TINTIN et son lacet à l'envers !
Un peu de technique pour commencer ...
Tout d’abord, qu’est ce qu’un lacet à l’envers ?
Le lacet croisé : il est d’une importance fondamentale lorsqu’on fait des compétitions en plaine. A la chasse, c’est vrai que quand il y a des talus ou des bois, c’est une chose qu’il n’est pas toujours possible de faire. Alors le lacet croisé, c’est le chien qui part à 80 ou 100 m à droite et à gauche et qui reste toujours en contact avec la direction du vent. Il faut que son nez reste toujours orienté vers la direction du vent parce que dans l’effet contraire, lorsque le chien fait un lacet à l’envers, c’est-à-dire à droite ou à gauche en bout de course parce qu’il doit tourner, s’il ne tourne pas dans le sens du vent mais dans le sens contraire, il perd le contact des émanations qui sont devant lui et par l’odeur de son corps qui est automatiquement déplacée par le vent puisque son corps est avant ses facultés olfactives.
Alors en fait on pense que ce n’est pas grave, on s’imagine que pendant un court instant il n’est pas en contact avec le vent avec tout ce qui se passe devant. A proximité c’est une largeur qui n’est pas très importante mais à 30/40 m ça fait un triangle d’ouverture qui peut faire 30 ou 40 m de largeur sur le côté face au vent. Je dirais le côté parallèle au vent.
Les concours en plaine
Dès que j’ai eu la chance de suivre mon père en compétition de field trial de printemps, j’allais systématiquement avec lui et avec plaisir.
L’histoire se passe en Beauce et je suivais mon père avec un chien : en laisse une présentation de Tintin de Kéranlouan. J’avais le droit de marcher derrière les juges à condition que je serve à quelque chose. En l’occurrence ce jour-là je devais donner le chien suivant pour le parcours suivant. Il y avait mon père qui faisait courir Tintin et il y avait 2 juges derrière qui regardaient le parcours de Tintin. Il faisait un parcours formidable, comme d’habitude.
C’est dans une très grande plaine de blé que le parcours avait commencé depuis 3-4 mn (c’est un champ qui a un faux plat en montant). Au bout de ce champ-là il y avait un petit chemin de terre. Derrière ce chemin il y avait une très grande parcelle qui était plus plate. Tintin part, fait des lacets à gauche, à droite dans le bon sens du vent et c’était très agréable à regarder.
Un moment donné, il y a Tintin qui arrive à la hauteur de ce chemin-là, il ralentit un petit peu, son corps ondule de profil. De plus loin j’avais remarqué que Tintin avait un peu hésité, et il est parti à droite, il est revenu à gauche, et à un moment donné, je vois à 15 m de l’endroit où il était passé, au dessus du vent 2 petites têtes (2 perdreaux) qui se soulèvent. Pensant que le danger était passé, Tintin était parti à 100 m sur la droite et puis les perdreaux se raplatissent, ils repèrent les juges qui marchaient à 100 m derrière. Tintin courait depuis 10 mn, il n’avait pas fait un seul mauvais lacet, il revient , il retourne en arrière, il fait un lacet en dedans. Il fait une ligne parallèle de 20 m sous la ligne de parcours qu’il venait de faire et dans l’axe où il était passé précédemment à 15 m des oiseaux, il passe à 35 m : arrêt. Mon père sprinte. A peine arrivé à proximité de Tintin les perdreaux partent. Il tire. Un point super. Voilà l’explication du lacet à l’envers de Tintin : intelligemment, il est revenu en arrière pour contrôler car il avait un doute et c’est pour ça qu’il a fait un lacet parallèle en dedans en dessous du lacet qu’il a fait avant et en revenant dans l’axe il n’a pas loupé les perdreaux. Ca a été une réaction d’intelligence et de finesse de nez extraordinaire de la part de Tintin pour réaliser ce point phénoménal.

Le problème est que les juges l’ont déclassé, ils ont retiré 1 ou 2 points à Tintin parce qu’il a fait un lacet en dedans. Les juges ne sont pas des professionnels, ce sont des gens qui ont un autre métier, qui ne peuvent pas assimiler, comprendre les choses que peuvent vivre les dresseurs professionnels. Ce jour-là, Tintin a fait le prix d’excellence, n’a pas fait de CAC par rapport à son lacet en dedans. Moi, je vous garantis que si j’avais été juge, j’aurais donné un grand CAC sans problème avec le parcours phénoménal qu’il avait fait, surtout en plus en finale avec un point d’intelligence et de finesse de nez. A l’époque je n’avais pas bien compris, c’est mon père qui m’a expliqué ensuite.
Les explications du comportement de Tintin : lorsqu’il est arrivé à la limite de végétation au bout du chemin, il a ralenti parce qu’il a capté un type d’émanation et c’était peut être une émanation diluée, il restait peut-être 1% de l’émanation du gibier, les oiseaux avaient retenu leur respiration donc coupé les odeurs depuis 2 mn, il restait l’ancienne odeur diluée. Dans l’air, ça se dilue rapidement. C’est une infime particule d’odeur mélangée à l’extrême par le vent mais c’est une odeur bien définie qu’il ait arrivé à capter, c’est une odeur qui n’est pas la même que celle d’un perdreau qui décolle ou d’un gibier qui marche. C’était l’odeur des oiseaux qui restent immobiles et qui s’accroupissent. Je prétends que Tintin a eu un doute, c’était extrêmement mélangé par l’air, que les oiseaux se soient tapis au sol, cachés à proximité, mais à peine, à peine perceptibles et c’est pour ça qu’il a ralenti. Dans le doute, il est revenu en arrière pour prendre une marge de sécurité tout en sachant que le gibier ne peut pas rester indéfiniment en apnée, accroupi et recroquevillé sur lui-même. Il a bien joué le jeu parce que pendant qu’il a fait son grand lacet, les perdreaux ont bougé , ils ont respirés et se sont raplati. S’ils avaient volé, Tintin aurait été éliminé parce qu’il était passé à 15 m de l’oiseau, il aurait dû prendre l’arrêt. Il ne l’a pas fait et il a eu cette chance que les oiseaux se soient raplatis. Cette action de se lever et de s’aplatir a dégagé l’émanation. Quand Tintin est revenu dans l’axe à 35 m au lieu de 15 une minute auparavant, il l’arrête. Voilà l’explication.
Cela est plus difficile à faire en plaine qu’au bois parce que l’odeur est balayée bien plus vite et est beaucoup moins perceptive
Patrick Morin - www.keranlouan.com
