par 4. J’étais dans un bois loin de toute route, tout chemin. Ils sont partis comme des petits fous à 100/200 m et je les ai perdus de vue dans les bois. Au bout d’un moment, un des chiens est revenu puis un deuxième. Il en restait encore deux sur le terrain. J’ai donc ramené les deux chiens qui étaient revenus au véhicule puis j’ai cherché les deux autres. Je suis revenu le soir, le lendemain matin, puis finalement le lendemain après-midi un troisième chien est rentré. Il n’en manquait plus qu’un. C’était le plus valide, le plus sympa, le plus motivé, le mieux équilibré.
 
              A proximité du bois, il y avait un élevage de canards et autour de cet élevage il y avait une protection électrique à courant alternatif. J’ai demandé et la personne qui s’occupait de cet élevage m’a dit qu’il y avait un chien qui rôdait à proximité de ses canards. Il a crié sur le chien parce qu’il craignait que les canards soient épouvantés et le chien a pris une décharge électrique. Le chien ayant pris la décharge et entendu le monsieur (un étranger) crier en même temps, il est parti. 4 jours après (il est resté 4 jours dans la nature), en sillonnant et à force de demander (on ne le voyait pas ; finalement le chien était parti se cacher comme un animal sauvage dans le bois de Coat-Callac), à un moment donné, je vois une tache blanche qui sort du bois. Je me dis «C’est mon Valy !». Je me rapproche tout doucement et j’arrive à 50 m de lui. «Ah ! Impeccable, j’ai récupéré mon Valy». Je tape dans les mains. «Viens, mon petit chien». C’était un chien qui était super équilibré. Il est parti comme un fou, comme un renard. Peur, peur, peur, il est parti. J’étais stupéfait qu’il ait peur de moi, c’était un chien super sympa. Je cherche, je cherche et je le vois dans une clairière. Je l’appelle, il repart de plus belle. Je rentre au chenil distant de 4/5 kms. Le lendemain, je ne le vois pas. Le surlendemain, j’étais en train de sortir des chiens près du chenil, et, de mon véhicule, je vois mon petit Valy sur la route. Oh là là ! J’ouvre la porte et délicatement, sans me faire voir, j’essaie d’aller doucement vers lui pour me rapprocher. Le chien me voit, il se rue sur moi, il saute dans mes bras en me léchant, alors que quelques jours auparavant il était peureux comme un renard.
 
             Donc, il est revenu à proximité de mon chenil et dans le contexte du chenil, personne ne lui a jamais fait de mal, il est en sécurité. Il est redevenu très sympathique, très sociable à mon contact et au contact des gens qui sont dans la nature. En fait, il a fait la relation qu’il était à l’extérieur avec des gens qu’il ne connaissait pas, loin du chenil. Il pensait que c’était des gens méchants qui lui faisaient du mal. En plus, chez le monsieur qui avait l’élevage de canards il a pris une décharge électrique.
 
 
           Donc, il y a des facteurs extérieurs. Ce chien-là, 2 jours auparavant, on aurait pu croire qu’il était fou. C’était un toquard à ce moment-là alors que c’est un chien que je vais présenter en field, il va être trialisé. C’est un super chien, ce Valy !
Mes étalons

Je les utilise généralement une saison, deux au plus.

J’ai toujours aimé me  remettre en question souvent, ce qui me permet de continuer à rester passionné par mon travail.

Les 50 champions de travail que j’ai produit à 80 % sont issus de chiens de chasse que j’ai mis de coté dans l’élevage de KERANLOUAN et sélectionné de façon précise (référence texte des femelles reproductrices). Pour changer de sang, je prends des chiens de n’importe quelle origine à condition qu’ils aient une bonne morphologie, des bonnes articulations et surtout qu’ils puissent rivaliser avec les KERANLOUAN de leur âge.

Patrick Morin, élevage d'épagneuls bretons de Keranlouan – Callac,  mars 2008
L’instinct de la course à la poursuite
L’éveil de l’instinct naturel du jeune chiot doit être fait le plus tôt possible. Dès l’âge de 6 semaines, nous les sortons, toute la portée ensemble, en essayant de les emmener jusque dans une clairière ou dans un bois pour leur faire découvrir la nature assez tôt. C’est la raison pour laquelle je déconseille à toute personne qui veut acheter un chien de le prendre à 2 mois parce que l’initiation de base reste pendant toute la vie du chien et ne sera jamais aussi bien faite que par un professionnel qui aura en plus le matériel de travail adéquat pour faire épanouir les instincts du jeune chien.

Si le travail est bien fait, le chien sera connecté à son maître et se dressera tout seul. Il boira donc les paroles et les gestes de son conducteur et cherchera à lui faire plaisir. L’idéal pour prendre un chien est de le prendre entre 4 et 6 mois. Habituellement, à cet âge-là, ils sont déjà déclarés et pointent des arrêts, ils sont habitués aux coups de feu et connaissent les différences de biotop et surtout, surtout gardent le contact.

