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La chance

La chance d'ouverture d'équilibre naturel dure parfois quelques secondes voire moins. Elle oriente votre chien vers des horizons totalement différents si il a su prendre ou pas cette chance...

La buse et la perdrix

J’ai organisé des chasses à la journée pendant 15 ans dans une clairière au milieu d’un bois, une clairière qui était magnifique et faisait une centaine d’hectares et entrecoupée d’un chemin empierré au centre. De part et d’autres de cette route empierrée il y avait des champs, j’y avais fait de la culture à gibier. Je lâchais beaucoup de perdrix. Il est vrai que toutes les buses alentours venaient s’alimenter sur les perdrix blessées ou tuées mais qui n’avaient pas été ramassées par les chasseurs. En fait il y avait une concentration de buses importante qui venait régulièrement. Et un jour j’entends une perdrix qui crie comme si elle avait mal. J’avais un petit chien de 6 mois en laisse et machinalement j’accélère le pas pour aller voir ce qui se passe. Et qu’est-ce-que je vois ? Une buse qui s’envolait avec une perdrix vivante qui criait coincée dans ses serres.

Machinalement je lâche mon petit chien de 6 mois, j’ai crié pour que la buse lâche la perdrix qui était un peu abimée. Puis ayant fait 15-20 mètres en essayant de s’envoler elle lâche la perdrix qui volette près de nous, elle tape dans les branches, dans les sols. Elle se pose lamentablement à 30 mètres de nous au pied d’un petit talus.

Un arrêt cataleptique soudain

Le petit chien ayant vu cette scène est attiré par le mouvement qui est procuré par les oiseaux et prend la direction qu’avait prise la perdrix en tombant des serres de la Buse. Elle avait laissé en se débattant un cône  d’émanation dans l’air et en s’éloignant et se faufilant dans la végétation pour aller se cacher elle avait laissé une tracée directionnelle de cette émanation par rapport à son déplacement. Le petit chien rentre dans le cône d’émanation, s’énerve, court partout dans les herbes hautes. L’émanation de la perdrix disparaissait en descendant au contact de la végétation la plus basse. Le chien s’énervait, s’éloignait de moi et allait vers l’endroit où la perdrix semblait s’être posée. 

A un moment donné, il me semblait à 10-15 mètres avant l’endroit où la perdrix semblait s’être posée, paff ! ! le chien fait un arrêt cataleptique. Un chien de 6 mois, j’étais content mais ça me paraissait bizarre. J’avais vu l’oiseau manifestement se poser 10-15 mètres plus loin. J’ai mis un certain temps avant  accéder à proximité du petit chien. Il avait traversé un roncier, des joncs relativement hauts, il avait passé par-dessus un talus. Il était en équilibre à l’arrêt à l’extrémité supérieure du talus. 

Déclaration précoce

Donc j’arrive près du chien, je monte sur le talus, et fla, fla, fla, une bécasse qui part. Le chien de 6 mois venait d’arrêter une bécasse pendant 2 minutes. J’étais en extase devant le fait que le petit chien se soit déclaré, c’était très joli. Le petit chien arrête la bécasse, très bien. La bécasse qui n’a pas été tirée vole, pas très rapidement, puis se repose à 50-80 mètres, traverse le champ de joncs. Le petit chien court après elle, traverse le champ difficilement (c’était 2 fois plus haut que lui) et comme la bécasse avait volé à ras de joncs l’émanation de la bécasse qui descend se reposait délicatement sur le haut des joncs et le chien connecté par ce cône d’émanation qui suit la bécasse qui se déplaçait, le petit chien a mis 2-3 minutes à arriver à l’endroit où elle s’était posée. Il arrive à l’endroit où s’était posée la bécasse 1 mn auparavant parce qu’elle a mis 10 secondes pour faire ce trajet alors que le chien a mis 1-2 mn. 

Il arrive à l’endroit où était la bécasse, paf ! il la rebloque. J’ai mis encore plus de temps à arriver près du chien parce que les joncs étaient assez serrés. Il a fallu que je me déplace. Je mets 3 mn à arriver près du chien, je le caresse, je n’en croyais pas mes yeux. Je fais avancer le chien, je fais décoller la bécasse. Elle part pile 3-4 mètres devant lui, c’était impeccable la bécasse « va un peu plus loin ». Le chien repart derrière (je n’avais pas vu où elle était posée). Il met plus longtemps à la retrouver, rebloque un arrêt. Je mets 2-3 mn à arriver près du chien, j’étais comme dans un rêve, tout paraissait facile. J’arrive, je reste 3-4 mn près du chien à l’arrêt, je le caresse, j’essaie de voir la bécasse par terre, je ne la vois pas. Je me dis « elle est partie ». Je le fais avancer. Non, elle n’était pas partie, elle était à 7-8 mètres dans les ronces, elle repart. Le chien, tout énervé part dans tous les sens. Je regrette une chose, c’est de ne pas avoir la caméra pour le filmer, c’était magnifique. Voilà la scène d’un chien qui se déclare à la bécasse.

Le destin et la chance

Si le petit chien n’avait pas décidé en un dixième de seconde de partir avec le bruit que provoquait la perdrix étant dans les serres de la buse, s’il n’avait pas traversé les ronces et suivi l’émanation dégagée par la perdrix qui s’échappait de l’entrave de la buse il n’aurait pas eu la chance de rencontrer la bécasse, il n’aurait jamais été à cet endroit-là, il n’aurait pas été en contact à la bécasse, il ne se serait pas déclaré à  l’arrêt. Son avenir s’est décidé sur cette seconde-là. Il a décidé de saisir sa chance mais cette chance-là, ça a été un concours de circonstances qui s’est passé à un certain moment dans sa vie. 

