Mon chien est meilleur que le champion
J’avais un chien, Polder de Keranlouan, qui était une très grande révélation dans ma vie. C’était un chien qui avait gagné le championnat de France par points au printemps sur gibier naturel et il venait de gagner le championnat de France sur gibier tiré en automne...
Mon chien est meilleur que votre champion !
C’est une remarque que j’entends tous les ans depuis que je me suis installé, 3 ou 4 fois dans l’année.
Le chien de chasse qui n’a pas suivi un dressage très poussé, qui a suivi une formation d’éveil en qualité naturelle se laisse porter par ses instincts et garde sa personnalité et automatiquement est beaucoup plus efficace que si on lui a inculqué un dressage très poussé : avoir un respect du départ, respect du coup de feu, respect de l’oiseau tombé par terre et donc l’autorisation d’aller chercher le gibier simplement que quand on lui donne l’ordre.
Le dressage très poussé a pour conséquence dépersonnaliser l’animal. Lorsque le chien n’a pas cet inconvénient, il est évident qu’il reste plus facilement à 95 % et à 100 % de ses capacités qu’un autre chien qui a été dressé et formé pour une chose bien concrète et un peu contrarié, automatiquement. .Le chien qui na pas été dressé est peut-être plus efficace pour chasser mais à tendance à chasse pour lui
Belle 5 - Polder 1, raclée à la bécasse
Maintenant je vais vous raconter une histoire qui s’est passée dans les années 80. J’avais un chien, Polder de Keranlouan, qui était une très grande révélation dans ma vie. C’était un chien qui avait gagné le championnat de France par points au printemps sur gibier naturel et il venait de gagner le championnat de France sur gibier tiré en automne. Je levais les bras au ciel. Je disais à tout le monde « j’ai gagné le championnat de France, j’ai le meilleur chien de France ! ». J’avais tendance à être prétentieux à l’époque et depuis cette scène-là, il faut reconnaître que les fois où j’ai gagné ensuite, j’ai crié moins fort. La scène se passe à proximité de Callac, à Bulat chez mon ami Théophile, copain de chasse, copain d’adolescence. Et bien, il se trouve que Théo a une chienne qui s’appelle Belle qui est très intelligente avec beaucoup de personnalité, qu’il a eu beaucoup de mal à faire obéir, on l’a canalisé ensemble. Il s’avère qu’il s’agissait d’une déesse de la chasse à la bécasse. Mon copain Théo me propose de venir faire une journée de chasse avec Polder, mon meilleur chien de France. Alors je pars, tout feu, tout flamme et la journée commence. Une bécasse, 2 bécasses arrêtées, 3 bécasses arrêtées et en fin de compte, le soir il y avait eu 6 bécasses d’arrêtées. On avait réussi à n’en prélevé qu’une. Mais le problème est que sur les 6 bécasses arrêtées, il n’y en avait qu’une arrêtée par Polder. Le soir, je criais moins fort. Il faut reconnaître que j’étais déçu de mon champion de France. Je ne comprenais pas. Pour moi, ce chien-là était supérieur à la chienne de Théo, qui était une chienne exceptionnelle, mais Polder, c’était Polder. C’était un seigneur. Je ne comprenais pas que Polder se fasse battre par Belle. Elle était fabuleuse cette chienne mais je ne voyais pas Belle faire le travail qui a fait Polder durant toute sa carrière tout en gardant la personnalité que Polder a gardé. Je ne voyais pas ça du tout.
Remise en question du champion ?
Cette histoire m’a chagriné. Mon copain qui était psychologue n’a pas enfoncé le couteau dans la plaie en se moquant de moi, il n’y a pas eu de problèmes de ce côté-là. En tout cas, ça m’a chamboulé et j’ai essayé de comprendre et à force de réfléchir, j’ai vu qu’il y avait une explication, c’est la suivante : Polder, lorsque je l’ai préparé, qu’il était adolescent, il avait 10 mois, je l’ai emmené en Beauce dans les grandes plaines et je lui ai demandé de faire des lacets croisés à droite, à gauche. Il partait à 120 mètres de chaque côté et je marchais au pas et en marchant, au bout de 2 kms sur un parcours qui faisait 25-30 mn, il y avait 20 couples de perdreaux sur le terrain parcouru. Le problème est que la végétation était relativement rase et il y avait également quelques lièvres qui faisaient des émanations indirectes. Il fallait qu’il aille très vite pour éventuellement surprendre les 2 ou 3 couples de perdreaux à l’avantage d’une têtière qui pourrait se laisser approcher par rapport à l’exécution rapide de l’évolution de mon chien sur le terrain. Mais si Polder avait ralenti sur les 17 impacts d’envol de perdreaux qui partaient très loin, inapprochables et qui étaient sur le terrain, il n’aurait pas arrêté les 3 couples en les surprenant par sa vitesse d’exécution, si Polder s’était laissé retarder à mettre le nez à terre comme il faut le faire à la bécasse pour trouver les bécasses ; moi je l’ai formé à se désintéresser des émanations indirectes au sol et c’est comme ça qu’il n’a pas ralenti et qu’il a surpris les 3 couples de perdrix par rapport à la vitesse qu’il gardait.Tout le travail exécuté rapidement est très nettement plus difficile à réaliser
