Le Maître, mon père
LE MAITRE
Guy Morin, naissance d'une passion


Baudot et Covolo, histoires d'hommes & de valeurs

Naissance d'une souche nouvelle pour l'épagneul breton

Il est vrai que surtout lors des fields de printemps, les bretons étaient confrontés à leurs rivaux de races continentales, des chiens deux fois plus grand qu'eux, les braques allemands. C'était la bagarre entre les deux races. Avant mon père, les braques dominaient avec leur physique. Il a très nettement rétabli la situation à la plus grande joie du club de l'épagneul breton qui lui a rendu hommage lors de la Nationale d'élevage qui s'est alors déroulée en Normandie.
Tintin de Keranlouan
Il a su le faire avec doigté et maintenant je pense que tous les éleveurs actuels ne peuvent que tirer un coup de chapeau à mon père. Et le premier chien qui fut issu de ces croisements-là fut le premier champion d’Europe en 1976, le roi des épagneuls bretons : Tintin de Keranlouan.

Tintin était une merveille tant sur le plan de la chasse, du style, du standard parce que il était champion de France de beauté également, champion international de travail évidemment mais en plus il avait une étincelle, un brio, une complicité et une chose à laquelle on ne pense pas, dont les gens ne parlent pratiquement pas, c’est une chose que j’ai essayé et réussi à conserver je pense, qui est primordiale pour moi et qui fait souvent passer les Keranlouan avant les autres, c’est le cœur à l’ouvrage et la maniabilité au dressage.
Tintin qui avait toutes les qualités plus une apportée par la retrempe de setter qui était dans son sang fut un des premiers, ou le premier des épagneuls bretons reconnu qui avait le patron naturel. Parce que l’épagneul breton au démarrage est un chien très fier, orgueilleux et un peu jaloux et avait horreur qu’on lui vole l’aboutissement de son travail. Donc dès l’instant où il était à l’arrêt et qu’un autre chien arrivait à sa hauteur, c’était plus fort que lui, il fallait qu’il avance. Chacun des 2 chiens bougeaient et mettaient en vol le gibier alors qu’ils chassaient en couple. C’était très difficile de chasser en couple avec des épagneuls bretons du début du siècle. Et Tintin a été le 1er chien épagneul breton, le prototype, qui avait dans ses gênes un patron naturel.
Les machines à gagner
Tintin de Keranlouan mit en route dans ses produits des machines à gagner : Lulu, Lassa, Violette et bien d’autres. Ensuite ce fut une avalanche de champions de travail qui tomba chez les Keranlouan.
Mon père décida de s’installer définitivement à Callac parce qu’il y eut un ultimatum dans sa vie professionnelle. Il fut, au bout de 19 ans de carrière nommé à Noisy le Sec en région parisienne. Il a passé 3 mois là-bas, est tombé en déprime sans ses Keranlouan et a décidé d’arrêter son métier au bout d’une vingtaine d’années d’activité et il est devenu professionnel éleveur-dresseur de chiens d’arrêt, spécialisé dans les épagneuls bretons avec l’élevage de Keranlouan. Ce fut le 1er professionnel dans la région Ouest qui vécut exclusivement de l’élevage et du dressage d’épagneuls bretons.
Ma vocation pour les chiens
Depuis ma plus tendre enfance, je fus baigné dans cette ambiance magique que m’offrait ce contact des petits bretons avec l’exemple d’une personne qui était admirée de tous, je n’ai pu que craquer. Et très vite, je n’ai eu plus qu’une idée en tête, faire le même métier que mon père et devenir éleveur-dresseur d’épagneuls bretons. Lorsque j’étais à l’école primaire en période d’ouverture de la chasse l’après midi je n’attendais qu’une chose le son de la cloche de l’école qui signifiait l’heure de la fin des cours
J’avais une peur folle que mon père après son boulot à 16h 30 ne m’attende pas pour m’emmener avec lui à la chasse ,alors au son de la cloche tout allait très vite et je parcourait la distance qui séparait l’école de mon domicile en un temps record. Généralement mon père m’attendait assis dans sa deux chevaux camionnette, les chiens dans les caisses près à partir. Trois secondes après nous étions partis. Mon père chantait s’était le bonheur.
De ma vie entière je n’ai jamais retrouvé une telle émotion cynophile et je cours toujours après l’impossible (retrouver les conditions de travail des keranlouan en action de chasse faisant plaisir au chien et au maître à la fois de façon si intense sur gibier naturel).
Dès que j’en ai eu la possibilité, j’allais à l’entrainement avec mon père et très vite mon père m’a donné l’occasion de présenter des chiens qu’il avait parfaitement dressés en l’occurrence. Le 1er chien que j’ai présenté, c’était Tintin dans les années 1974. Il m’a donné Tintin à présenter dans un concours à Artenay et Tintin a fait 3 points. D’une façon, Tintin était un chien fabuleux qui aurait été présenté par n’importe qui, c’était pareil ; il était d’une gentillesse, d’une intelligence et s’adaptait dans toutes les circonstances. Je n’avais aucun mérite mais ça faisait tellement plaisir à mon père que je fasse mes premiers résultats avec Tintin. J’ai fait le CAC avec Tintin évidemment et le lendemain j’ai présenté Rac du moulin de Callac avec lequel j’ai fait un CAC aussi. C’était des chiens qui avaient été dressés à la perfection par mon père.
Mes premiers chiens