Alors, la qualité naturelle de base la plus importante, la plus forte dont je me sers durant toute la vie du chien et qui a pour effet de faire obéir le chien en douceur et le déclarer, c’est l’instinct de course à la poursuite.

L’instinct de course à la poursuite, qu’est-ce-que c’est ? Vous avez entendu parler des moutons. Quand il y a un mouton qui part, les autres suivent. Imaginez que vous soyez dans un grand champ de plusieurs hectares. Au bout du champ, il y a un épagneul breton qui semble regarder sur la gauche. Il est à 150 mètres de vous et regarde sur la gauche un autre épagneul breton qui est à 100 mètres de lui. En résumé, au bout du champ, il y a 2 épagneuls qui s’observent et qui sont à 100 mètres l’un de l’autre. Tout d’un coup, en même temps, chacun des 2 chiens se ruse l’un vers l’autre et fait 40 mètres. Et donc, ils s’observent et s’arrêtent à 20 mètres l’un de l’autre. A un moment donné, celui de gauche bouge un peu la tête et fait peur à l’autre. Le chien qui est à droite s’en va, celui de gauche court après celui de droite, c’est systématique. Si c’est le contraire, celui de gauche court et s’en va de peur et c’est celui de droite qui le suit. L’instinct de course à la poursuite, c’est ça.

Si vous prenez, vous appelez un chien en disant : « viens ! ». Que se passe-t-il dans sa tête ? Il va penser que vous allez le ramasser, que la leçon est terminée, que vous allez le prendre en laisse et l’enfermer dans le chenil. Par contre, si vous l’appelez en vous en allant, en partant vers une différence de biotop, en l’occurrence vers un talus, ça a pour conséquence de signifier au chien dans sa tête, il va analyser ce qui se passe, il va se dire : « mince, là je suis avec mon maître, il me promène dans un champ, et puis il va dans un bois (ou vice-versa) ». A ce moment-là, son maître s’en va pour se promener dans un autre champ, pour découvrir un autre territoire. Si vous appelez le chien en même temps, tout en se déplaçant, ça fait un rappel puissance 10. Vous vous aidez de l’instinct de course à la poursuite.

Quand un petit chien tombe sur ses premiers oiseaux, lorsqu’il manque  un peu de mordant, même si on sent qu’il a des instincts qui sont en lui, le chien regarde l’oiseau et, tapi, ne bouge pas (en l’occurrence une caille qu’on a un peu entravé). Et bien, pour procurer de l’intérêt, il suffit de faire bouger l’oiseau. Vous faites bouger l’oiseau et le chien va être attiré par l’effet de déplacement : encore l’instinct de course à la poursuite. L’instinct de déplacement aura pour conséquence de motiver le chien et c’est comme ça qu’on arrive à déclarer des chiens.

Imaginez que vous ayez un chat qui guette une souris dans un trou. La souris sort du trou et à ce moment-là elle est très vive. Elle s’éloigne de 4-5 cm du trou, 10 cms et revient. Le chat a peut-être un peu bougé l’oreille. Il est à l’arrêt et guette. Alors, étant donné que le chat reste immobile, la souris se déplace plus loin, à 50 cm et le chat juge qu’il peut éventuellement bondir puisqu’il est à 2 mètres. Pour avoir une chance de l’attraper, il bondit à ce moment-là. Il se tétanise avant pour laisser la souris s’éloigner. Si la souris sort tranquille de son trou, le chat à l’arrêt, si elle se roule d’un côté et de l’autre, elle met un temps fou à se cacher, le chat ira tranquillement récupérer la souris sans se tétaniser, sans l’arrêter. Pour les cailles, les perdrix et les bécasses, c’est la même chose. Encore une fois, c’est l’instinct de course à la poursuite qui tétanise l’animal.

Cet instinct de course à la poursuite, il faut le faire se connecter au chien pour avoir un bon chien, pour avoir la recherche du mouvement.

Vous appelez un chien qui est à 50-100 mètres, il faut automatiquement faire 3, 4, 5 pas sur le côté juste quand le chien lève la tête et vous regarde. Le rappel, le coup de sifflet n’a pas pour conséquence de dresser le chien mais d’attirer son attention. Le fait de bouger à ce moment-là conditionnera le chien à venir, il verra que vous changez de direction pour aller dans un autre champ, mais si vous habituez le chien à faire attention, il deviendra très très obéissant naturellement. Par contre, si vous insistez, si vous restez sur place et essayez de dresser par la force des poignets, vous dresserez le chien en ouvrier, comme un automate et le chien sera à 50 % de ses capacités alors que si vous le dressez en copain, le chien se donnera à corps et âme pour vous, pour vous faire plaisir.

