L’instinct de la course à la poursuite
L’éveil de l’instinct naturel du jeune chiot doit être fait le plus tôt possible.
Dès l’âge de 6 semaines, nous les sortons, toute la portée ensemble, en essayant de les emmener jusque dans une clairière ou dans un bois pour leur faire découvrir la nature assez tôt. C’est la raison pour laquelle je déconseille à toute personne qui veut acheter un chien de le prendre à 2 mois parce que l’initiation de base reste pendant toute la vie du chien et ne sera jamais aussi bien faite que par un professionnel qui aura en plus le matériel de travail adéquat pour faire épanouir les instincts du jeune chien.
Si le travail est bien fait, le chien sera connecté à son maître et se dressera tout seul. Il boira donc les paroles et les gestes de son conducteur et cherchera à lui faire plaisir. L’idéal pour prendre un chien est de le prendre entre 4 et 6 mois. Habituellement, à cet âge-là, ils sont déjà déclarés et pointent des arrêts, ils sont habitués aux coups de feu et connaissent les différences de biotop et surtout, surtout gardent le contact.
Alors, la qualité naturelle de base la plus importante, la plus forte dont je me sers durant toute la vie du chien et qui a pour effet de faire obéir le chien en douceur et le déclarer, c’est l’instinct de course à la poursuite.
L’instinct de course à la poursuite, qu’est-ce-que c’est ? Vous avez entendu parler des moutons. Quand il y a un mouton qui part, les autres suivent. Imaginez que vous soyez dans un grand champ de plusieurs hectares. Au bout du champ, il y a un épagneul breton qui semble regarder sur la gauche. Il est à 150 mètres de vous et regarde sur la gauche un autre épagneul breton qui est à 100 mètres de lui. En résumé, au bout du champ, il y a 2 épagneuls qui s’observent et qui sont à 100 mètres l’un de l’autre. Tout d’un coup, en même temps, chacun des 2 chiens se ruse l’un vers l’autre et fait 40 mètres. Et donc, ils s’observent et s’arrêtent à 20 mètres l’un de l’autre. A un moment donné, celui de gauche bouge un peu la tête et fait peur à l’autre. Le chien qui est à droite s’en va, celui de gauche court après celui de droite, c’est systématique. Si c’est le contraire, celui de gauche court et s’en va de peur et c’est celui de droite qui le suit. L’instinct de course à la poursuite, c’est ça.
Si vous prenez, vous appelez un chien en disant : « viens ! ». Que se passe-t-il dans sa tête ? Il va penser que vous allez le ramasser, que la leçon est terminée, que vous allez le prendre en laisse et l’enfermer dans le chenil. Par contre, si vous l’appelez en vous en allant, en partant vers une différence de biotop, en l’occurrence vers un talus, ça a pour conséquence de signifier au chien dans sa tête, il va analyser ce qui se passe, il va se dire : « mince, là je suis avec mon maître, il me promène dans un champ, et puis il va dans un bois (ou vice-versa) ». A ce moment-là, son maître s’en va pour se promener dans un autre champ, pour découvrir un autre territoire. Si vous appelez le chien en même temps, tout en se déplaçant, ça fait un rappel puissance 10. Vous vous aidez de l’instinct de course à la poursuite.
Quand un petit chien tombe sur ses premiers oiseaux, lorsqu’il manque un peu de mordant, même si on sent qu’il a des instincts qui sont en lui, le chien regarde l’oiseau et, tapi, ne bouge pas (en l’occurrence une caille qu’on a un peu entravé). Et bien, pour procurer de l’intérêt, il suffit de faire bouger l’oiseau. Vous faites bouger l’oiseau et le chien va être attiré par l’effet de déplacement : encore l’instinct de course à la poursuite. L’instinct de déplacement aura pour conséquence de motiver le chien et c’est comme ça qu’on arrive à déclarer des chiens.
Imaginez que vous ayez un chat qui guette une souris dans un trou. La souris sort du trou et à ce moment-là elle est très vive. Elle s’éloigne de 4-5 cm du trou, 10 cms et revient. Le chat a peut-être un peu bougé l’oreille. Il est à l’arrêt et guette. Alors, étant donné que le chat reste immobile, la souris se déplace plus loin, à 50 cm et le chat juge qu’il peut éventuellement bondir puisqu’il est à 2 mètres. Pour avoir une chance de l’attraper, il bondit à ce moment-là. Il se tétanise avant pour laisser la souris s’éloigner. Si la souris sort tranquille de son trou, le chat à l’arrêt, si elle se roule d’un côté et de l’autre, elle met un temps fou à se cacher, le chat ira tranquillement récupérer la souris sans se tétaniser, sans l’arrêter. Pour les cailles, les perdrix et les bécasses, c’est la même chose. Encore une fois, c’est l’instinct de course à la poursuite qui tétanise l’animal.
Cet instinct de course à la poursuite, il faut le faire se connecter au chien pour avoir un bon chien, pour avoir la recherche du mouvement.
Vous appelez un chien qui est à 50-100 mètres, il faut automatiquement faire 3, 4, 5 pas sur le côté juste quand le chien lève la tête et vous regarde. Le rappel, le coup de sifflet n’a pas pour conséquence de dresser le chien mais d’attirer son attention. Le fait de bouger à ce moment-là conditionnera le chien à venir, il verra que vous changez de direction pour aller dans un autre champ, mais si vous habituez le chien à faire attention, il deviendra très très obéissant naturellement. Par contre, si vous insistez, si vous restez sur place et essayez de dresser par la force des poignets, vous dresserez le chien en ouvrier, comme un automate et le chien sera à 50 % de ses capacités alors que si vous le dressez en copain, le chien se donnera à corps et âme pour vous, pour vous faire plaisir.
Je ne fais pas obéir les chiens, mais je leur donne envie d’obéir.
Patrick Morin, élevage d'épagneuls bretons de Keranlouan – Callac, mars 2008