Le 1er chien sur lequel j’ai fait mes 1ers crocs fut Iman de Keralouan. J’ai eu un mal fou, c’est un chien de forte personnalité. J’ai mis 2-3 ans à le dresser parce qu’à cette époque-là on n’avait pas de collier électrique. Sur les lièvres, c’était une sacrée paire de manches. Je le perdais pendant des heures. Après, il y eut Indien de Keranlouan et j’ai enchainé avec Patronne ,Uman, Ulan, Vandick, Erine, Ebert. Je suis arrivé à épauler mon père dans les concours. C’est vrai que dans ces années-là, entre 1960 et 2000, ça a été une avalanche de champions de travail produite par l’élevage de Keranlouan.
Des champion de travail de Keranlouan, il y en a aujourd’hui entre 120 et 130 si on compte les champions de travail en France et en Italie (environ 50) fait par notre meilleur client et ami, Claudio Lanzi et son frère Franco. Les plus illustres de ses chiens ont été Ulan de Keranlouan qui a dominé l’Italie pendant de nombreuses années et Irian de Keralouan. Tous deux ont obtenu la 1ere place à l’échelle de valeur en France dans les années 89 avec Ulan et 96 avec Irian.
Champions aux points ou à la Coupe ?

Mon père me disait toujours que les récompenses obtenues sur toute une saison étaient toujours beaucoup plus difficiles que les récompenses obtenues sur 2 jours à l’occasion d’une manifestation en coupe de France ou championnat d’Europe ou du monde. Ça a toujours été des disciplines qui étaient un peu manipulées. C’est facile d’influencer le jury ou mettre des chiens dans différentes conditions de travail sur le terrain parce que comme je vous l’ai dit sur mes différents blogs, les chiens ne sont pas à la même égalité le même jour selon les conditions atmosphériques. S’il pleut le matin et qu’il fait beau l’après-midi, si le chien court sur un billard ou sur des différences de dénivellation ou face à un bois. Cela, les professionnels le remarquent de suite, les spectateurs derrière qui sont amateurs de chiens le remarquent moins, les juges reconnaissent cette différence-là évidemment. C’est la raison pour laquelle il est facile de favoriser un chien dans une discipline sur un jour ou deux. C’est ce qui se passe malheureusement dans ces disciplines-là le jour des coupes de France et d’Europe. Par contre mon père disait toujours que les résultats sur la saison étaient beaucoup plus significatifs d’un bon chien.
Disons que le meilleur chien de France était champion par points et non pas le vainqueur de la coupe de France.
Justice et honnêteté
Le problème dans cette histoire-là est que la coupe de France et le championnat d’Europe et du monde sont beaucoup plus médiatisés que le championnat par points, donc l’échelle des valeurs. Mon père n’a jamais compris cela, ni moi non plus. Mon père avait horreur des injustices et le faisait savoir. Il n’y allait pas par 4 chemins pour dire les 4 vérités à un juge qui se trompait. Ca encore il acceptait à moitié mais quand un juge essayait de faire des injustices sciemment, je vous garantie qu’il ramassait un savon. Qu’il y ait 2 personnes autour de lui ou 100, c’était pareil, il s’en fichait. C’était une personne qui était très crainte par les juges. Il fallait qu’ils fassent attention.
C’est lui, Guy Morin, qui a dénoncé le comportement de certains juges à la centrale canine. Il a envoyé un courrier assez corsé pour dénoncer des juges incompétents et malhonnêtes.