Je ne fais pas obéir les chiens, mais je leur donne envie d’obéir.

Patrick Morin, élevage d'épagneuls bretons de Keranlouan – Callac,  mars 2008
L’Efficacité
L’épagneul n’est pas seulement un chien d’arrêt, c’est également un très bon retriever Il chasse en harmonie avec son maître, il est tenace et sait déjouer les ruses du gibier. Il est capable de bloquer davantage d’arrêts en battant moins de terrain pour le même laps de temps que ses cousins les setters ou même les pointers.

Dans les concours sur gibier naturel en Beauce, les statistiques faites des années 1980 à aujourd’hui le prouvent.

 

En effet, les compétitions se déroulent sur plusieurs communes dans la région d’Orléans. Les races continentales évoluent le premier jour et les races anglaises le second.

 

Les deux tiers des arrêts sont pris par les races continentales – principalement par les Bretons. Cela a créé un petit conflit car selon les amateurs de races anglaises, cela était normal parce que leurs chiens couraient sur le même terrain et le deuxième jour le gibier était effarouché.

 

De ce fait, à l’unanimité, nous avons demandé aux organisateurs d’un des plus beaux concours de Beauce (St Péravy-la-Colombe) de faire courir les anglais le premier jour et les résultats sont les mêmes.

 

Patrick Morin, élevage d'épagneuls bretons de Keranlouan – Callac,  mars 2008
Le stress du chien
Vous venez d’accueillir votre nouveau compagnon. Des précautions sont à prendre, il doit être le moins stressé possible.

La première : lorsqu’il arrive chez vous, pour sa première nuit, il faut le faire dormir dans un endroit relativement petit qu’il considère comme son lit dans lequel il ne peut pas sortir. Déjà, ça a plusieurs avantages.

D’une part, c’est qu’il va moins paniquer : s’il a été habitué pendant 2, 3, 4 voire 6 mois (ça dépend de l’âge qu’il a quand vous l’achetez) à dormir avec ses copains et copines les uns contre les autres pour se tenir au chaud, là, il sera tout seul. Si cet endroit est petit, il va s’appuyer contre le mur ou les bords de la caisse. Il se sentira plus en sécurité. S’il est dans une grande pièce, il risque de paniquer.

D’autre part, quand il dormira dans un endroit petit qu’il considère comme son lit, il va avoir tendance à se retenir pour ne pas faire ses besoins sur la litière, et à ce moment-là, vous le sortirez dès le matin quand vous démarrez la journée. La première chose à faire est de lui ouvrir la porte et de le faire se promener sur la pelouse. Ainsi, il fait ses besoins. 

Il prendra l’habitude de les faire à des heures précises d’une part. D’autre part, si vous vous absentez 2-3 heures dans la journée et que vous le remettez dans cette pièce, même s’il est propre depuis plusieurs jours, il aura fait ses besoins, alors que normalement si vous le laissez toute une nuit jusqu’au matin, il saura se retenir.

Dans la journée, il fera ses besoins parce qu’il va s’énerver, il voudra aller avec vous. Ce n’est pas compliqué à chaque fois que je sors avec mes chiens, c’est au bout de 50 mètres qu’ils font leur crotte. Donc automatiquement, si vous allez faire vos courses et que vous le mettez dans la caisse qui a servi à le rendre propre, il va se caler, il restera plus calme que si vous le mettez dans une grande pièce. Il ferait 10 fois le tour et au bout de 2-3 minutes il fera ses besoins. S’il était dans cette caisse enfermée, il ne le ferait pas. C’est une réaction naturelle, normale.

Un conseil que je peux vous donner également, c’est de ne pas le faire manger trop tard. Faites le manger vers 16-17 heures de façon à pouvoir le faire se promener à 20 heures pour qu’il soit à l’aise pour aller dormir, quand vous allez l’enfermer dans la caisse vers 22 heures.

Lorsque vous le promenez dans le jardin, même si la propriété est fermée, si vous le faites se promener le premier jour pendant 10 minutes / ¼  d’heure, si vous jouez avec lui, je pense que vous allez l’amuser. Ca va bien se passer, mais il serait bien de lui mettre une cordelette de 2-3 mètres, comme je le fais. Prendre point de repère sur mon DVD sur le dressage.

C’est important de lui mettre une cordelette, ça le connecte à son conducteur.

J’en reviens au fait de le promener dans une propriété fermée. Il est bien, au bout d’un quart d’heure, de le rentrer dans la pièce, le chenil, la caisse, peu importe. Au bout de la promenade, il faut absolument le renfermer lorsqu’il est en familiarisation, en formation, pendant son adolescence.