Cela aurait pu se produire avec un autre chien qui n’aurait pas saisi cette chance-là. Ou, la perdrix étant posée à 30 mètres de moi, j’aurais essayé de mettre le chien dessus, le chien qui n’aurait pas voulu traverser la ronce. A ce moment-là j’aurais été devant le chien et en passant sur le talus en allant chercher la perdrix pour la mettre en contact du jeune chien. J’aurais vu voler la bécasse, j’étais passé devant. Donc cette chose a été un tournant dans la vie de ce jeune chien de 6 mois. En une seconde, cet état de fait a été fondamentalement un départ pour une nouvelle vie pour ce chien. Il n’aurait pas arrêté ces 3 bécasses, il n’aurait pas été connecté sur ces 3 bécasses-là je l’aurais orienté vers une carrière de chasse traditionnelle au contraire. Je l’ai sorti davantage à la bécasse. Après en avoir arrêté une trentaine je l’ai vendu à une personne qui l’utilisait pour chasser la bécasse.

Je prétends que ce chien-là, s’il n’avait pas saisi cette chance-là à ce moment-là à l’âge de 6 mois, si je l’avais motivé à être entrainé sur perdrix et faisans qui ont un autre comportement que celui de la bécasse, il aurait été habitué à travailler de cette façon-là sur perdrix et faisans, il aurait été mis en contact de bécasses même la saison suivante, ce n’est pas sûr qu’il aurait arrêté la bécasse. 

Devenu bécassier à quelques secondes près

Ces oiseaux ont un comportement spécial. Là, cette bécasse-là en l’occurrence, quand elle s’est fait arrêté par le petit chien, celui-ci est arrivé. Cette bécasse-là avec le bruit que faisait la perdrix dans les serres de la buse elle s’était mise en apnée. Ca a duré 2-3-4 mn. Automatiquement elle ne laissait pas d’odeur. Le petit chien serait là 3 ou 4 mn auparavant il n’aurait pas senti la bécasse, même en passant au même endroit. Mais comme une bécasse ne peut pas rester en apnée plus de 3-4 mn lorsque le petit chien est passé sur le talus pour aller chercher la perdrix la bécasse s’est relâchée à respirer, à laisser dégager une émanation et le chien a saisi cette émanation pour arrêter la bécasse. Donc c’est compliqué et c’est simple à la fois. Ce sont des choses naturelles qui s’expliquent et de toute façon les bécasses se comportent toujours de cette façon-là. Les bécasses sont des animaux intelligents et quand il y a un danger se déplacent de quelques mètres et se cachent derrière un tronc d’arbres ou un roncier, se bloquent et se mettent en apnée. 

Les chiens qui ont l’habitude connaissent ce comportement –là et quand ils arrivent dans un endroit susceptible d’avoir des bécasses, ils connaissent les postes où sont susceptibles d’être les oiseaux, ralentissent dans ces postes à bécasses. S’ils se rendent compte qu’une bécasse était-là il y a 3-4mn ils bloquent l’arrêt. C’est une chose qui ne peut se faire que dans des endroits confinés, dans des endroits renfermés où il y a des arbustes, des petites ronces, des fougères, des herbes sauvages où les émanations de la bécasse ne peuvent pas être balayées par le vent en 15 secondes comme elle est balayée dans les endroits où on trouve des perdrix et des faisans. 

Chasser une bécasse comme une perdrix ou un faisan ?

Une bécasse si vous la mettez dans un endroit où on trouve des perdrix et des faisans, il faudrait la chasser comme une perdrix ou un faisan, c’est-à-dire au bout de 15 secondes quand la bécasse ou la perdrix serait mise en apnée il n’y a plus aucune odeur stagnante parce que dans les champs uniformes ou les prés le vent balaie les émanations. 

Une perdrix ou un faisan c’est pareil. Dans les bois si ces oiseaux ont le comportement de la bécasse le chien chassera justement en émanations indirectes parce que l’émanation stagnera, sera retenue par les talus, par les mousses, par tout ce que vous voulez. A ce moment-là ce sera une indication à la présence d’un animal pour un chien qui a l’habitude de travailler dans ces endroits-là. Si le chien est habitué pendant 6-8 mois à travailler d’une autre façon il n’a pas la présence d’esprit de le faire, même s’il est intelligent, même s’il est bon, même s’il a un nez sensationnel. C’est une méthode de travail et un concours de circonstances que saisissent à pleines dents les chiens vifs, intelligents et qui ont une très grande largeur d’ouverture d’esprit. Ces chiens-là il faut qu’ils le fassent avec des conditions favorables. Ils vont faire des arrêts rapidement. Le premier jour, même à un âge relativement jeune il va arriver à faire des arrêts sur bécasses, ce n’est pas parce qu’il sera un chien exceptionnel. Ce sera un excellent chien qui a saisi sa chance parce qu’il faut qu’il y ait une chance à saisir. 

Comprendre son chien, tout simplement...

Je me répète, comme je l’ai dit tout à l’heure au même endroit la bécasse ne va pas sentir de la même façon. Si elle s’est relâchée avec un souffle de respiration ou si ça fait 3-4 mn qu’elle reste en apnée, c’est totalement différent. Tout le problème est là.

Généralement dans une vie de chien, à un moment donné ou à un autre il faut donner sa chance et il la saisira. Le problème, pour que le chien la saisisse il faut qu’il ait un maitre qui essaie de le comprendre. 

Tout simplement.


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