Il a été mis à l’écart. Les 2-3 années qui ont suivi l’envoi de ce courrier, la plupart des juges se sont mis contre lui.
Le problème dans cette histoire-là, la prestation de ses chiens sur le terrain ne pouvait pas l’empêcher de gagner. C’est vrai qu’il gagnait moins souvent, il était souvent 2e, il avait la réserve de CAC alors qu’il méritait le CAC mais la qualité de ses chiens et le parcours qui était fait sur le terrain ne pouvait pas faire mentir les résultats de la saison parce qu’à chaque fois il était en tête en championnat de France par points ces années-là.
Très vite, en fin de saison qui a suivi ce courrier, les juges qui l’avaient mis en 2e place ou en réserve de CAC en première partie de saison . Je pense qu’il y a eu des remontrances contre lui, qu’il fallait être sévère . Même étant sévère contre lui, c’était impossible de le mal juger. Certains jours il était vraiment imbattable et ces jours-là étaient assez nombreux.
Une histoire de famille
Mon père prenait son travail à cœur, il était passionné et se donnait corps et âme au travail qu’il effectuait. Ca lui a valu plusieurs fois certaines déprimes.
Les concours lui tenaient tellement à cœur, c’était tellement prenant pour lui, qu’il avait de plus en plus de mal à s’en remettre à la fin des concours, quand il rentrait chez lui à la maison. Il y avait le contrecoup de la tension qui avait été effectuée pendant 2-3 mois, le contrecoup était dur à vivre pendant 1mois ½ après les concours. Pendant ce temps mon père avait un passage à vide terrible.
Mon père et moi avons une chance inouïe d’avoir une personne à nos côtés, qui nous a toujours aidés avec un courage et une générosité sans limite. C’est vrai qu’on pouvait compter en permanence sur elle et qui s’occupait de tout le fonctionnement du chenil. Elle était la cheville ouvrière de l’établissement, de l’élevage de Keranlouan. C’est elle qui nous a permis de partir mon père et moi nous battre avec les Keranlouan et comme disait certains « casser la baraque ». C’est elle qui nous a permis de faire monter cet élevage qui est devenu le plus puissant élevage d’épagneuls bretons, qui a produit le plus grand nombre de champions de travail. ( accueillir les clients, répondre au téléphone, s’occuper de la gestion-comptabilité de façon à ce que, lorsque nous rentrions mon père et moi, nous n’avions plus qu’à mettre nos 2 pieds dans nos chaussons). Nous partions tous les 2 pendant de nombreuses semaines et quand nous rentrions tout était impeccable. L’élevage de Keranlouan pouvait redémarrer au quart de tour sans faire un travail de préparation puisque tout était prêt, tout était fonctionnel, tout était nickel à notre retour.
Je n’ai qu’une seule chose à dire : MERCI MAMAN.

Aujourd’hui, les Keranlouan veulent prouver qu’ils ne sont pas seulement bons mais également beaux, aidé par mon ami qui était le bras droit de Claudio Lanzi, spécialiste d’exposition qui a classé une dizaine de Keranlouan champions de beauté. Il s’agit de mon correspondant italien Oliviero Merli.
Merci à Guy et Yvonne Morin. Je vous embrasse très fort pour tout ce que vous avez fait pour les Keranlouan; sans oublier mon petit frère Yann qui à construit mon site www.keranlouan.com.
Patrick Morin
site : www.keranlouan.com