Si vous avez l’habitude de le sortir dans le jardin pendant 10 minutes, vous recommencez le lendemain, sans problème. Vous le faites tous les jours à la même heure, il n’y a pas de problème. Qu’est-ce qui se passe au bout de 10-15 jours ? Le chien attendra l’heure, le moment où vous devez le sortir pour jouer avec lui, il sera très content. Vous serez la personne qui lui permettra de jouer dans le jardin.

Dans un autre cas, qui est malheureusement utilisé par 90 % des gens et qu’il ne faut pas faire, j’insiste lourdement sur cette chose, et que je faisais au début de ma carrière : revenez 15 jours en arrière, vous le sortez dans la propriété (même s’il a un cordeau, peu importe – en plus les gens mettent rarement le cordeau), au bout de 10 minutes, ¼ d’heure, vous rentrez prendre un café, vous le laissez se promener dans la propriété. Ca se passe bien. Deuxième jour, vous allez jouer aussi, il est dans la propriété et il rentre dans la maison quand il veut, il fait ce qu’il veut, il court après les petits oiseaux, il va gratter pour essayer de déterrer une taupe, il va tuer la taupe. A la limite, il va jouer avec, même la manger (ça va porter préjudice après pour le rapport). Le troisième jour, au bout de 10 à 15 minutes de jeux, vous le laissez jouer dans le jardin.

Vous faites ça plusieurs jours de suite, et au bout de 15 jours, lorsque vous voudrez jouer avec votre chien dans le jardin, vous serez une personne qui va l’embêter, il a d’autres choses à faire que de jouer avec vous.

Dans un premier cas, vous ferez un chien discipliné, qui continuera la formation que je lui ai donnée. Il y aura le courant qui passe entre le maître et le chien quand vous enfermez le chien après avoir joué dans le jardin.

Dans le deuxième cas, quand vous laissez le chien se débrouiller dans un jardin où il y a des arbustes, des haies, de l’herbe, des tas de pierre, il sera alors en divagation, il deviendra un chien errant. Vous allez défaire la formation que j’ai donnée au chien, vous serez en conflit, il deviendra vicieux et peut être peureux.

 Patrick Morin, élevage d'épagneuls bretons de Keranlouan – Callac,  mars 2008
Le collier électrique
Il faut utiliser le collier électrique lorsque vous aurez essayé tous les autres moyens manuels de dressage, c’est-à-dire en dernier recours Le moyen le plus efficace et celui qui choque le moins votre compagnon sera l’utilisation du cordeau.

Pour plus de précisions sur l’usage du cordeau, veuillez vous reporter au cours de dressage disponible sur ma cassette vidéo. Il faut dresser votre chien en copain, tout en lui marquant des limites à respecter très jeune. C’est cette éducation de base qu’il gardera pendant toute sa vie en faisant le bonheur de son maître. De plus, il se donnera corps et âme pour vous. Un chien dressé de manière trop dirigiste ne s’épanouira pas totalement. En fait, la clé du dressage est de se mettre en permanence à la place du chien.

Pour ce qui est du collier électrique, voici comment il faut s’y prendre. C’est une astuce que je devrais garder pour moi. Mais je vous la livre pour le bien-être de nos chiens. Quand je vois le massacre fait sur des bons chiens avec ce collier, cela me fait mal au cœur. Souvent ce sont des gens qui n’ont pas le temps ou pas le courage, voire des personnes incompétentes.

L’idéal dans ce cas-là serait de consulter un dresseur professionnel qui connaîtra bien votre chien.

Le collier électrique doit être utilisé de façon à ce que le chien s’imagine qu’il y a une puissance surnaturelle qui lui fait mal quand il vous laisse tomber – et non pas quand il vous désobéit.

En effet, dans certaines circonstances, il est normal – et naturel surtout quand le chien est jeune – qu’il ait tendance à désobéir. Cela même tout en étant dressé.

Il faut éviter que le chien fasse une relation entre le collier, la douleur et vous. S’il ne fait pas cette relation, il sera alors déboussolé, intrigué et inquiet. Il cherchera alors votre contact. Vous le flatterez et il se sentira en confiance autour de vous. Il se laissera guider facilement par l’intermédiaire du dressage que vous lui aurez donné.

Dans le cas contraire, il ne voudra plus chasser avec le collier autour du cou et désobéira de plus belle lorsque vous l’enlèverez.

Ce qui est encore plus dramatique, c’est quand les gens commencent à dresser leur chien avec le collier électrique !!

Le dressage est une question de dosage et d’appréciation. Chaque chien est différent et un dressage trop poussé a pour conséquence de dépersonnaliser votre compagnon à jamais.

Patrick Morin élevage d'épagneul breton – Callac, le mars 2008.
La peur du coup de fusil
La peur du coup de fusil vient de maladresses provoquées directement ou indirectement par l’homme.