En plaine à toute vitesse il fallait qu’il analyse les impacts d’envol et les émanations du gibier sur le terrain existant. C’est très difficile à faire puisque tout ce qui est fait d’une façon rapide est beaucoup plus difficile que lorsqu’il y a un ralentissement. En l’occurrence en ce qui concerne la chasse à la bécasse, c’est totalement le contraire. Le chien qui est habitué à chasser la bécasse ralentit, repère les biotopes dans lesquels il peut trouver les bécasses. C’a s’appelle « les places à bécasse » et la bécasse, en entendant le chien arriver, retient son émanation pendant 2-3 mn ou le plus long possible. Le chien qui a l’habitude de chasser la bécasse ralentit vers l’endroit où il y a une place à bécasse. Et si ce chien qui a l’habitude de chasser la bécasse arrive au ralenti près de ce poste-là, il remarque qu’il y a une bécasse qui était là il y a 2-3 mn. La bécasse a retourné une herbe, elle a frotté ses ailes contre une fougère ou autre, elle a laissé une odeur indirecte à peine perceptible qui est diluée dans les airs et qui se trouve stagnante à 50 cms de hauteur. Donc Belle qui était une super chienne à la bécasse sait pertinemment bien que s’il y avait une bécasse là il y a 2-3 mn, il y a 99 chances sur 100 qu’il y ait une bécasse qui se retient en apnée, donc elle arrête. Même pas dans la direction de la bécasse, elle arrête où la bécasse était. Elle reste immobile tout en sachant bien que la bécasse ne peut pas rester 10 mn en apnée. Donc la bécasse se lâchant au bout de 3-4 mn, le fait de respirer laisse dégager une émanation dans l’air ambiant et la chienne trouve le cône de l’émanation de la bécasse parce que les émanations de la bécasse se sont dégagées par sa respiration et à ce moment-là le chien se retourne progressivement. Si la bécasse reste suffisamment au sol vers l’axe de la bécasse et elle oriente son arrêt vers la bécasse au bout d’un certain temps si elle ne vole pas avant.
Polder, lui, je lui ai toujours défendu de s’intéresser aux émanations au sol, il n’allait pas arriver assez vite pour récupérer les 2-3 couples de perdreaux qui se seraient surprendre à l’avantage des têtières en plaine. Donc, automatiquement, une émanation indirecte, même en plus s’il ne connaît pas le comportement de la bécasse et bien, il fonce et ne s’en occupe pas. En fait pour la bécasse qu’il a arrêtée sur les 6, il a arrêté une bécasse en émanation directe sous un houx donc face au vent. Là, il arrêtait parfaitement bien.
De la force de la pratique en étant jeune
En résumé j’ai trouvé la raison du comportement de mon chien. Ca m’a rassuré un peu. Le problème c’est que Belle, qui est une chienne extraordinaire, j’aurais eu du mal à la faire se désintéresser des émanations au sol et lui demander d’aller suffisamment vite pour bloquer les 3 couples de perdreaux ou bien d’accepter de rester immobile à l’envol.Je ne sais pas si elle serait arrivée. Peut-être pas, peut-être oui. Je ne pense pas. En gardant ces qualités à fleur de peau, je ne pense pas. Polder en chassant régulièrement la bécasse, je suis certain qu’il se serait amélioré sans aucun problème, mais tout ce qui est appris durant l’adolescence d’un animal, les chiens le font naturellement sans forcer. C’est un peu comme les langues étrangères qui sont apprises avec des personnes jeunes, des gamins qui ont 6-7 ans : elles sont apprises facilement même avec l’accent. S’ils apprennent à 25 ans, je pense et je suis sûr qu’ils arriveraient moins facilement. Si Mozart avait appris à jouer du piano à 25 ans même s'il avait veçu jusqu'à 100 ans, il n’aurait pas eu cette carrière-là. Donc Polder ne pourra jamais chasser à la bécasse aussi bien que s’il avait commencé sa carrière adolescent.
Le problème, c’est qu’il faut leur donner les moyens de le faire dès le plus jeune âge. Les gens qui disent « mon chien est meilleur que le champion », dans ce cas précis, l’efficacité du chien de chasse est beaucoup plus concrète qu’un champion. Un champion on lui demande de faire une démonstration à toute vitesse et c’est vrai que d’un autre côté il y a de très grandes chances que le chien de monsieur tout le monde qui croit que son chien est meilleur que le champion, si on lui faisait le dixième de ce qu’on a fait au champion il serait à 10 % de ses capacités et le champion est resté à 80 % de ses capacités avec les contrariétés qu’on lui a donné et en fait pour la sélection ce qui est important c’est non seulement les qualités qu’il transmet mais aussi c’est une chose importante, c’est la malléabilité au dressage et ça, un chien de chasse qui n’a pas été dressé, on peut savoir qu’il va transmettre des qualités de base mais on n’est pas sûr de sa malléabilité.
il faut rester modeste
Il y a certains chiens de chasse, quand on les contrarie, ils se mettent à bouder ou quand on rate un oiseau, à la limite il arrête de chasser. Ca, ça se transmet dans la génération. C’est des choses comme ça qu’il faut éviter de faire.Donc, d’un côté, pour la personne qui pense que son chien est meilleur que le champion et de l’autre le professionnel qui a un chien extraordinaire qui est le meilleur de France, il faut rester modeste.