Il existe chez le chien de chasse certains chiens prédisposés à avoir peur de la détonation d’un fusil et d’autre non. Mais la maladresse de l’homme peut provoquer cette peur. Il faut donc faire très attention après l’acquisition d’un jeune chien de chasse pour ne pas l’effrayer par maladresse ou par un apprentissage mal adapté.
De par mon métier, j’ai pu rencontrer des gens qui m’ont fait part de leurs expériences (avec un chien bien équilibré).
Un particulier qui venait d’acheter un jeune chien avait la hantise que son chien soit prédisposé à la peur du coup de fusil. Il voulait donc le tester immédiatement. Il envoya donc son chien en forêt et l’attacha au pied d’un arbre afin de l’empêcher de s’enfuir.
Il se plaça ensuite à quelques mètres de lui et tira avec un révolver de 6 mm, ce qui le fit sursauter. Il tira une deuxième fois, puis une troisième en espérant que son chien s’habitue  à la détonation. Pour en avoir le cœur net, il prit son fusil de chasse 12 mm, se plaça à cinquante mètres du chien, puis tira. L’animal, effrayé et ne pouvant s’enfuir, se mit à courir autour de l’arbre.
Il fallut beaucoup de temps au maître avant de pouvoir calmer son chien.
Ce genre d’apprentissage forcé est bien sûr à éviter, surtout avec un sujet dont l’état psychologique n’est pas optimal.

En l’introduisant dans un environnement inconnu, la séparation d’avec son éleveur auquel il s’était attaché, le voyage en voiture qu’il ne connaissait pas, ce chien était déjà stressé avant le test.

Voici un autre exemple : le chien prédisposé a avoir peur du coup de fusil, timide et caractériel, mais possédant de très bonnes qualités pour la chasse.
Son maître voulant le mettre à l’aise, il devra laisser son chien se déchaîner sur le gibier. Ensuite, après quelques sorties, son élève sera obnubilé par la recherche du gibier et concentré sur sa course. Il attachera donc moins d’importance aux facteurs extérieurs, particulièrement si au moment du coup de fusil, il est en train de courir derrière un gibier. Il n’aura donc aucune appréhension du coup de fusil.
Troisième exemple : un chien prend accidentellement peur du coup de fusil. 
Un client, a qui j’avais vendu un chien habitué aux coups de fusils, et que j’avais fait chasser pendant plusieurs mois en fin de saison, a accidentellement donné la peur du coup de fusil à son compagnon. Or celui-ci n’avait précédemment aucune appréhension sur ce plan.
La scène se passe près d’une rivière. Le chien voulant sauter la rivière s’emmêle les pattes dans une clôture électrique qui pendait au sol. La pauvre bête, paniquée et souffrant sous les décharges électriques, mordit son maître quand celui-ci vint l’aider à le démêler. Ne pouvant intervenir, il prit son fusil et tira sur le fil pour le briser.
Le chien effrayé se démêla et s’enfuit. Son maître ne le reverra que le lendemain.
 

Une quinzaine de jours plus tard, ce client part à la chasse. Tout se passe normalement quand le chien arrête un faisan.
L’oiseau part et le maître le tire. Et à la stupéfaction complète de son maître, le chien s’enfuit complètement effrayé, prenant peur du coup de fusil.
 

Cette peur dura plusieurs mois et il me fallut beaucoup de patience et de délicatesse pour guérir le chien de la peur du coup de fusil.

Patrick Morin, élevage d'épagneuls bretons de Keranlouan – Callac,  mars 2008
L’épagneul breton est fier
Le chien qui arrête est fier et a horreur de se faire humilier par un autre chien qui lui vole l’aboutissement de son travail

Il est intéressant d’habituer les chiens à se respecter les uns les autres au « patron » parce qu’il est plus convivial de chasser avec des amis qui ont souvent chacun leur chien. Dans ce cas, il y a plusieurs chiens qui évoluent ensemble sur le terrain.

S’il y en a un qui jalouse l’arrêt de son copain et bourre, cela sème le trouble et même un sujet dressé a tendance à s’énerver.

Il peut régresser dans son dressage et pour se venger de cette injustice, il va commettre le même délit, particulièrement s’il a de la personnalité.

L’instinct d’arrêt est un réflexe conditionné par une motivation qui se transforme en passion pour la recherche du gibier.

Le chien qui arrête est fier et a horreur de se faire humilier par un autre chien qui lui vole l’aboutissement de son travail.

 

Patrick Morin – Callac, le 21 mars 2004
Polder de keranlouan
« Jamais je n’aurai imaginé qu’un chien soit aussi intelligent »
Polder venait de gagner le Championnat de France dans les années 80 et j’en étais très fier. 
Je n’arrêtais pas de venter ses qualités aux gens qui se donnaient la peine de m’écouter.
Un jour, en écoutant les récits passionnants des exploits de Polder, un client de longue date venu pour me laisser ses chiens en dressage, voulut que je lui fasse une démonstration. Avec enthousiasme, je lui proposai de le faire immédiatement.
Le terrain de travail était un petit champ rectangulaire de 120m sur 80m entouré d’un grillage de 2.50m de haut. Il y avait cinq rangées de végétation (toutes dans le sens de la longueur) ; une rangée de choux, une de blé noir, une de millet, une de topinambour et une de ronce. Il y avait dans ce terrain des faisans communs et un faisan obscur qui était beaucoup plus farouche et que l’on voyait plus rarement. Les oiseaux étaient tous entravés d’une aile. De ce fait, ils ne volaient pas lorsqu’ils étaient débusqués de leur cachette et faisaient la plupart du temps le tour du champ en bordure de grillage.
Nous entrâmes dans le parc avec mon client et j’ordonnai à Polder de s’immobiliser comme s’il était devant un juge dans un concours. Cet assouplissement a pour but de faire comprendre au chien que je suis déterminé à me servir de la formation qu’il a eu pour le faire obéir lorsque je l’aurai lâché. Au bout d’un petite minute, je le lance à la poursuite des faisans. Polder part comme un bolide, faisant confiance à sa puissance de nez hors du commun. Sa tête fut brusquement arrêtée comme s’il y eu un aimant d’une puissance inouïe pour la retenir, son corps dérapa, puis il resta figé la tête en l’air. Nous nous approchâmes émus par le spectacle qu’il nous offrait. Je le fis couler (avancer doucement pour faire partir le gibier) quelques mètres. Une poule faisane bondit de son gîte puis se mit à courir le long du grillage. Je tira un coup de revolver à blanc pour simuler une action de chasse. Pendant ce temps, le chien ne bougeait pas d’ un millimètre. Mon client ravi, me demanda de continuer. Puis je donnai le commandement de relance et Polder se permit le luxe de nous offrir le spectacle de quatre magnifiques arrêts dans une végétation très dense, à vive allure, sans faire de fautes, malgré un vent réduit.
Après avoir fait un peu plus de deux tours et demi du parc en bordure du grillage (puisque les faisans avaient tendance à faire le tour), Polder bloqua un cinquième arrêt magnifique. Le faisan obscur s’enfuit. Pendant que l’épagneul était toujours immobilisé, je repris mes commentaires à propos de son travail pertinent en expliquant que malgré son audace, sa vivacité et sa vive allure, Polder reste toujours obéissant. Tout à coup, Polder partit comme un éclair. Stupéfaction ! Il n’ alla pas derrière le faisan ! Nous étions a peu près au milieu de la longueur. Il partit à l’aveuglette, traversant les cinq rideaux de végétation. Il eu juste le temps de faire l’aller retour et le voilà déjà qui vint s’asseoir à mes pieds avec le faisan obscur dans la gueule, en me regardant dans les yeux, d’un air dominateur.
C’est a cet instant, alors que mon client me posait de nombreuses questions (pourquoi a-t-il désobéit ? pourquoi vous ne le réprimandez pas ?…), que je compris l’exploit extraordinaire qu’avait réalisé mon chien :
Polder s’est tout de suite rendu compte que les faisans faisaient le tour du parc. Il a évalué le périmètre et la vitesse à laquelle se déplaçaient les oiseaux. Il a calculé le lapse de temps nécessaire pour que l’oiseau parcoure la moitié du périmètre moins celui nécessaire pour que lui même traverse la largeur de champ. Puis il s’est élance à travers les rideaux de végétations pour retrouver le faisan qui arrivait à toutes pattes à l’endroit qu’il venait d’évaluer précisément. Il était sur de son coup, car il a eu l’audace de faire cela tout en sachant que s’il échouait, il serait réprimandé. De plus il a astucieusement choisi le faisan obscur pour que je comprenne plus facilement ce qu’il s’était passé.
Jamais je n’aurai pensé qu’un chien puisse être aussi intelligent.
L’intelligence, l’audace et la complicité exprimée par ce chien, fut la première grande révélation cynophile de ma vie.
Le conflit
Un chien acceptera beaucoup plus facilement un bon petit coup de laisse sur les fesses - si c'est mérité - à deux conditions :
D'une part, que son lui accorde immédiatement un moment de réflexion en le faisant marcher en laisse pendant au moins 50 mètres.  Puis ensuite qu'on lui fasse ré-exécuter le commandement afin de lui donner une chance de se rattraper.
Alors, comme vous lui aurez donné 99% de chances de réussir, il réussira et vous le flatterez très chaleureusement, plutôt que de lui faire des remarques incessantes qui auraient pour conséquence fâcheuses et à coup sur, de créer un conflit irréversible entre vous et lui.
Prenons un exemple dans les comportements humains :
Imaginez qu’un couple choisisse pour son enfant la solution du permis de conduite accompagnée.
La maman fait une leçon à son fils. Dès qu’il en occasion, le garçon fait des excès de vitesses malgré les remarques incessantes de sa mère. La leçon terminée, le garçon est vraiment agacé par sa mère. Il y à un conflit de créé. Et le gamin recommencera malicieusement la prochaine fois...
La semaine suivante, le papa fait une leçon à son fils. Comme il en a pris l'habitude, le garçon fait des excès de vitesse.
Le père lui fait simplement deux remarques, mais sans résultats .
Alors, il lui demande à son fils de se garer. Dès qu'il est arrêté et qu’il à serre le frein à main , le père prend les clés et lui donne une bonne paire de claques.
Dans ce cas , il n’y aura plus de conflit. Le gamin respectera son père et ne fera plus d’excès de vitesse devant lui.
Il y a des gens qui ne se font pas respecter par leur chien, parce qu’ils sont en conflit avec leur chien. Alors ils n’ont plus de plaisir à sortir leur chien, ils le sortent de moins en moins et puis plus du tout.
Et en fin de compte, ils se rendent très malheureux."
La dépression du chien
"La dépression du chien existe et peut durer quelques mois, voire des années.
J’ai rencontré ce cas de dépression sur un chien nommé Nadir, que j’avais vendu à un client. Il faisait partie du meilleur du crû de cette année là.
Ce client avait flashé - et pour cause - sur Nadir. Il m’avait confié son dressage en prenant trop à la lettre les commentaires de la revue du Club sur  le parcours d’un de mes champions de l’époque. Or ce champion avait au moins trois ans.
Nadir, lui, était un jeune chien alors âgé d’un an et demi. Son nouveau maître voulait que je lui apprenne à respecter le départ du gibier, respecter le coup de feu et le gibier au sol mort, exécuter le rapport seulement à l’ordre émis, etc.
Je lui avais déconseillé un tel dressage sur un chien si jeune. Nadir n'avait pas assez de vécu et ni le caractère assez accompli pour assimiler un dressage aussi poussé.
Ce client insistant fermement, je l’ai écouté - à contre cœur.
Nadir, à quinze mois, arrêtait le gibier formidablement bien. Il rapportait aussi naturellement, il était spectaculairement passionné.
Après cela, il fallut que je le mette au commandement d’immobilité sans présence de gibier. Quand il fut prêt pour une mise en pratique en présence de gibier, j'entrepris de le faire, non sans avoir vérifié une dernière fois auprès de mon client qu'il était bien sûr de vouloir cela.
Nadir était un chien très courageux avant que je le dresse. Malheureusement, le fait d’un dressage exagéré a eu pour conséquence de dépersonnaliser le chien.
Lorsque le dressage fut fini, le client vint chercher Nadir. Il en était très content, mais l’ayant élevé, je remarquais que son brio et sa passion s’étaient éteints. Nadir était devenu un automate et j’en avais mal au cœur.
Deux ans plus tard, ce client m’appelle en me demandent de prendre Nadir en pension quelques temps parce qu’il partait à l’étranger. Je lui demandais donc des nouvelles de Nadir. Il me répondit que Nadir était un chien très gentil et obéissant mais qu’il ne chassait pas, il n’allait pas dans les ronces, il ne faisait que les allées. A la bécasse il n’était pas opérationnel. Au gibier lâchés, il arrêtait le gibier qui se trouvait devant lui   mais il n’allait pas le rechercher.
J’étais stupéfait parce que ce chien était auparavant très courageux !
Je l’ai donc pris en pension pendant deux mois, et pendant ce laps de temps, je l’ai sorti pour comprendre et en avoir le cœur net.
C’est vrai : les trois premières sorties, je dirais que Nadir se promenait. Quand le gibier se trouvait devant lui, il l’arrêtait, je le tirais et à mon ordre il le ramenait. Mais on ne décelait aucune envie chez Nadir. 
Ensuite, j’ai eu l’idée de le sortir avec d’autres jeunes chiens pour qui c’était un jeu, comme lui autre fois. Après trois ou quatre sorties, il s’est mis à imiter ses petits copains. Je le sentais revivre. Je lui ai laissé faire les mêmes bêtises qu'auparavant et, petit à petit, sa passion et ses instincts se sont réveillés.
Je prétends, sur cet exemple frappant, que ce chien est resté en dépression pendant deux ans suite à une brimade psychologique du à un dressage trop poussé.
A son retour, le propriétaire resta stupéfait, me disant qu’il ne reconnaissait plus son chien. Il avait laissé un chien presque apathique et retrouvait un chien plein de vivacité et de passion.
Nadir par la suite, d’après les dires de son maître, se mit à respecter rapidement le départ du gibier, non pas par interdiction, mais par reconnaissance pour la nouvelle vie que lui offrait son maître !!!
Il à finit sa carrière très heureux, chassant comme un véritable chien de chasse et non comme un automate."
Le reproducteur

Un bon reproducteur doit être un chien qui présente toutes les qualités et  surtout  une qui  n’est  pas  note  ou  coté  dans  le  club que  seul  un  professionnel  peut  connaître  parfaitement  s’il  se  donne  du  mal

"Un bon reproducteur doit être un chien qui à toutes les qualités de chasse, de standard, d’équilibre mais aussi de malléabilité au dressage, tout en étant  précoce.

Le mariage est d’une importance  fondamentale. Seul le dresseur qui à dressé le mâle et  la femelle sera en mesure de le faire parfaitement. Il découvre le caractère de  chaque sujet à  l’état  vierge.

Ce n'est le cas pas les gens qui se contentent de relever les points obtenus  dans leurs pedigrees. Le mariage fait  avec deux spécimens super intelligents , super vifs et nerveux, peut obtenir des  résultats désastreux.

Cela m'est arrivé avec un couple de chiens exceptionnels dans les années 1982. Sur une  portée soit disant d’enfants  prodiges de  six chiots , j’ai eu deux  supers chiens mais  quatre complètement déséquilibrés - pour tout vous dire.

Je ne comprenais plus  rien  au problème. J’ai  été perturbé pendant  deux ans car les deux parents keranlouan étaient Ocarina [CHT, deuxième  au CHT de  France 82]  et  Pipe  [quatrième].

Leurs  chiots étaient extrêmement timides et nerveux. Ils  avaient  peur de tout, mais en les observant au fil des semaines, je me suis aperçu qu’ils avaient  toutes  les qualités de  chasseur, comme leurs  parents.

Plus  je les sortais, plus  leur instinct  de chasse  ressortait et plus  leur déséquilibre  s’amenuisait, progressivement, jusqu'à  disparaître totalement. Si les chiots n'avaient pas été dans des conditions de motivation optimales, je pense qu'ils auraient  été  perdus  à jamais.

 

Ils sont devenu, avec beaucoup de patience, d'excellents chiens de chasse. Deux  d'entre eux auraient même été capables d’être champion. S'ils étaient devenus champions, pas un seul des meilleurs dresseurs professionnels n'aurait pu se rendre compte que ces chiens avaient été auparavant déséquilibré ou timide - moi le premier.

 Leur intelligence, supérieure à la moyenne, leur avait permis de maîtriser totalement leurs défaillances psychologiques.

A l'évidence, ces chiens ne devaient pas être retenus pour la reproduction ! Or ils auraient été très bien notés sur l'échelle de valeur du CEB.

Mais alors, pourquoi deux parents extraordinaires ont-ils produit des chiens déséquilibrés ?

Il y à une raison et depuis que  je l’ai trouvée.

Pipe et Ocarina, lorsqu'ils étaient jeunes, étaient un pue timides et susceptibles. Ces traits de caractère se sont multipliés lors du croisement. Alors que les qualités de chasse se sont ajoutées.

Les  qualités naturelles s’ajoutent  les  caractères dominants se multiplient.

Depuis que je suis attentif à cela - en 1984 - j’ai produit plus de  50  champions de travail

En 2004, Orbec de keranlouan [CHIT] est le meilleur chien dans les concours de printemps en Andalousie  et  Narni de keranlouan  est première  en Fields de printemps sur bécassines  2002  2003 et 2004  trois années consécutives.

En  2005 il  y à  Treck  de  keranlouan champion  de  travail  et  champion  d’Europe

En  2006 Santal et  Tantal de keranlouan champion  de  travail et  Tantal de keranlouan  premier  a l’échelle des  valeurs se qui  correspond au (championnat  de  France  sur  bécasses )

Ubaye de keranlouan CACIT du  club  de  l’épagneul breton CACIT du  deuxième  jour  de  la  coupe  de  France(CACIT= premier  prix  international  de  travail)

En  février  2007  un  jeune  keranlouan  a  gagné  un  premier prix international  sur  bécassines

Maintenant que sont ces qualités naturelles et que sont les caractères  dominants ?

Je vous en dirai un peu plus  long la prochaine fois.

qualités Standard= petit  grand  excet, qualités  naturelles = puissance  de  nez  instinct  d’arrêt courage excet maléabilité au dressage=timidité, nerveusité précocité excet

A vous  de  trouver  à  condition  qu’un  chien  soit  dans  la  moyenne  sur  tous  les  plans  quel est  sa  qualité  principal?

... et  quel  est son  défaut  le  plus  grave?

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